Le Roussillon

Vignoble du Roussillon

1. Côtes du Roussillon et Côtes du Roussillon Villages

Devenus AOC en 1977, 7.100 ha exploités par 8.500 vignerons sur 118 communes des Pyrénées-Orientales produisent 330.000 hl.

Les rouges et rosés sont faits de carignan noir (70% maximum), grenache noir, Lladoner pelut, et cinsaut pour les cépages principaux; de syrah, mourvèdre, et maccabéo (10% maximum en rouge) pour les cépages secondaires. Il faut obligatoirement deux cépages principaux, et un secondaire. De belle structure, équilibrés et bouquetés, ils font souvent l'objet d'un vieillissement d'un an en fût avant leur commercialisation. D'autres, vinifiés en macération carbonique, sont vendus en primeur.

Les vins blancs (15.000 hl) sont issus de maccabéo (et théoriquement de tourbat, mais celui-ci a disparu) dont les raisins ne doivent pas être foulés. L'aire des Côtes du Roussillon s'étend à la majeure partie de la plaine du Roussillon, et surtout aux reliefs qui la bordent : contreforts des Corbières et du Fenouillèdes au nord, pays des Aspres à l'est, monts Albères au sud. Le rendement de base est limité à 50 hl/ha, et le vin doit titrer au moins 11,5%vol.

Les Côtes du Roussillon Villages sont dues à 25 communes localisées au nord du département, immédiatement au sud des Corbières, de part et d'autre de la vallée de l'Agly. Il s'agit exclusivement de rouge produit avec un rendement de base limité à 45 hl/ha. Le vin doit titrer au moins 12%vol.Plus structurés et charpentés que les Côtes du Roussillon, ils se révèlent aussi plus complexes et plus harmonieux, et aptes à mieux vieillir. Les arômes de petits fruits rouges qu'ils exhalent dans leur jeunesse évoluent ensuite vers un bouquet de venaison, avec des notes de truffe ou de pruneaux.

Deux communes peuvent ajouter leur nom à l'appellation :

 • Caramany : ici, l'usage veut qu'au moins 60% de la vendange soit vinifié en macération carbonique, afin d'enlever au carignan un peu de sa coutumière rudesse.
 • et Latour-de-France, qui étend le bénéfice de son nom à certains lieux-dits des communes d'Estagel, Montner, Cassagnes, et Planèzes, aux sols schisteux donnant des vins de haute qualité.

2. Collioure

Le château de Collioure a abrité les Templiers, les rois de Majorque et d'Aragon.

Aujourd'hui, la patrie de Braque, Dufy, Matisse, accueille divers spectacles, concerts, expositions. Devenu AOC en 1971, le terroir est commun à celui de l'appellation Banyuls. 300 ha sont exploités. Le village de Collioure lui-même est un charmant petit port doté d'une plage. L'AOC concerne exclusivement du rouge et du rosé, issus de grenache noir (entre 60 et 75% maximum), et au moins 25% de carignan, cinsaut, syrah, et mourvèdre. Le rendement est limité à 40 hl/ha et le vin doit titrer 12%vol.

Les rouges exhibent sans complexe la puissance qu'ils héritent du grenache. Ces vins capiteux exigent d'être attendus plusieurs années, le temps que s'atténue leur vinosité juvénile. Ils s'assouplissent avec grâce, en acquérant un bouquet profond, et les meilleurs d'entre eux se révèlent alors de grands vins capables d'accompagner une cuisine relevée.

A boire en général entre 4 et 12 ans.

Neuf caves coopératives assurent 80% de la production.

3. Vins doux naturels du Roussillon (VDN)

Ces vins étaient autrefois appelés "vins d'Espagne".
Le terme de "vin doux naturel" n'est pas non plus parfaitement approprié, car la fermentation est arrêtée artificiellement par le mutage, mais il a au moins le mérite de souligner que les VDN ne sont pas des vins au sens strict appliqué en France, encore que c'en sont au sens que la CEE donne au mot.

Cépages admis, selon les appellations :

 • les grenache (blanc, gris, et noir); dans la pratique, le grenache gris, assez médiocre, n'est guère utilisé; seul le grenache noir est employé pour le Banyuls;
 • le muscat à petits grains (aussi appelé muscat de Frontignan), précoce;
 • le muscat d'Alexandrie, tardif;
 • le maccabéo;
 • et le tourbat (alias malvoisie du Roussillon), qui a quasiment disparu.

Les cépages blancs apportent des arômes floraux et l'acidité qui manque au grenache (sauf sur les sols schisteux).

Le Roussillon produit 90% des VDN français.

La vigne y est soumise à des conditions climatiques et géologiques extrêmes. On laisse les raisins mûrir au-delà de la maturation normale sur la vigne. Des rendements très sages -limités à 30 hl/ha- donnent une matière riche en couleur, des tanins doux, beaucoup de fruit, mais une acidité assez faible. Quand le moût est en train de fermenter, et avant que tout le sucre ne soit transformé en alcool, on ajoute de l'alcool dans une proportion de 5 à 10% du volume du moût, ce qui tue les levures et laisse subsister une certaine quantité de sucre non fermenté. Le vin doit alors titrer au moins 20%vol, dont 15 acquis par la fermentation, et contenir au moins 45 grammes de sucre non fermenté (54 pour les Banyuls, plus de 100 pour les Muscat).

Pour les VDN rouges (cas des Banyuls et Maury) le mutage peut intervenir sur marc (avant pressurage) ou sur jus (après pressurage). Selon le moment du mutage, on garde plus ou moins de sucre résiduel, et on peut ainsi obtenir quatre types de vins : sec, demi-sec, demi-doux, ou doux. Les VDN mutés sur marc sont en général plus doux et plus aptes à vieillir. Les VDN ne sont commercialisés qu'après 3 ans de vieillissement, souvent en fûts.

3.1.Banyuls et Banyuls Grand Cru

Les Templiers assurèrent le premier essor de ce vignoble, situé à la frontière espagnole, le long de la partie la plus pittoresque de la Côte Vermeille, appelée Côte Rocheuse. La recette du Banyuls est attribuée à Arnau de Vilanova, qui définit en 1285, alors qu'il régissait l'Université de Montpellier, le principe du "mariage de l'esprit et du vin". 1285, c'est aussi l'année où Philippe le Bel devint roi de France, le roi qui, 30 ans plus tard, fera arrêter et exécuter les Templiers...

Seules les communes de Banyuls, Collioure, Port-Vendres, Cerbère, bénéficient de l'appellation.

L'ensoleillement est de 325 jours par an, mais des orages très violents peuvent éclater, et l'eau de pluie dévale alors les pentes transformées en torrents. Les pentes abruptes plongeant dans la Méditerranée sont aménagé en terrasses caillouteuses, imposant un dur travail manuel. Le sol de roche schisteuse est recouvert d'une mince couche de terre arable qu'il faut remonter chaque année... Les terrasses permettent de résister, tant bien que mal, à la fois à la tramontane et aux pluies violentes. Pour canaliser le ruissellement des eaux, les vignerons utilisent un système appelé le "pied de coq".

La récolte ne peut avoir lieu que lorsque le raisin contient 252 grammes de sucre par litre, soit 15%vol, conformément à la règle pour tous les VDN du Roussillon. Exploités par 2.000 viticulteurs, 1.700 ha fournissent 40.000 hl de rouge, rosé, ou blanc. Mais le Banyuls, c'est surtout un rouge à base de grenache noir pour 50% minimum, plus cinsault, syrah, carignan, et mourvèdre, qui subit un élevage oxydatif. Au début, le vieillissement s'opère à l'air dans de petits fûts, sans ouillage; en cave ou à l'extérieur -en plein soleil- lorsque l'on souhaite un vieillissement accéléré apportant le goût de rancio proche de celui de l'orange amère. L'affinement définitif se fait à l'abri de l'air dans de grands foudres de bois.

Au bout d'un an, les vins sont assemblés, parfois à des millésimes plus anciens, puis mis en bouteilles.
Ce vin porte une robe plus légère que le Maury.

Banyuls Grand Cru : Banyuls est la seule appellation française de Vin Doux Naturel ayant droit à la mention Grand Cru, sous des conditions très strictes relatives au terroir, aux rendements, et aux méthodes d'élaboration. Actuellement, cela concerne une production d'environ 8.200 hl. En Grand Cru, l'égrappage est obligatoire.

Le vin contient au moins 75% de grenache, doit macérer au moins 5 jours avant mutage (mais ce minimum est souvent largement dépassé, jusqu'à 6 semaines), et vieillit sous bois pendant au moins 30 mois, ce qui magnifie ses arômes complexes où se mêlent le pruneau, le café, la vanille et les plus fines épices. Contrairement au Banyuls qui peut être vinifié en rouge, en rosé, ou en blanc, le Banyuls Grand Cru est toujours vinifié en rouge. Comme pour le Banyuls, le vieillissement à l'air dans de petits fûts non ouillés est suivi d'un affinement à l'abri de l'air dans de grands foudres de bois. Au bout de 30 mois (contre un an pour le Banyuls), les vins sont assemblés puis mis en bouteilles. Le rimage privilégie l'élevage en bouteilles sans aucun passage sous bois. Cela donne en général des vins plus foncés, marqués par des arômes de fruits rouges. Ces vins sont très concentrés.

Selon le style de vinification et d'élevage, et selon leur âge, ils expriment quantité d'arômes complexes inhabituels.

Le Banyuls, dont Curnonsky a dit qu'il avait "la cambrure et la chaleur sarrasines", peut accompagner les desserts, le chocolat, le café, le foie gras, le canard aux cerises, certains fromages.

Température de service : 12 à 18°C, selon l'âge du vin, qui est consommable à partir de 3 ans mais peut se conserver jusqu'à 30 ans; c'est toujours un vin de très longue garde.

3.2. Maury

Niché dans le Fenouillèdes, sur des collines escarpées aux sols schisteux, ce vignoble de 1.760 ha sur 5 communes donne 40.000 hl de rouge issu de grenache noir. Une part importante est mutée sur grains, et le tout est vieilli en touries.

Le Maury subit un vieillissement légal de 2 ans minimum avant commercialisation. Réputé plus viril que le Banyuls, parce que plus tannique, ce vin contient aussi davantage de sucre résiduel. Puissant et gras dans ses jeunes années, il évolue ensuite vers un bouquet de café, de cacao, et de confiture de fruits.

Il peut être bu dès la 2e ou 3e année, mais peut être conservé 20 ans ou plus.

3.3. Grand Roussillon

Cette AOC de 1972 s'applique aux VDN de 80 communes des Pyrénées Orientales et 9 de l'Aude.

Cépages autorisés à titre principal : muscat blanc à petit grain, muscat d'Alexandrie (dit muscat romain), grenache noir, gris, ou blanc, maccabéo, (et le tourbat disparu).
Cépages accessoires (moins de 10%) : carignan noir, cinsault, syrah, listan.

3.4. Rivesaltes

15.600 ha sous cette appellation produisent du rosé et un peu de rouge, mais surtout du blanc, devant titrer au minimum 21,5%vol.

4 cépages sont autorisés : grenache, maccabéo, muscat (et turbat).

Les cuvées rouges sont élaborées comme le Banyuls, par macération au contact des peaux, et en milieu oxydatif.
L'élevage peut ne pas excéder un an, mais est déterminant pour la qualité du vin : cuve et bois développent des bouquets bien différents.

NB : la production principale de la région de Rivesaltes est le Bartissol.

3.5.Muscat de Rivesaltes

Le Muscat de Rivesaltes peut être élaboré sur l'ensemble des terroirs Banyuls, Maury, et Rivesaltes; 4.400 ha produisent 100.000 hl. Les seuls cépages autorisés (avec des rendements limités à 28 hl/ha), sont les muscat à petit grain et muscat d'Alexandrie, auxquels la surmaturité ne convient pas, car ils sont sensibles à la pourriture.

De même, le muscat étant sensible à l'oxydation, le vin doit être fait classiquement, en milieu réducteur. Enfin, il doit contenir au moins 100 grammes de sucre par litre. C'est cependant le moins liquoreux des six Muscat français, et aussi le plus abondant (les 2/3 de la production).

Ce vin, qui présente une agréable saveur musquée, est à boire jeune, à 10-12°C, soit en apéritif, soit avec roquefort ou desserts.

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