La Vallée de la Loire

 Vignoble de la vallée de la Loire

1. Introduction

Dès le 4e siècle, Saint-Martin, évêque de Tours, faisait planter la vigne au bénéfice du clergé et des malades. Au 9e siècle, Théodulphe, autre évêque de Tours et ministre de Charlemagne, fonde une "unité sacrée" entre Gien et Orléans, et fait construire la ravissante petite église de Germigny-des-Prés, aujourd'hui la plus ancienne église de France. On lui doit d'avoir étendu la commercialisation des vins de Loire. Les vins de Loire s'étendent de Nantes à Pouilly-sur-Loire, sur 8 provinces, et se répartissent entre une quarantaine d'AOC et quelques VDQS notables. Le fleuve est le seul point vraiment commun entre ces vignobles. La Loire naît en un endroit, le mont Gerbier-des-Joncs, où la vigne est inconnue. Il lui faut parcourir bon nombre de kilomètres avant de rencontrer quelques vignes bien timides. Et voilà que, tout à coup, elle traverse une région ayant acquis une réputation mondiale pour ses blancs secs qui ont pour nom Sancerre et Pouilly-Fumé. Après ce coup d'éclat, deux centaines de kilomètres de quasi-désert viticole, en tout cas rien qui vaille vraiment la peine de s'arrêter.

Enfin arrive la Touraine, et dès lors la vigne ne va plus cesser de saluer le fleuve dans sa course tranquille vers l'océan. Cependant, de colline en vallée, de vallée en coteau, et de coteau en colline, les différences s'affirment davantage que les similitudes, comme si le fleuve s'ingéniait à prouver sa capacité à engendrer les styles les plus divers, des rouges et rosés d'Anjou aux blancs secs du pays Nantais, en passant par les blancs tourangeaux et angevins très versatiles, changeant au gré du millésime, ici tranquilles, là effervescents, tantôt secs, et tantôt tendres ou moelleux. Parfois en assemblage, souvent d'un seul cépage, tantôt à boire dans leur prime jeunesse, tantôt de longue garde, des vins pour tous les goûts et tous les budgets. A votre santé ! A défaut d'unité (mais qui songerait à s'en plaindre ?), nous devrons distinguer la région nantaise, l'Anjou, la Touraine, les coteaux du Loir, le Berry et la région de Sancerre, mais une approche préalable par cépages et types de vins va nous permettre de dégager quelques idées maîtresses.

2. Cépages et types de vins

2.1. Vins blancs tranquilles

Les vins blancs sont obtenus par divers cépages, mais presque toujours sans mélange :


 • le Melon de Bourgogne fournit le Muscadet;
 • la Folle Blanche donne le Gros Plant. Ce cépage assez médiocre connaît ailleurs -distillé- un destin plus glorieux, puisqu'il contribue au Cognac et à l'Armagnac (où on l'appelle picpoul), quoiqu'en Charente l'Ugni blanc tend à le supplanter;
 • le Sauvignon produit les Sancerre, Pouilly fumé, Reuilly, Quincy, et Menetou-Salon;
 • le Chasselas donne le Pouilly-sur-Loire;
 • le Chenin blanc, parfois appelé Pineau de Loire, donne les Saumur, les blancs tourangeaux et angevins, et les Coteaux du Loir.

Tous ces vins sont résolument secs, sauf ceux issus de Chenin qui ne le sont que par exceptions. Le Chenin ne fait pas partie du club étroit des grands cépages nobles -Chardonnay, Sauvignon, Riesling- qui réussissent un peu partout dans le monde. On a bien essayé de l'acclimater, de la Californie à l'Australie, et de l'Espagne à l'Afrique du sud, et les résultats obtenus jusqu'à présent ne valent pas davantage que le qualificatif "ordinaire".

C'est ici, entre Saumur et Angers, que le Chenin a trouvé son terroir d'élection. Sa culture remonterait au 10ème siècle et serait issue d’une sélection de Pineau d’Aunis (chenin noir) et sa dénomination proviendrait du mont Chenin à Cormery en Touraine. Contrairement au Sauvignon, divers sols liguriens semblent lui convenir, encore qu'il donne le meilleur de lui-même sur des terrains schisteux. Cépage relativement tardif, il est capable, selon le degré de maturation du raisin, de donner des vins secs, demi-secs, moelleux, ou liquoreux. En conséquence, les AOC sont des sols peu profonds, caillouteux qui se réchauffent facilement et se caractérisent par des faibles réserves en eaux. Le Chenin est pourvu d'une belle acidité naturelle qui oblige à vendanger relativement tard afin que les raisins soient parfaitement mûrs. Ce faisant, on prend un risque accru de devoir vendanger sous la pluie.

D'un autre côté, en récoltant tôt, ou encore lorsque les conditions climatiques n'ont pas été très favorables, l'acidité élevée du raisin favorise l'apparition de la mousse. Et en année chaude, cette même acidité naturelle est la bienvenue pour équilibrer le moelleux par une fraîcheur qui garde le palais net. Il est le plus riche en précurseur d’arômes minéraux ce qui en excès peut être un défaut.

Enfin, le Chenin admet deux sortes de vinifications :


 • la plus récente fait appel à la macération pelliculaire, aux basses températures, et procède aux fermentations malo-lactiques, pour donner des vins gras, intensifier les arômes et diminuer l'acidité naturelle du Chenin;
 • la plus traditionnelle préserve cette acidité, au prix d'une phase ingrate dans l'évolution du vin, pour lui conférer une belle longévité.

On voit donc que selon le millésime et selon les choix du vinificateur, le même cépage se prête volontiers à une large palette de styles. Comme si ce n'était pas suffisant, voilà que certains vinificateurs angevins associent maintenant au Chenin du Chardonnay ou du Sauvignon…. Cela étant, les grandes réussites en chenin sec sont assez rares. Seul le Savennières est réellement excellent et convient aussi bien à la charcuterie qu'aux poissons d'eau douce.

2.2. Effervescents

Si l'Anjou produit un peu de vin effervescent, les grandes appellations sont situées en Touraine : Saumur, Montlouis, et Vouvray. Le Crémant de Loire peut être fait sur les aires d'appellation Anjou, Saumur, et Touraine, mais en pratique c'est dans la région de Saumur qu'il est élaboré. En raison d'une pression plus faible (mais cependant au moins égale à 3,5 atmosphères) que celle qui se produit habituellement lors de la seconde fermentation en bouteille, la mousse du Crémant de Loire est particulièrement légère.

Ce vin, blanc (9.000 hl) ou rosé (1.000 hl), peut être issu de Chenin, Chardonnay, Cabernet Franc, Cabernet Sauvignon, Pineau d'Aunis (aussi appelé chenin noir), Pinot Noir, Menu Pineau.
Il passe 9 mois sur lies, doit titrer au moins 8,5%vol et contenir moins de 150 mg d'anhydride sulfureux.
Rendement de base : 50 hl/ha.
Consommable dès sa commercialisation, il peut être conservé de 3 à 5 ans.
Température de service : 8°C.

2.3. Vins rouges

Quelques vins sont élaborés à partir du Gamay en Touraine (Mesland, Amboise), et en Anjou (appellation Anjou-Gamay). Les Coteaux d'Ancenis (VDQS) sont également issus du Gamay. Le Sancerre rouge, issu du Pinot Noir, est une curiosité, coûteuse pour sa qualité. Mais, pour la plupart, les vins rouges sont élaborés à partir du Cabernet Franc (dit breton), quoique les viticulteurs aient une tolérance de 15% pour d'autres cépages (Côt, Malbec). Ils accompagnent aussi bien le poisson en sauce et le saumon fumé, que les viandes et les fromages. Eviter cependant les plats épicés.

Classement approximatif des rouges : Saint-Nicolas-de-Bourgueil Bourgueil, Chinon Saumur-Champigny Touraine-Mesland (gamay), et Touraine-Amboise Anjou-Villages Anjou Anjou-Gamay Coteaux d'Ancenis (VDQS).

Conservation : le Gamay ne se conserve pas; les vins faits exclusivement de Cabernet Franc peuvent être conservés jusqu'à 10, voire 15 ans.

2.4. Vins rosés

Alors que le Rosé de Loire est sec, le Rosé d'Anjou est demi-sec. Ce dernier peut être issu de Cabernet Franc, Gamay, et Grolleau (ou Groslot), mais les meilleurs rosés en Anjou ne sont faits que de Cabernet Franc. Celui de Tigné, au sud des coteaux du Layon, est particulièrement recommandable. Le Grolleau dont le nom est dérivé du vieux français « grolle », terme qui désigne le corbeau au plumage noir comme les raisins de ce cépage. Il est le principal cépage du Rosé d’Anjou mais est en régression (3000 ha contre 8000 ha au début 1900)

3. Le pays nantais

3.1. Muscadet

Le Muscadet présente l’originalité de ne pas porter le nom d’une région géographique historique. La réglementation européenne a reconnu cette particularité par dérogation au principe qui veut qu‘une appellation d’origine porte le nom de sa région géographique, le pays Nantais, au Sud immédiat de la ville de Nantes, capital de l’ancien duché de Bretagne. « Muscadet » est un nom qui sonne bien et s’harmonise avec la gaieté qui se dégage de ce vin. Son origine reste cependant mystérieuse.

Incontestablement, elle remonte au Moyen-Age à l’époque où les vins de Muscat venus de Chypre étaient les plus réputés auprès des grandes cours féodales. Le nom de Muscadet aurait désigné alors le vin le plus prestigieux des hôtes féodaux. Au cours du terrible hiver de 1709, la mer gelait et le vignoble nantais, alors planté en Folle Blanche ou en Berligou (cépage de la famille des Pinots Gris), était anéanti. Pour le reconstituer, on alla chercher en Bourgogne le cépage Melon, plus résistant au froid. Celui-ci ne donnait pas des résultats bien extraordinaires en Bourgogne, mais allait trouver en pays nantais son climat d'élection. Le Melon de Bourgogne vient sur des terrains variés, la vinification faisant l'essentiel. Il est apparenté au Gamay Noir à jus blanc (17ème siècle). L’essentiel des terroirs de l’AOC se répartit en arrière de la zone littorale et en contrebas des premiers reliefs des Mauges et de la Vendée. Il s’agit d’un vignoble peu arrosé mais soumis directement aux influences océaniques. Il bénéficie d’un ensoleillement remarquable.

Par rapport aux vignobles angevins, on observe que les risques climatiques liés à la période des équinoxes de fin septembre sont accrûs. Le Melon, cépage précoce est bien adapté à ce climat. Il faut remarquer que les terroirs de Muscadet ont été fortement influencés par les dépôts sédimentaires et par le socle hercynien. Il en ressort que le terroir du Muscadet bénéficie de la présence de roches basiques (gabbros et amphibolite) ; ce qui confère au terroir des caractéristiques agronomiques exceptionnelles. Le vignoble, en expansion depuis 1930, produit des vins très différents selon le terrain, les producteurs et la méthode de vinification. En dépit de rendements en général élevés, le succès de ce "petit vin bien sympathique" est tel que la surface encépagée s'est accrue très sensiblement ces dernières années. Entre les vins ordinaires ou passables et les meilleures cuvées, on observe des prix qui vont du simple au triple. C'est assez dire que la sélection est absolument indispensable.

Le vignoble de Muscadet est réparti en 3 aires d’appellations sous-régionales(sur base de la géologie hydrographique) en dehors desquelles on rencontre très peu de vignes AOC Muscadet (appellation régionale): Muscadet de Sèvre-et-Maine, Muscadet des Coteaux de la Loire, Muscadet Côtes-de-Grand Lieu, Tous titrent de 9 à 12%vol.

Une partie de la production sort en primeur dès le troisième jeudi de novembre.
Muscadet, sans plus de précision, désigne des vins issus de terroirs sans qualité particulière, au sud et à l'ouest de Clisson.
Le 31 décembre 1994, 2.300 hectares -sélectionnés parmi les 3.500 autrefois délimités en Muscadet- ont reçu le droit d'arborer une toute nouvelle appellation, Muscadet des Côtes-de-Grand Lieu.

Cette AOC, sur ces 1200 hectares (19 communes) à la périphérie du lac de Grandieu, 400 ha seulement étaient alors en production, mais nul doute que ce chiffre va augmenter.
La nouvelle appellation n'est accordée qu'au vin issu de vignes âgées d'au moins 7 ans (contre 4 dans les autres appellations).
Production de 22 000 hl.
Le Muscadet des Coteaux de la Loire est en général plus corsé, plus sec et fruité que le Muscadet de Sèvre-et-Maine.
Il est également un peu plus acide, mais garde plus longtemps son caractère de jeunesse.
Il représente moins de 5% de la production totale de Muscadet.
Son vignoble est plus restreint que celui de Sèvre et Maine.
Il se répartit sur les Coteaux de la Loire depuis Ingrandes jusqu’à Carquefou (autour de la ville d’Ancenis).
Il comporte 330 ha dont une partie est déclarée en AOC Muscadet Coteaux de la Loire sur lie.

Production de 18 000 hl.
Le Muscadet de Sèvre-et-Maine bénéficie de terrains en majeure partie granitiques, avec des sols caillouteux, silico-argileux.
C’est la plus ancienne et la plus importante.

L'aire de l'appellation, délimitée dès 1926, s'étend sur 4 cantons principaux (11 000 ha) et 23 communes :


 • Vertou à l'ouest,
 • Le Loroux-Bottereau au nord,
 • Vallet à l'est, capitale non officielle,
 • Clisson au sud.
 
Cette charmante commune bénéficie d'un micro-climat relativement méridional par rapport au reste de l'appellation. Les meilleurs terroirs sont ceux de Vallet, Le Pallet, Le Landreau, La Haie-Fouassière, Vertou, Haute-Goulaine, et Maisdon-sur-Sèvre. Le vin y est fin, élégant et racé, surtout lorsqu'il est élevé sur lies. En son sein sont produits 100 000 hl de Muscadet par an et 550 000 hl de Muscadet de Sèvre et Maine sur Lie.

Remarque : Le Muscadet sur lie (possible sur les 4 AOC) est obtenu par macération lente dans une cuve de fermentation, pendant plusieurs mois. Cette technique vise à extraire du moût davantage de saveur. Le Muscadet sur lie ne peut pas être mis en bouteilles avant le premier mars de l’année qui suit la récolte. Mais le vigneron peut choisir de prolonger le séjour sur lie; dans ce cas, selon une règle édictée récemment, la mise en bouteilles ne doit avoir lieu qu'en octobre, ce que l'amateur de vins pleins appréciera.

Conservation : en général, les Muscadet doivent être bus aussi jeunes que possible, mais quelques vins de garde sont produits les meilleures années, qui sont aussi les années difficiles pour les vinificateurs.

Exemple : Château du Chasseloir, propriété de Chéreau-Carré qui possède également le bon Château de l'Oiselinière; les Chasseloir 1989 et 1990 pourront encore être bus en l'an 2000.

Service : les Muscadet sont souvent servis trop froids; la bonne température est autour de 10°C, afin que les arômes puissent s'exprimer.
 
Une Maison des Vins du Pays Nantais s'est ouverte en 1991 à La Haye-Fouassière, au point culminant du vignoble.
La Maison des appellations (syndicat des producteurs) est logée au château de la Frémoire, à Vertou.
Au Pallet, le Musée du vignoble nantais, installé dans la Chapelle Saint-Michel dédiée à Pierre Abélard, présente entre autres les arts et traditions viticoles de la région.

Gamme aromatique : Fleurs blanches, épices, iode, agrumes (pamplemousse), citronnelle, fruits frais Adresses en Muscadet Ch. de Goulaine et Ch. du Chasseloir se sont acquis une réputation internationale.

Pas question de prix modestes ici. Par contre, bon nombre de châteaux qui pratiquent des prix modérés se signalent par leur régularité dans la réussite.

Par exemple :

 • A Maisdon-sur-Sèvre : La Rebourgère, La Févrie, La Haute Févrie,
 • Au Landreau : Clos des Yonnières, Domaine de la Houssais,
 • à Vallet
 • La Ragotière,
 • La Mercredière, vin puissant,
 • Le Domaine de Hautes-Perrières, à Haute-Goulaine,
 • Le Domaine des Dorices, de Bouillault, est l'un de ces vins faits pour durer.
 • Domaine de la Sensive
 • Domaine Poiron à château Thébaud
 • Domaine Saupin à chapelle Basse Mer
 

3.2. Gros-Plant

 

Le territoire de ce VDQS d'intérêt local est celui du Muscadet et du Muscadet des Côtes-de-Grand Lieu, plus le Pays de Retz. Le Gros Plant partage avec les Muscadet le privilège de pouvoir arborer la mention "sur lie". Eux seuls, en France, sont autorisés à porter cette mention.

 

3.3. Coteaux d'Ancenis

 

Les Coteaux d'Ancenis, VDQS depuis 1954, sont délimités sur le même territoire que les Coteaux de la Loire plus une poignée de villages. Cette appellation est encépagée en Gamay pour 80%. Le Coteaux d'Ancenis - Cabernet Franc rouge évoque les Chinon et autres Bourgueil. Accessoirement, l'appellation produit aussi un peu de rosé de Gamay ou de Cabernet; ainsi que quelques blancs secs ou demi-secs de Chenin ou de Malvoisie (nom local donné au Pinot Gris).

 

3.4. Les Fiefs Vendéens

 

Cette AOVDQS (1984) se décompose en 4 entités distinctes (qu’on retrouve sur les étiquettes) sur 450 ha pour une production de 25 000 hl : - Brem-sur-Mer, sur le littoral atlantique, terre de VB secs et iodés - Mareuil au SE de La Roche-sur-Yon, pays des Vr et VR tout en finesse - Pissotte et Vix respectivement au Nord et Sud de Fontenay-le-Comte avec leurs vins plus charnus L’origine de Pissotte viendrait que Gargantua se serait soulagé dans ces lieux. On trouve non loin d’ailleurs la commune de Petosse.

Trois couleurs : Vr (45%), VR (40%) et VB (15%).

Les sols sont argilo-schisteux ou argilo-calcaires.

Les cépages sont les suivants : VR : Gamay ou PN (50% minimum), CF ou CS, Négrette (=Ragoûtant) VB : Chenin (50% minimum), Chardonnay, Sauvignon ( dans l’aire de Production de Vix), Melon de Bourgogne (Pissotte), Grolleau Gris (Brem) Les Vr sont vifs et sympathiques.
Ils accompagnent parfaitement l’été vendéen.

Les VR sont volontairement élevés pour une consommation rapide et rarement sous bois.
Ce sont donc des vins peu tanniques, légers et friands, d’une grande souplesse.
Les VB se distinguent par leur matière souple.

Potentiel de Garde de 1 à 2 ans

Gamme aromatique : Vr : fruits rouges VR : viandé, fruits rouges, poivron VB : agrumes, pomme verte, gelée de coing

4. L'Anjou

Si la région de l’Anjou est traditionnellement productrice de VB et plus récemment de Vr, elle est aujourd’hui reconnue également pour ses VR dont le volume produit est notable.
Cette production date de 1987 (AOC Anjou-villages) et de 1998 (AOC Anjou-village Brissac).

4 zones peuvent être définies :

- au nord et nord-ouest par la Loire. Les communes viticoles situées au nord de ce fleuve sont principalement orientées vers la production de VB secs (vignoble de Savennières) du fait d’un climat moins sec
- au sud et sud-est par une zone de coteaux marqués (vignoble des coteaux de Layon) sur lesquels sont produits les célèbres vins liquoreux
- à l’est et au sud-est par des formations secondaires sablo-graveleuses ou calcaires du bassin parisien, correspondant au terroir de Saumur
- la zone de Brissac qui correspond à un vaste plateau schisteux qui s’incline en pente douce vers la Loire.

La production des Vr est une production traditionnelle de l’Anjou : elle représente un 1/3 des AOC de cette région (300000 hl). Elle est en légère diminution ces dernières années du fait d’une reconversion du vignoble vers la production de VR. Elle reste néanmoins une production importante et incontournable de cette région et devrait jouer ces prochaines années un rôle de premier plan.

Parmi les 13 appellations angevines, une seule -Anjou- peut s'appliquer à des rouges, des rosés, et des blancs (secs et demi-secs). Les 12 autres appellations ne s'appliquent qu'à une seule couleur.

En rosé : 4 appellations de Vr sont définies en Anjou et peuvent classées en deux catégories d’après les cépages dont elles sont issues :

 • La famille des rosés correspondant aux vins clairets (rougets).
Ces vins sont élaborés à partir principalement du Grolleau et ensuite d’autres cépages tels que le Cabernet Franc, Gamay, Côt, Cabernet Sauvignon, et Pineau d'Aunis. Lorsque le vin est demi-sec, il bénéficiera de l’AOC Rosé d'Anjou (2145 ha) : un vin bien équilibré, fruité et léger, demi-sec, est à boire jeune. L'appellation, qui ne peut pas être suivie du nom d'un cépage, est produite à raison d'environ 130.000 hl. S’il est sec, il bénéficiera de l’AOC Rosé-de-Loire (50000 hl, en pleine évolution au contraire de la première). Ce sont des Vr frais, fruités et légers, à consommer dans l’année. Ils sont obtenus après un pressurage direct des vendanges, voire une macération de quelques heures ; les cellules de la pellicule sont déchirées et libèrent une fraction de la matière colorante qui se dissout dans le moût.

 • La famille des rosés élaborés à partir du cépage Cabernet et vendu sous une AOC principale, le Cabernet d'Anjou, produit à raison d'environ 120.000 hl, et une AOC secondaire le Cabernet de Saumur (volume de 5000 hl), produit uniquement sur les terres crayeuses du Saumurois. Le Cabernet d'Anjou (2530 ha) est réglementé plus strictement que le Rosé d'Anjou. Il doit être issu de Cabernet Franc et Cabernet Sauvignon, titrer au moins 10%vol, et avoir une teneur résiduelle en sucre d'au moins 10 g/l. Il s'agit donc d'un demi-sec, mais il peut accompagner la charcuterie, les volailles, les entrées délicates. Ce vin à boire jeune et sa robe est qualifiée d’œil de perdrix (vin peu colorés car issus de pressurage direct). Les plus réputés sont originaires du Layon, et des faluns de la région de Tigné. Les faluns sont des dépôts marins datant du tertiaire, formés de coquilles cimentées ou mélangées à du sable. Ils servent à amender des terrains pauvres en calcaire.
 
En rouge :
 • Anjou-Gamay désigne des vins issus du seul Gamay, qui peuvent être produits sur toute l'aire d'appellation Anjou, sauf sur celle de Saumur.
Production de 19 000 hl dont 2 500 à 3 000 hl en primeur.

 • Anjou-Villages est issu de Cabernet Franc ou Cabernet Sauvignon.
Production de 13 000 hl.

 • Anjou-Villages Brissac : production de 7000 hl En blanc, tous issus du Chenin blanc :
 • Anjou-Coteaux de la Loire : sec, demi-sec, ou moelleux
 • Coteaux de l'Aubance : demi-sec
 • Coteaux du Layon : demi-sec ou moelleux
 • Coteaux du Layon-Villages : moelleux
 • Coteaux du Layon-Chaume : moelleux
 • Bonnezeaux : moelleux
 • Quarts de Chaume : moelleux
 • Savennières : sec.
 
Nous pouvons remarquer que seuls l’AOC Savennières produit des vins secs exclusivement au contraire des autres appellations.

Deux explications peuvent être données :

1. la répartition pluviométrique sur le département du Maine et Loire (estimée sur une moyenne de plus de 30 ans) montre l’existence d’une zone particulièrement sèche et ensoleillée où la pluviométrie est inférieure à 600 mm, située au Sud de la Loire et correspondant aux vignobles des AOC Coteaux du Layon et des Coteaux de l’Aubance. Ces conditions sont particulièrement favorables à la concentration des baies (dessèchement des raisins) et donnent des moûts très riches en sucres résiduels ne pouvant être que partiellement fermentés et permettant dons la production de vins liquoreux. Ces caractéristiques climatiques se retrouvent sur le vignoble de Savennières situées au nord de la Loire mais de façon atténuée. Ainsi, si elles permettent d’obtenir une maturité optimale des vendanges, elles n’entraînent qu’exceptionnellement leur concentration ( phase de surmaturité). De fait, la Loire située en contrebas de ce vignoble joue le rôle d’un véritable régulateur thermique, limitant les variations extrêmes entre périodes sèches et périodes froides et apportant cette douceur angevine proverbiale.

2. Les techniques de récolte.
Si les vendanges sont rigoureusement sélectionnées comme pour la production de vins liquoreux, l’objectif de la récolte est différent ; il s’agit de ramasser les raisins à maturité optimale, mais avant la phase de concentration. Le savoir-faire du viticulteur est déterminant dans la recherche de la typicité des vins de Savennières. Notons qu'ici, demi-sec se dit "sec tendre", ce qui traduit mieux le caractère du vin : mieux que le mot "équilibre", celui qui convient est "co-existence" du moelleux et de la fraîcheur. Une bonne année ensoleillée est nécessaire pour obtenir un très bon moelleux de chenin.

Dans les meilleures années, telles que 90, le botrytis permet de faire de grands liquoreux, mais c'est si rare que le vin est proposé en demi-bouteilles.

Outre ces vins tranquilles, l'Anjou produit aussi quelques vins effervescents :

 • le rosé est issu de Cabernet Franc, Cabernet Sauvignon, Gamay, Côt, Grolleau, Pineau d'Aunis;
 • le blanc est issu de Chenin, quoiqu'en théorie les cépages rouges ci-dessus, vinifiés en blanc, y soient admis à concurrence de 60%.
 
Les appellations Anjou pétillant et Rosé d'Anjou pétillant désignent des blancs ou rosés présentant une légère fermentation secondaire en bouteille. Pour éviter toute confusion avec les mousseux, leur habillage doit être celui des vins tranquilles, avec une agrafe retenant le bouchon.

4.1. Anjou et Anjou-Villages

L'appellation Anjou (1900 ha) s'étend principalement sur le Maine-et-Loire, mais occupe aussi une partie des Deux-Sèvres et de la Vienne.
Son territoire de 8.000 ha englobe celui de toutes les autres appellations d'Anjou, ainsi que celui de Saumur (en effet, Saumur est rattaché administrativement à l'Anjou).
Près de 200 communes ont droit à cette appellation, qui concerne des vins blancs, rouges et rosés (100 000 hl).

Ils sont produits sur le territoire de l’Anjou noir.
Les blancs peuvent être secs ou moelleux.
Issus de Chenin pour au moins 80%, et de Chardonnay et Sauvignon, ils titrent de 9,5 à 12 ou 13%vol.
Le rendement de base est fixé à 45 hl/ha.
Les secs sont conservables 2 à 5 ans, les moelleux entre 3 et 6 ans.

Température de service : 8°C.
L'Anjou rosé a droit au Cabernet Franc, Cabernet Sauvignon, Pineau d'Aunis, Gamay, Côt, et Grolleau.
Les rouges sont issus de Cabernet Franc, Cabernet Sauvignon, ou Pineau d'Aunis, avec un rendement de base de 40 hl/ha.
Ils titrent de 10 à 12 ou 13%vol, et sont conservables quelques années.
Température de service : 14°C.
L'appellation Anjou-Villages (300 ha), créée en 1987, n'est attribuée qu'à 46 communes reconnues pour la qualité de leur production, et concerne uniquement des rouges issus de Cabernet Franc et Cabernet Sauvignon.
Curieusement, le rendement de base autorisé, 50 hl/ha, est supérieur à celui de l'appellation générique...
Production de 15 000 hl.
Par rapport aux Anjou, ces vins présentent des arômes plus marqués et sont dotés d'une structure leur permettant de bien vieillir.
Ils sont à boire en général vers 2 ou 3 ans, mais les bons millésimes peuvent se conserver de 5 à 7 ans.
Servir à 15°C.
Gamme aromatique : Anjou : fleurs, fruits rouges, épices Anjou-village : réglisse, sous-bois, fruits noirs.

4.2. AOC Anjou-village Brissac

La pluviométrie (585 mm) de cette appellation consacrée au rouge en fait une région qui se situe au niveau des appellations réputées de l’Anjou (Saumur-Champigny, coteaux de Layon).
La superficie est de 105 ha pour 10 communes.
Ce sont des VR denses , charpentés, quelquefois sévères et austères.
Les sols sont schisteux et profonds ce qui permet un enracinement profond et une alimentation régulière Ce sont des vins comparables à des harmonies de violoncelles qui laissent un sentiment de profondeur et de mystère.
Les cépages autorisés sont les 2 cabernets.
Fruits rouges et noirs mûrs ; fumé ; sous-bois ; épices et fleurs sont les arômes qui reviennent le plus souvent.
Mais souvent comme la plupart des VR de la loire , la structure tannique conduit à une astringence et une certaine dureté.

4.3 Coteaux du Layon

L'appellation s'applique à 1113 ha de sols argileux ou silico-schisteux, appartenant à 27 communes. Le rendement de base est limité à 35 hl/ha. Le Layon est un affluent de la Loire qui prend sa source au Sud du département du Maine et Loire à la limite des Deux Sèvres. Production de 37 000 hl. L’aire de cette AOC est une enclave faiblement arrosée à l’abri de l’humidité océanique grâce aux reliefs des Mauges et du Choletais. En effet les masses d’air humide venant de l’ouest poussées en altitude par ces obstacles perdent leur humidité par condensation et dépressurisation. Ainsi la pluviométrie annuelle est de 550 mm contre 800 mm dans le Choletais. Cette différence est toute aussi marquée en fin de saison et on parle de l’été de la saint-martin. Ce mésoclimat exceptionnel correspond bien à un contexte favorable à la production de vins surmûris. D’ailleurs la flore est à tendance méridionale.

Depuis 1955, les 6 meilleures communes ont le droit d'ajouter leur nom :
 • Beaulieu-sur-Layon,
 • Faye d'Anjou,
 • Rablay-sur-Layon,
 • Rochefort-sur-Loire (en face de Savennières où on produit le Coteaux du Layon Chaume),
 • Saint-Aubin-de-Luigné,
 • Saint-Lambert-du-Lattay, En appellation "Village", les vins, issus du chenin avec un rendement de base limité à 30 hl/ha, doivent titrer au moins 11,5%vol.
 
Superficie de 260 ha pour une production de 6340 hl.
Les vins constituent théoriquement l’élite de l’appellation.
Quant au Coteaux du Layon - Chaume, son rendement de base est limité à 25 hl/ha, et il doit titrer au moins 13%vol. Les coteaux de Layon Chaume représentent 78 ha pour un volume de 1800 hl. Selon les années, les vendanges ont lieu plus ou moins tardivement, mais on récolte des raisins passerillés. Les vins sont moelleux, tendres et onctueux, fins et parfumés, dorés, harmonieux, corsés. Liquoreux, on les dit capables de se hisser au niveau des Barsac, Sauternes, et même des grands liquoreux rhénans.

C'est affaire de goût : je préfère pour ma part les vins tendres qui conservent assez d'acidité pour leur conférer de la fraîcheur. Cette fraîcheur qui nettoie le palais et la langue en finale, rendant la dégustation agréable d'un bout à l'autre. La couleur et la saveur d'un Sauternes, mais la vigueur et la fraîcheur en plus. On peut les boire en apéritif, sur le foie gras, et sur tous desserts sauf ceux chocolatés.

Les Coteaux du Layon sont à boire très jeunes, sur leur fruit, ou mieux après quelques années de vieillissement au cours desquels ils perdent leurs arômes primaires et acquièrent un bouquet qui va se concentrer au fil du temps. Ce sont en effet toujours des vins de bonne garde; les meilleurs millésimes peuvent être conservés plusieurs dizaines d'années. Il est à noter que les millésime de passerillage restent jeunes plus longtemps et mettront 20 ans à obtenir leur bouquet par rapport à un millésime botrytisé.
Cependant ils auront tous les deux la même durée de vie ( grand millésime 1 siècle)

Gamme aromatique

Vins jeunes : fleurs blanches, pêche et poire, pamplemousse, écorces d’agrumes, fruits secs et exotiques (mangue, corossol, goyave)
Vins vieux : écorce d’agrume, épices, abricots secs et figue sèche, miel et amande, nuances minérales (iode, huile de roche), menthe, réglisse

4.4. Quart de Chaume

Les explications ne manquent pas pour ce nom :

 • Selon certains, au Moyen-Age, le sieur de Rochefort se réservait le meilleur quart de la production de Chaume.
 • Selon d'autres, les paysans qui louaient leurs terres à l'abbaye de Ronceray réglaient leur loyer avec le quart de la récolte choisi par le bailleur. Les moines optèrent le plus souvent pour le quart de la récolte des vignes de Chaume.
 • Mais d'autres encore affirment que des moines vignerons payaient pour loyer aux seigneurs de La Guerche "les meilleurs quarts de la récolte pendante sur le revers du côté exposé au midi".
 
Quoi qu'il en soit, le vignoble occupe aujourd'hui une quarantaine d'hectares sur une colline du hameau de Chaume, abritée par des coteaux au nord, à l'est, et à l'ouest. Grâce à cet abri, les grains mûrissent plus vite et la pourriture noble peut se développer mieux qu'ailleurs. Devant être issu du Chenin avec un rendement de base limité à 22 hl/ha, et titrer 12%vol, ce vin somptueux est obtenu par tries successives de raisins surmûris, attaqués par la pourriture noble. Moelleux ou liquoreux, velouté mais puissant, et d'une extrême finesse, il propose au nez et à la bouche un feu d'artifice de parfums et de saveurs, fondus en une délicate harmonie. La production n'atteint pas le millier d'hectolitres. Il convient de patienter environ 10 ans avant de déguster le Quart de Chaume, mais on peut le conserver 30 ans et souvent davantage.

4.5. Bonnezeaux

« C’est ici que s’élève une double colline, dont l’une offre un divin nectar et l’autre une eau divine ».

Ce lieu-dit de la commune de Thouarcé doit son nom à des sources -disparues- d'eau ferrugineuse (second Empire, ancien centre thermal)! Trois petits coteaux abrupts (La Montagne, Beauregard et Fesles), au sol schisteux, abritent un vignoble exposé plein sud (AOC de 1951), d'une soixantaine d'hectares (alors que 150 ha ont droit à l'appellation).
Les pentes sont parmi les plus fortes (15-20%).

Pluviométrie de 550 mm avec un été de la saint-martin : d’où flore méridionale.
Production de 1820 hl.

Le sol au comportement thermique exceptionnel (sols superficiels très riches en éléments grossiers de couleur sombre) favorise la maturation du chenin.
De plus l’action desséchante des vents dominants les coteaux associée à une alimentation hydrique faible permettent une concentration des baies par flétrissement ou passerillage sur souche (alors que Quart de Chaume provient de raisins botrytisés), caractéristique de ce vignoble.

Le raisin est récolté par tries successives, et le rendement de base ne dépasse pas 25 hl/ha.

Résultat : un grand Cru des Coteaux du Layon, aussi tendre que le Quart de Chaume, aussi parfumé, onctueux et vigoureux, et vieillissant tout aussi bien, mais qui s'en distingue par son fruité particulier.

Consommable à partir de 6 ans, le Bonnezeaux peut être conservé 25 ans et davantage (parfois un siècle), selon les millésimes.

Température de service : 8°C.

Gamme aromatique : fleurs blanches : aubépine, acacia, fruits secs (abricots, raisins de Corinthe) fruits exotiques (mangue, goyave) , agrumes (citron, ananas, pamplemousse)

4.6. Anjou-Coteaux de la Loire

L'appellation est accordée à 8 communes de la rive droite de la Loire, et à 3 communes sur la rive gauche. Issus du chenin avec un rendement de base limité à 30 hl/ha, et devant titrer au moins 11,5%vol, ils sont fins, légers, nerveux, le plus souvent demi-secs, mais tantôt secs, tantôt moelleux. Ils sont conservables 8 à 10 ans, mais généralement prêts à boire dans leur quatrième année. Les meilleurs sont ceux des sols schisteux et calcaires de Montjean.

Savennières a droit à sa propre appellation.

4.7. Savennières

Produit sur les communes de Savennières (285 ha), Possonière (29 ha), et Bouchemaine (28 ha), le Savennières est le fleuron des coteaux de la Loire, et l'un des plus grands vins blancs français. Sur ce vignoble de 342 ha (dont la surface revendiquée en moyenne est de 82 ha pour un volume de 2800 hl), bénéficiant de schistes et de grès pourpres, le rendement de base est limité à 25 hl/ha. Il occupe toute une région de coteaux SSE dont la largeur varie entre 500-1500 m. Production de 4000 hl dont 600 hl pour la Roche aux Moines et 210 hl en Coulée de Serrant. Superbement élégant dans sa robe d'or clair, le Savennières sait tout à la fois être nerveux et délicat, corsé mais fin, et emplir longuement la bouche de parfums exquis évoquant le coing, le tilleul, ou le miel. Ce vin évidemment issu du Chenin, et auquel on ne demande de titrer qu'au moins 10%vol, est le seul blanc résolument sec d'Anjou. Un blanc sec qui doit être attendu au moins trois ans, souvent une dizaine d'années, et dont les bons millésimes peuvent être conservés plusieurs dizaines d'années! Le Savennières est l'accompagnement idéal du saumon.

Température de service : 8°C.

Potentiel de garde 10-20 ans.

Gamme aromatique

- nez primaire : notes minérales, fleurs blanches (acacia)
- nez secondaire : notes florales (acacia, tilleul, verveine, camomille), notes de fruits mûrs (pêche, poire)
- rétro-olfaction : notes de fruits mûrs

Le Savennières atteint des sommets de qualité dans les deux Grands Crus :
 • Coulée de Serrant :propriété exclusive de la famille Joly, 6,85 ha de sol schisteux sur lequel le chenin donne le meilleur de lui-même.
 
Ce vin aux arômes de miel sur un fond à la fois minéral et floral doit être attendu une dizaine d'années, et peut être conservé 20 à 30 ans.
Elle comprend 3 parcelles qui bénéficient de conditions climatiques exceptionnelles: - le grand clos de la Coulée situé en forte pente sur le flanc ouest du coteau de Chambourreau d’une surface de 4 ha - le clos du Château de pente symétrique à celle du Grand Clos de la Coulée d’exposition Est et situé sous la pan du mur de l’ancien château de la Roche de Serrant d’une surface de 85,5 ares - les Plantes d’une surface de 2 ha (expositions Est et Sud)

 • La Roche aux Moines : terroir de 30 ha qui doit son nom aux moines de l'abbaye d'Angers, venus au 12e siècle planter leurs vignes sur ce coteau.

Très semblable au précédent, bénéficiant de la même élégance et de la même délicatesse, séveux et ample mais moins corsé et moins puissant, il peut être bu plus jeune.

4.7. Coteaux de l'Aubance

1000 ha sont classés, mais beaucoup moins sont exploités (84 ha d’après l’encyclopédie Hachette). Cela s’explique par la jeunesse du vignoble planté en majeure partie après la crise phylloxérique de 1870 (alors que le vignoble du Coteaux du Layon est connu en tant que région de production dès 1700). En revanche, l’avantage de cette aire viticole récente, réside dans le fait que ses vignerons ont un certains dynamisme pour mettre en valeur les deux appellations haut de gamme : les coteaux de l’Aubance pour les vins liquoreux et l’Anjou-village Brissac pour des vins rouges semi-garde. Production de 2800 hl ; elle est en augmentation significative ces dernières années grâce au syndicat qui encourage la qualité.

Altitude de 50 m à 90 m.

L'aire de production, établie sur les coteaux de l'Aubance, petit affluent de la Loire parallèle au Layon, bénéficie d'un terroir de sols schisteux (l'Anjou noir) rappelant celui du Layon.
Elle s'étend sur une dizaine de communes, dont Brissac, Murs, Juigné-sur-Loire.
D’un point de vue climatique, la zone de l’Aubance appartient à l’enclave faiblement arrosée de l’Anjou viticole protégé des influences océaniques par les reliefs plus élevés du Choletais et des Mauges.

Pluviométrie de 550 mm.

Tous les terrains classés en AOC Coteaux de l’Aubance sont des sols peu profonds qui se réchauffent facilement et caractérisés par des réserves en eaux faibles. Il sont responsables de la grande précocité de la vigne , facteur nécessaires à l’obtention de vendanges surmûries. Ces vins issus de Chenin avec un rendement de base limité à 30 hl/ha, doivent titrer 11,5%vol. Ils sont généralement demi-secs, fins et fruités, mais peuvent aussi être secs ou moelleux. Moins charpentés que ceux du Layon, ils sont aussi moins séveux et moins puissants. Quelquefois, les notes aromatiques sont multiples et s’épanouissent de multiples façons : on parle que le vin fait la queue de paon.

Consommables à partir de 4 ans, ils peuvent être conservés une quinzaine d'années et même sans limite dans les toutes grandes années.

Température de service : 8°C.

Les prix sont extrêmement variables selon la réputation du domaine et le type de vinification.
Gamme aromatique : - notes minérales et florales : citronnelle, acacia et tilleul - fruits exotiques et agrumes - fruits confits : coing et abricot - fruits secs : raisins de Corinthe

5. Le Saumurois

5.1. Introduction

Classé administrativement en Anjou, Saumur a pourtant beaucoup de points communs avec la Touraine : paysages, méthodes de culture et de vinification, et des sols de cailloux et sables siliceux recouvrant un sous-sol de craie tuffeau. Le vignoble, qui produit un peu plus de rouge que de blanc, s'étend sur 40 communes : 29 communes dans le département du Maine et Loire, 9 dans celui de la Vienne et 2 dans celui des Deux Sèvres. Deux lignes de coteaux, l'une sur les bords de la Loire, l'autre sur les rives du Thouet et de la Dive, se rejoignent à Saumur, où se trouvent les crus les plus renommés. La zone du saumurois est une enclave faiblement arrosée (570 mm) protégée de l’humidité océanique par les reliefs plus élevés du Choletais et des Mauges.

Deux grandes unités peuvent être distinguées :

 • au nord se trouve la cuesta turonienne avec un relief de coteaux bien marqués sur lesquels sont définies l’AOC liquoreuse Coteaux de Saumur (13 communes) et l’AOC Saumur-Champigny (9 communes). Cette partie du Saumurois possède des vignobles, voire des lieux-dits et même des clos (clos des Cordeliers, clos Cristal et Clos des Hospices)
 • le Saumurois dans sa partie SO se caractérise par un système de failles

5.1.1. AOC Saumur (Blanc)

Pour avoir droit à l'appellation (515 ha), les blancs doivent titrer au moins 9%vol et conserver moins de 10 grammes de sucre. Ils sont donc toujours secs. Remarquablement légers et fins, fruités et frais, ils sont cependant vigoureux et capables de bien vieillir, avec un parfum suave qui s'amplifie avec l'âge, et un goût particulier : celui du tuf, qu'ils doivent au sous-sol et qui les distingue nettement des vins d'Anjou. Les cépages sont le Chenin et le Chardonnay (30% max).

Production de 29 400 hl.

Par exemple, le Domaine de "Langlois-Château", de couleur jaune pâle, est très frais, légèrement perlé, beaucoup plus doux qu'un sauvignon, capable d'accompagner les poissons en sauce. Il peut se conserver jusqu'à 10 ans, au cours desquels sa robe tourne au jaune d'or.

5.1.2. AOC Cabernet de Saumur (rosé)

Le Cabernet de Saumur est un rosé demi-sec très proche du Cabernet d'Anjou, et vinifié de la même façon (pressage sans foulage; rendement de base : 40 hl/ha).
Il s'en distingue toutefois en se montrant plus sec et plus élégant.

Production : 4.000 hl.
Il doit titrer de 9,5 à 13%vol.
A boire dans ses jeunes années.
Température de service : 8°C.

5.1.3. AOC Saumur et Saumur Champigny (rouge)

Les rouges sont issus de Cabernet Franc et Cabernet Sauvignon, et doivent titrer de 9,5 à 13%vol.
Ils sont réputés à Turquant, Montsoreau, et Montreuil-Bellay, mais le plus renommé est le Saumur-Champigny.
Production de 40100 hl.
Champigny est un hameau de la commune de Souzay, produisant sous cette appellation le meilleur rouge du Saumurois et sans doute de tout l'Anjou.
L'appellation est accordée à 9 communes du plateau qui surplombe les vallées de la Loire et du Thouet.
Le vin, à la fois velouté et corsé, ressemble à ceux de Chinon et de Bourgueil, en plus corsé.
Dans sa meilleure expression, il présente un bouquet épanoui de framboise et de fraise des bois.

Gamme aromatique : Fruits rouges (framboise) avec nuance florale (violette), accents d’épices et de fruits noirs (cerise et mûre).

5.1.4. Effervescents

Un vin léger qui prend facilement la mousse, et d'excellentes caves creusées dans le tuffeau, maintenant une fraîcheur constante : les conditions de base favorables à la production de mousseux sont réunies. L'appellation Saumur mousseux (1480 ha) concerne quelques rosés (moins de 10% de l'appellation), mais surtout des blancs, élaborés par seconde fermentation en bouteille puis assemblage, avec un rendement de base de 60 hl/ha. Chenin, Chardonnay, Sauvignon, Cabernet Franc, Cabernet Sauvignon, Côt, Gamay, Grolleau, Pineau d'Aunis, et Pinot Noir, sont admis dans le Saumur mousseux, un vin consommable dès sa commercialisation, et conservable 5 ans.

Température de service : 8°C.
L'appellation Saumur pétillant concerne uniquement des blancs.
Les bons producteurs d'effervescents du Saumurois sont établis à Saint-Hilaire Saint-Florent.

5.2. Coteaux de Saumur

Il s'agit de blancs demi-secs récoltés sur les 13 meilleures communes : Brézé, Chacé, Dampierre, Epieds, Fontevrault, Montsoreau, Parnay, Saint-Cyr-en-Bourg, Saint-Hilaire-Saint-Florent, Saumur, Souzay, Saix (Vienne), et Turquant (Maine-et-Loire). Alors que l'appellation Saumur tolère 20% de Chardonnay et Sauvignon, les Coteaux de Saumur sont issus exclusivement de Chenin. Les raisins sont récoltés à bonne maturité, par tries successives. Ce ne sont donc pas des blancs secs, mais des demi-secs ou des moelleux.
Ils doivent titrer 12%vol.

Le rendement de base est limité à 30 hl/ha.
Ce vin n'est produit que si le millésime s'y prête, mais en quantité confidentielle : 140 hl en 1986, moins d'un millier d'hectolitres les bonnes années.
Consommable à partir de 3 ans, il peut être conservé une dizaine d'années.
Température de service: 8 à 10°C.

6. La Touraine

6.1. Les différents types de vin

6.1.1. vins Blancs

Les blancs tourangeaux sont issus du Chenin, dont on sait qu'il n'est pas un cépage très noble mais qu'il donne ici de très bons résultats.

Trois appellations à retenir :
 • Le Jasnières, communes de Lhomme et Ruillé-sur-Loir. C'est un vin blanc sec et aromatique se conservant 10 ans.
 • Le Montlouis
 • Le Vouvray
 

6.1.2. Vins effervescents

 

Vouvray et Montlouis doivent leur qualité à des caves de tuffeau assurant une fraîcheur constante, et valent bien des Champagne de Seine-et-Marne ou de Château-Thierry. Attention en été : le Chenin frais se boit comme du petit lait; on ne s'en rend bien compte qu'à la sortie de la cave, lorsque le soleil tape...

 

6.1.3. Vins rouges

 

Ils peuvent être faits de Cabernet Franc, Cabernet Sauvignon, Malbec et Gamay. Mais les meilleurs sont issus du seul Cabernet Franc. Les vignobles produisant du Cabernet Franc sont regroupés au confluent de la Vienne et de la Loire, sur des terrasses de graves convenant bien à ce cépage. Les bons millésimes de Chinon, Bourgueil, et Saint-Nicolas-de-Bourgueil peuvent se conserver des décennies. Dans les trois appellations, les meilleures cuvées proviennent de vignes obligées de se frayer un passage dans le tuffeau; particulièrement s'il s'agit de vieilles vignes (plus de 50 ans) vendangées manuellement.

 

6.2. L'AOC Touraine

 

Cette appellation régionale s'étend sur 127 communes d'Indre-et-Loire, 41 du Loir-et-Cher, et une de l'Indre (Azay-le-Ferron). Mais rares sont celles qui en font usage : 5.000 ha donnent environ 300.000 hl. Les blancs peuvent être issus de sauvignon, de chenin, de menu pineau quasiment disparu (et dont le nom local était l'arbois), et (pour 20% maximum) de chardonnay. Ils doivent titrer 9,5%vol. Les rouges et rosés sont issus de cabernet franc, côt, et cabernet sauvignon, plus éventuellement pinot meunier, pinot gris, gamay, et pineau d'Aunis.
Ils titrent de 9 à 12,5%vol.

Touraine pétillant et Touraine mousseux peuvent avoir chacune de ces couleurs.
Le Touraine mousseux est fait par seconde fermentation en bouteille.
Le rouge est issu uniquement du cabernet franc.
Le rosé peut être fait à partir de cabernet franc, côt, noble, gamay, et grolleau.
Le blanc peut venir du chenin, de l'arbois, du chardonnay (pour 20% maximum), et de cépages noirs pour moins de 30%.
Les rouges pétillants ou mousseux d'appellation Touraine ne peuvent provenir que de vins rouges des aires d'appellation Saint-Nicolas-de-Bourgueil, Chinon, et Bourgueil.
Les vins d'Amboise, Mesland, et Azay-le-Rideau, peuvent mentionner le nom de leur commune.

 

6.3. Touraine - Amboise

 

Rouges et rosés titrant de 9,5 à 12,5%vol, issus de cabernet franc, cabernet sauvignon, côt et gamay.
Blancs de chenin, titrant de 10 à 12,5%vol.
Les meilleurs blancs secs peuvent se révéler d'une qualité comparable à celle des Montlouis.
Blancs et rosés sont secs.
Tous sont à boire dans leurs premières années.

 

6.4. Touraine - Mesland

 

Les rouges et rosés sont issus de cabernet franc, cabernet sauvignon, côt et gamay, et titrent de 9,5 à 12,5%vol.
Ce sont des vins peu tanniques.
Le gamay peut s'exprimer avec délicatesse grâce aux sables granitiques qui recouvrent le tuffeau.
Certains vins issus de vieilles vignes ont une très bonne réputation.
Les blancs, de chenin et sauvignon, titrent de 10 à 12,5%vol.
Tous les vins sont secs, à boire jeunes.

 

6.5. Touraine - Azay-le-Rideau

 

L'appellation concerne des blancs et des rosés produits sur 8 communes, dont Saché où Balzac écrivit "Le lys dans la vallée".
Le vignoble bénéficie de coteaux calcaires où le silex est présent.
Les blancs doivent être issus de chenin et titrer de 10 à 12,5%vol.
Ces vins secs sont consommables jeunes mais peuvent vieillir 3 à 5 ans.
Les rosés, qui doivent titrer de 9 à 12%vol, sont issus du grolleau pour au moins 60%, de gamay, côt, et (pour 20% maximum) de cabernet franc et cabernet sauvignon.
Ils doivent être élaborés par pressurage direct précédant la fermentation, avec ou sans foulage préalable.

 

6.6. Vouvray

 

Le vignoble de Vouvray s'étend sur 8 communes : Vouvray, Chançay, Noizay, Reugny, Rochecarbon, Sainte-Radegonde, Vernou, et une partie de Parçay-Meslay. Le Vouvray est tantôt sec et léger, ou puissant et corsé, et tantôt moelleux et parfumé, voire liquoreux quand la pourriture noble s'en mêle. Le vin tranquille ne prend toute sa valeur que par un vieillissement de plusieurs années dans les caves de tuffeau. Il garde toujours son fruité et sa fraîcheur. Vigoureux, solide, habillé d'or et de topaze, il présente une grande richesse de parfums et de saveurs.

Mais le Vouvray est doté d'une bonne aptitude à mousser. Le Vouvray pétillant est fait dans les années peu ensoleillées. Vin dont l'élaboration comporte une seconde fermentation en bouteille, le Vouvray mousseux, contrairement aux autres mousseux, s'améliore avec l'âge et se garde très longtemps. Cette aptitude au vieillissement surprend toujours de la part d'un vin aussi pâle et léger.

A boire entre 5 et 10 ans selon les millésimes.

 

6.7. Montlouis

 

L'aire d'appellation est située dans le triangle Lussault, Montlouis, et Saint-Martin-le-Beau. Après une éclipse d'une génération, Montlouis remonte la pente pour retrouver la qualité d'antan. Les excès -de soufre, de chaptalisation, et de filtration- abondent encore, mais quelques producteurs montrent le bon exemple. Le Montlouis est en tous points proche du Vouvray, mais avec moins de corps et une saveur aromatique moins épanouie. Plus léger et fin que le Vouvray, il se fait plus vite mais se conserve aussi bien. Montlouis produit la même gamme que Vouvray : secs, demi-secs, moelleux (les années fastes), vins tranquilles, pétillants, ou mousseux.

 

6.8. Chinon

 

Les 1 800 ha plantés de ce vignoble assez dispersé occupent la rive gauche de la Loire et les deux rives de la Vienne.
Les communes principales (au nombre de 18) de l'appellation sont Avoine, Beaumont-en-Véron, Chinon, Cravant, Savigny, Saint-Louans, etc.

Production de 100 000 hl.

Les sols, comparables à ceux de Bourgueil, comprennent des terrasses graveleuses et des coteaux argilo-calcaires sur sous-sol de tuffeau. Les vins de terrasses sont à boire jeunes (2 à 4 ans), les bons millésimes des coteaux sont conservables jusqu'à 20 ans et plus. Les meilleurs Chinon se trouvent entre deux affluents de la Vienne : la Négron et la Veude. Les Chinon sont plus légers et tendres que les Bourgueil, se boivent plus vite et se conservent moins longtemps. Leur bouquet caractéristique est la violette.

Les meilleurs sites, situés au sud de Chinon, dans le triangle Chinon, Ligré, La Roche-Clairmault, donnent des vins plus corsés. Rabelais, grand amateur de "ce bon vin breton, lequel point ne croist en Bretaigne mais en pays Véron", naquit voici 500 ans au Logis de La Devinière, à Ligré. Ancienne propriété de la famille de Rabelais, Le Clos de l'Echo, situé face au château, à Chinon, produit aujourd'hui encore un rouge qui vieillit en beauté. Le Clos de l'Olive, à Chinon même, Les Roches Saint-Paul, à Ligré, Les Pigasses, et La Roche Honneur, à Beaumont-sur-Véron, sont d'autres excellentes parcelles. Mais les vignerons ont tendance à mélanger les raisins de différentes vignes, gommant ainsi les spécificités du terroir. La région de Chinon produit également un excellent rosé de Cabernet, sec, léger, un des meilleurs de Touraine. Rouges (97%) et rosés sont issus de Cabernet Franc et (pour 10% maximum) de Cabernet Sauvignon. Les blancs (l'appellation y a droit), issus de Chenin, restent rares (250 hl). Tous titrent de 9,5 à 13%vol, et il convient de les boire à la température de la cave. On trouve quelquefois du Chinon rosé (300 hl), rosé vif et parfumé.

Gamme aromatique : Fruits rouges (cassis, framboise), fruits à noyau (cerise et pruneau), arômes végétaux (poivron vert)

 

6.9. Saint-Nicolas-de-Bourgueil

 

C'est ici que Ronsard rencontra Marie Dupin, "la belle angevine" : en effet, Bourgueil faisait autrefois partie de l'Anjou.
S'il vient sur un sol sableux (cas le plus fréquent), le vin sera relativement léger.
S'il vient sur le tuf, il sera plus tannique et apte à bien vieillir.
Mais le terroir assez homogène justifie cette appellation séparée, où 700 ha produisent 36.000 hl.

 

6.10. Bourgueil

 

"Ce vin réjouit les cœurs tristes" disait le prieur de Bourgueil, en 1089. Quelques neuf siècles plus tard, il est permis d'affirmer que cette action bénéfique ne se limite pas aux seuls cœurs tristes... D'ailleurs, n'est-ce pas à Bourgueil que Rabelais situait l'abbaye de Thélème ? Et ce docteur étonnamment moderne pour son époque conseillait judicieusement : "Beuvez toujours, ne meurrez jamais" (Buvez chaque jour, vous ne mourrez jamais).

L'appellation est délimitée sur des parcelles de Chouzé, La Chapelle, Ingrandes, Restigné, Benais, Bourgueil, et Saint-Patrice.
1050 ha exploités fournissent environ 54.000 hl.
Le vin doit titrer de 9,5 à 13%vol.
Le vignoble connaît des sols et sous-sols variés.

Du sud au nord :
 • des alluvions récentes de la Loire,
 • l'ancien lit de la Loire, terrasses de graviers et de sables grossiers, dont les vins sont légers, fins, bouquetés, consommables rapidement (entre 2 et 4 ans),
 • la côte, où le sol argilo-calcaire recouvre le tuffeau, fournit des vins plus corsés, plus durs dans leur jeunesse, demandant à être attendus, mais conservables jusqu'à 20 ans et plus.

 Les parcelles les plus réputées, "Les Evois" à Restigné, "Grand Mont" à Benais, "Chevrette" et "Beau Puy" à Bourgueil, sont sur la côte. Ingrandes ne donne que des vins de graviers, et Benais des vins de côte. Toujours tannique, mais fondu et vif, le Bourgueil est plus enveloppé que le Chinon. Plus long à se faire que le Chinon, il se bonifie aussi davantage avec les années. Il se caractérise surtout par un magnifique bouquet de framboise.
 

6.11. Coteaux du Loir

 

Ces coteaux, dont Rabelais et Ronsard ont célébré les vins, bordent le Loir, à 40 kilomètres au nord de Tours. Le vignoble est comparable à celui de Touraine : même climat, même encépagement, même sol, et mêmes caves de tuffeau. L'appellation concerne la production tricolore de 22 communes (16 dans la Sarthe, 6 dans l'Indre-et-Loire), dont la plus célèbre, Jasnières, a droit à une appellation particulière. Les vins blancs issus du chenin sont les plus renommés. De couleur dorée, frais, fins et fruités, parfois pétillants, ils rappellent les Vouvray et se conservent bien. Ils doivent titrer de 9,5 à 12%vol. Les rouges sont issus du pineau d'Aunis rustique et vigoureux, seul ou associé aux cabernet franc, gamay, et côt. Les rosés, outre les cépages utilisés en rouge, ont également droit au grolleau (avec un maximum de 25%), et titrent de 9 à12%vol.

Tous ces vins sont à boire jeunes.

6.12. Jasnières

Ce blanc issu de chenin est produit à Lhomme et Ruillé-sur-Loir. Titrant de 10 à 12,5%vol, généralement sec, vif et acide, avec une saveur de pierre à fusil, il peut dans les années chaudes s'arrondir remarquablement en vieillissant. Sa robe jaune d'or habille alors un vin tendre, délicat, au parfum fruité très développé qui peut évoquer le miel, l'acacia, ou l'aubépine. Dans les années exceptionnelles permettant l'apparition de la pourriture noble, il peut être moelleux. Il est alors capable de vieillir des dizaines d'années et n'atteint son apogée que vers 15 ou 20 ans.

6.13. Cheverny et Cour- Cheverny

Cheverny et Cour-Cheverny, devenus AOC en 1993, désignent 420 ha plantés sur les sols siliceux de 24 communes (dont 11 produisent du Cour-Cheverny). Climat océanique mais avec des écarts continentaux plus nets. Les sols sont silico-argileux. Cour-Cheverny, qui compte pour 40 ha dans ce total, est fourni par 11 communes. Il s'agit exclusivement de blanc, issu du seul Romorantin. Ce cépage serait originaire de Bourgogne, le Donnery aujourd'hui disparu. Lorsqu'il est issu de vieilles vignes à faible rendement, le Cour-Cheverny peut être de très bonne garde.

Production de 1500 hl.

En Cheverny (380 ha), les blancs (6700 hl) sont issus de Chenin blanc, Arbois (3% de la surface) (ou menu pineau), Chardonnay (20%), Sauvignon (cépage majoritaire, 77% des surfaces), et Romorantin.
Les rouges (8700 hl) proviennent de Gamay Noir à jus blanc (62%), Cabernets (12%), Pinot Noir (22%), Côt (4%), et une tolérance autorise 15% de Gamay Teinturier de Chaudenay.
Mais le Pinot Noir est le plus populaire ici.
Les rosés sont produits à hauteur de 1300 hl sur un assemblage de Gamay (50%) avec en complément du Cabernet et du PN.
Les VB de ces deux AOC ne subissent jamais de FML, d’où un atout pour leur vieillissement et leur conservation.

Gamme aromatique : Cheverny blanc : acacia, groseille à maquereau, bourgeon de cassis, épices Cheverny rouge : fruits rouges, épices, réglisse Cheverny rosé : épices Cour-Cheverny : acacia, grillé et minéral

7. Le Centre

Les vignobles du Nivernais (Sancerre, Pouilly-sur-Loire), et ceux du Berry (Menetou-Salon, Quincy, et Reuilly) ont des caractéristiques communes incitant à les regrouper, notamment l'emploi dominant du sauvignon.
Cela étant, il convient de bien distinguer ce qui les différencie.

Notamment, ne pas confondre les deux appellations de la ville de Pouilly-sur-Loire :
 • le Pouilly Fumé (ou blanc fumé de Pouilly), fait avec du sauvignon,
 • et le Pouilly-sur-Loire qui provient de chasselas et est souvent d'intérêt secondaire.
 
Et surtout, ne pas confondre ces deux appellations avec le Pouilly-Fuissé, un chardonnay du Mâconnais.

7.1. Sancerre

L'aire d'appellation s'étend sur 1.500 hectares partagés par 600 propriétés sur 14 communes. Bué et Chavignol sont les communes les plus renommées, surtout dans les années médiocres. Sancerre elle-même est une charmante petite ville pittoresque, serrée autour des ruines de son château féodal.

Les terrains sont de deux types : * les "Terres Blanches" : ce sont des marnes kimméridgiennes, produisant un vin très acide, prenant lentement son caractère, mais en revanche capable de vieillir.

A ne boire qu'à partir de 6 ou 7 ans.

 • les "Caillottes" : des coteaux calcaires, dont les vins peuvent se boire rapidement (à 2 ou 3 ans), mais qui ne vieillissent guère.
Les vins des caillottes sont les meilleurs, surtout ceux produits à Bué, Chavignol, et Verdigny.
Avec leurs arômes de genêt et une saveur plus ou moins marquée de pierre à fusil, ils peuvent accompagner les poissons grillés, le saumon fumé.
A Chavignol (également connu pour son Crottin), les Crus réputés étaient La Comtesse, le Cul de Beaujeu, La Grande Côte, La Garde, et Les Monts Damnés.
Etaient, car l'INAO a estimé que l'emploi de ces noms pouvait donner lieu à des abus préjudiciables aux consommateurs.
A Verdigny : Clos de La Reine Blanche.
A Bué, les crus réputés sont :
 • Grand Chemarin,
 • Clos du Chène-Marchand,
 • et le Clos de la Poussie (78F le 92 rouge), ancienne propriété de l'abbaye de Bué, aujourd'hui entre les mains des Domaines Cordier; les coteaux du Clos sont à tel point abrupts que le travail doit être fait au treuil.
 
Le serment des vignerons d'honneur de Bué vaut son pesant de sauvignon : "Je jure que je boirai pur le premier verre de vin, le second sans eau, le troisième tel qu'il sort du tonneau".
Sancerre fait aussi des rouges et rosés secs assez corsés, à partir de pinot noir cultivé sur les pentes impropres au sauvignon.

7.2. Pouilly-sur-Loire

Le Pouilly-sur-Loire est fait à Pouilly-sur-Loire et 6 communes voisines, dont Saint-Andelain est la principale.
Le chasselas occupe, la plupart du temps, les terrains argilo-siliceux qui ne conviennent pas tout à fait au sauvignon, celui-ci préférant les pentes calcaires.
Peu acide, fin et délicat, léger et fruité, très agréable en primeur, le Pouilly-sur-Loire n'a cependant ni le caractère ni la distinction du Pouilly-Fumé.

7.3. Pouilly Fumé

L'aire de production du Pouilly-Fumé est la même que celle du Pouilly-sur-Loire.
Clair, avec des reflets vert pâle, le Pouilly-Fumé présente un parfum prononcé, légèrement épicé et musqué.
Quoique se faisant vite, il gagne à passer 2 ou 3 ans en bouteille.
Il titre 11 à 13%vol.
Très proche du Sancerre, il peut -dans les meilleures conditions- présenter plus de saveur que son renommé voisin, mais en général il est plus minéral et plus floral que le Sancerre.

8. Le Berry

Si l'on ne veut pas payer le prix d'un bon Sancerre, Menetou-Salon, Quincy, et Reuilly, sont de petits vignobles faisant un agréable sauvignon, avec une décote de 30 à 50% par rapport au prix de leur plus prestigieux voisin.
C'est dans les années chaudes que ce qu'ils ont en commun avec le Sancerre s'exprime le mieux.
Tous sont d'excellents accompagnements des fromages de chèvre, en particulier le Pouligny Saint-Pierre.

8.1. Quincy

L'aire d'appellation Quincy occupe 200 hectares sur cette commune et sur une partie de Brinay.
Le vignoble est établi essentiellement sur la rive gauche du Cher, en amont de Vierzon, sur un plateau qui est une ancienne terrasse du Cher pré-historique.
Le sol est recouvert par les dépôts de graviers et de sable alluviaux déposés par la rivière, sous lesquels on trouve une couche d'argile.
Ces terrains conviennent fort bien au sauvignon, greffé ici sur un porte-greffe qui hâte la maturité.
Ceci procure au vignoble un avantage appréciable vis-à-vis de Sancerre et Pouilly-sur-Loire dans les années humides et tardives.
Le Quincy est très sec, bouqueté, d'une grande finesse.
Par rapport à son prestigieux concurrent de Sancerre, il a une robe plus claire et un bouquet plus discret.
Il peut titrer de 10,5 à 13%vol, mais l'alcool nuit à la finesse de son parfum, aussi faut-il préférer les Quincy légers.
On le boit jeune, mais il est capable de bien évoluer en vieillissant, et on peut le conserver 5 à 10 ans.

8.2. Reuilly

L'aire d'appellation s'étend sur les communes de Reuilly et Dion dans l'Indre, Cerbois, Chéry, Lazenay, Lury-sur-Arnon, et Preuilly dans le Cher.
Le vignoble occupe les rives de l'Arnon, affluent du Cher.
30 ha sont plantés tantôt sur des marnes calcaires comme à Sancerre, tantôt sur des sables argileux comme à Quincy.
Les blancs, issus de sauvignon, proches de ceux de Quincy, sont parfois vinifiés en demi-secs.
Ils titrent de 10,5 à 13%vol.
Les rouges et rosés, issus de pinot gris et pinot noir, évoquent un peu ceux de Sancerre.
Ils titrent de 10 à 13%vol.

8.3. Menetou-Salon

Menetou-Salon prolonge Sancerre à l'ouest, et bénéficie souvent de sols similaires.
Le sauvignon réussit bien sur les collines calcaires de ce vignoble de 10 communes.
Les années chaudes lui conviennent, en éliminant l'excès d'acidité des blancs.
Les blancs rappellent ceux de Sancerre, avec toutefois moins d'ampleur dans l'expression.
Menetou-Salon fait aussi quelques bons rouges et rosés de pinot noir.
En blanc comme en rouge, voir le Domaine de Chatenoy des Caves Clément.
La Loire -dont le cours arrose huit provinces- et ses affluents donnent naissance à de nombreux petits vins à boire localement.

Les VDQS suivants en sont des exemples :
 • Coteaux Vendômois, à base de gamay;
 • Côtes du Forez, également à base de gamay;
 • Haut-Poitou : pas d'originalité, mais la coopérative fait du bon travail.
Le vin, qui peut être fait de gamay et pinot en rouge, de sauvignon et chardonnay en blanc, reçoit l'appellation Vin du Haut-Poitou - nom du cépage.
La chaîne "Relais et Châteaux" l'emploie en vin de table.

 • Coteaux d'Auvergne, 400 ha VDQS depuis 1977 :
 • des rouges de gamay ou parfois de pinot noir,
 • et des blancs de chardonnay.
Cinq "Crus" ont le droit de mentionner leur nom à la suite de l'appellation.
Du nord au sud :
 • Madargues, aux sols de sable et de calcaire;
 • Châteaugay, un terroir d'origine volcanique;
 • Chanturgue, au nord immédiat de Clermont-Ferrand, a un sol argilo-calcaire mêlé d'éboulis volcaniques;
 • Corent, au sud immédiat de Clermont-Ferrand, est calcaire dans sa partie nord, argileux plus au sud; ses rosés sont appréciés localement;
 • Boudes, au terrain argileux, peut donner des vins de garde.
50 hectares, 6 viticulteurs.

A Aubière (à la sortie sud de Clermont-Ferrand), voir le Musée vivant consacré à la vigne, établi dans quelques-unes des 900 caves souterraines datant de la fin du 19e siècle, à l'époque où le vignoble était florissant alors que le phylloxéra sévissait presque partout ailleurs.
Parmi ces vignobles d'intérêt local, deux se distinguent par leur qualité et leur originalité :
 • Châteaumeillant, VDQS connu pour un gris de gamay, peut aussi contenir un peu de pinot noir et de pinot gris.
et surtout Saint-Pourçain : l'appellation concerne une vingtaine de communes de l'Allier, entre Moulins et Vichy; il s'agit principalement de rouge de gamay et de pinot noir, mais le blanc -assemblage de chardonnay et tressalier (cépage proche du sacy de l'Yonne)- est plus original.

Un petit millier d'hectares est en production, dont la coopérative traite environ 60%.
Lancé en 1987, son vin de primeur, "La Ficelle", est un beau succès commercial.

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