La Provence et la Corse

 Vignoble de Provence

1. La Provence

La vigne était déjà cultivée 600 ans avant JC, un historien Romain l'atteste. Il nous raconte, en effet, que des Phocéens furent invités, sur le site actuel de Marseille, par un chef de tribu désireux de marier sa fille Gyptis. Au cours du banquet, Gyptis fit choix de Protis, le chef des Phocéens, en lui offrant une coupe de vin. Plus tard, des négociants Grecs enseignèrent aux indigènes l'art de tailler la vigne. Lorsque les Romains colonisèrent la région en 125 avant JC, ils y découvrirent un vignoble déjà florissant. On sait le rôle qu'Aliénor d'Aquitaine joua en faveur des vins de Gascogne. Sa bru Eléonore de Provence, épouse d'Henri III d'Angleterre, joua au 12e siècle un rôle similaire pour la promotion des vins de Provence. Au 15e siècle, le bon roi René, comte de Provence, possédait un petit vignoble à Palette, aux portes d'Aix-en-Provence. Il encouragea le commerce du vin de Provence en faisant de Marseille un port libre.

Aujourd'hui, la vigne provençale occupe 100.000 ha et produit 5 millions d'hectolitres. Il s'agit surtout de Vins de Pays, très agréables sur place, mais qui perdent à être éloignés de leur berceau : Vin de pays d'Argens, Vin de pays des Bouches-du-Rhône, Vin de pays des Maures, Vin de pays de Petite Crau, Vin de pays de la Principauté d'Orange, Vin de pays de Vaucluse, Vin de pays du Var, etc.

Treize cépages peuvent être employés :

En rouge, le carignan, le cinsaut, et le grenache, sont les plus répandus. Par endroits, on trouve aussi du tibouren et du mourvèdre (le meilleur cépage des rouges provençaux). Récemment, les viticulteurs ont adapté avec succès la syrah et le cabernet sauvignon, certes quelque peu au détriment de la typicité.

En blanc : clairette, ugni blanc, bourboulenc, rolle (un cépage de grande classe sur lequel on compte pour améliorer la qualité). Et deux cépages étrangers à la région: sémillon et sauvignon.

1.1. Les AOC

En 1989, 24.000 hectares plantés des AOC de Provence produisaient 816.000 hl, dont 700.000 fournis par les seules Côtes de Provence. Huit ans plus tard, la surface plantée s'élève à un peu plus de 25.000 hectares et fournit un peu plus d'un million d'hectolitres. Les blancs sont rares (5%) et un litre seulement sur cinq est rouge. Tout le reste est rosé, car la Provence ignore les effervescents et les Vins Doux Naturels. Et si l'image du rosé lui est indissociablement liée, c'est à juste titre car elle fournit près de la moitié des rosés français d'appellations contrôlées. Cette domination quantitative du rosé ne doit cependant pas occulter la présence d'excellents rouges, ainsi que de blancs surprenants. Les bons terroirs sont protégés des vents du nord (mistral et tramontane) et bénéficient d'un sol assurant un drainage naturel, qualité très importante ici en raison des écarts climatiques extrêmes entre la saison sèche et la saison humide (orages parfois diluviens en automne).

Huit AOC :

 • Côtes de Provence : 19.000 ha, 750.000 hl, les trois quarts en rosé, 20% en rouge, et 5% en blanc.
 • Coteaux d'Aix-en-Provence : 34.537 ha délimités, dont 10% à peine sont plantés et fournissent environ 15 millions de bouteilles.
 • Les Baux de Provence : 300 ha plantés. Production à 65% en rouge, 30% en rosé.
 • Coteaux Varois : 2.000 ha délimités, dont 1.740 plantés qui produisent 8 à 9 millions de bouteilles.
 • Bandol : 700 ha sont plantés, parmi les 1.325 délimités, et fournissent 5 millions de bouteilles.
 • Cassis : 168 ha produisent moins de 700.000 bouteilles, à 75% en blanc..
 • Bellet : une quarantaine d'hectares donnent 75.000 bouteilles : 60% rouge, 35% rosé, 5% blanc.
 • Palette : 32 ha, 600 hl.

1.1.1. Bellet

Le vignoble de Bellet, qui domine Nice, a été planté par les Phocéens au 4e siècle avant JC. Etabli à 300 mètres d'altitude sur des éboulis calcaires, le vignoble bénéficie de nuits fraîches qui confèrent aux vins un style septentrional : fins et bouquetés, les blancs sont secs, les rosés très distingués, les rouges voluptueux. Alors que blancs et rosés sont à boire jeunes, les rouges sont à leur mieux vers 3 à 5 ans. La petite quantité produite par les 21 vignerons est consommée sur place, à environ 100F la bouteille. 140F le 89 rouge. Les cépages de Bellet sont originaux pour la Provence : rolle, chardonnay, mayorquin (aussi appelé spaniol), et roussan pour les blancs (400 hl); braquet, folle noire, grenache et cinsaut, pour les rouges et rosés (700 hl); le braquet vieillit très bien, mais c'est la folle noire qui donne aux rouges leur personnalité et leur originalité. Les rouges et rosés doivent titrer au minimum 10,5%vol, et les blancs 11%vol, mais en pratique tous atteignent ou dépassent 12%vol. Le rouge, à son apogée vers 3 à 5 ans, peut vieillir 10 à 20 ans, parfois 30. Le blanc, sec, nerveux, à la fraîcheur étonnante ici, doit au rolle son caractère très aromatisé.

A boire de préférence jeune, il est cependant conservable 5 à 10 ans. Le Château de Bellet et le Château de Crémat sont les principaux parmi 7 producteurs.

1.1.2. Bandol

La vigne fut implantée à Bandol dès 600 avant Jésus-Christ, lorsque les Phocéens fondèrent Marseille. Le vignoble prospère entre La Ciotat et Toulon, sur des collines cultivées en terrasses, les rastanques, au sol aride, silico-calcaire, riche en fossiles marins. Il est situé principalement sur Bandol, La Cadière d'Azur, Sanary, Le Castellet, mais déborde sur Le Beausset, Saint-Cyr, Ollioules, et Evenos. Le Bandol blanc (1.500 hl), produit surtout autour de Sanary, est sec, peu acide, frais et corsé. Il doit provenir de clairette, ugni blanc, et bourboulenc, pour au moins 60%. Le sauvignon y est admis à titre secondaire. Ce vin, qui doit séjourner en fût au moins 6 mois, est à boire jeune, avant la fin de sa troisième année. Il accompagne bien les produits de la pêche méditerranéenne.

Le Bandol rosé, souvent d'une belle couleur ambrée, fruité, souple, à la saveur légèrement épicée, est dû aux mêmes cépages que le rouge.

Le Bandol rouge, surtout lorsqu'il est jeune, a un goût particulier dû au mourvèdre. Celui-ci, qui doit y entrer pour plus de 50%, lui donne sa robe, son bouquet, et son corps. Le cinsaut, qui lui apporte de la finesse, et le grenache du corps, font partie des cépages principaux. Les cépages secondaires, qui ne peuvent contribuer au Bandol que pour 20% maximum, sont surtout le carignan et la syrah, mais on rencontre parfois le tibouren qui ne manque pas d'intérêt, et le calitor (aussi appelé pécoui-touar). Le vignoble produit 33.000 hl rouges, qui subissent un vieillissement légal de 18 mois minimum, au terme desquels on obtient un vin plein, coloré, sentant la garrigue, à la fois puissant et charmeur, remarquablement velouté. Il doit au mourvèdre son parfum exquis de violette ou de vanille, et son goût de framboises avec des notes de cerises. C'est assurément le meilleur rouge provençal.

En général, il convient de boire le Bandol rouge entre 3 et 6 ans, mais les vins des grands millésimes (83, 85, 87, 88, 89, 90) méritent d'être attendus une dizaine d'années, le temps que leurs arômes (sous-bois, fougères, truffe, orange et pruneau confits) se développent. Les Bandol rouges ne s'accordent pas particulièrement bien à la cuisine provençale. Les essayer avec agneau rôti, daube, canard, rognons de veau; les plus mûrs, avec gibier, champignons, fromage de chèvre. Les très jeunes millésimes s'assouplissent par un passage en carafe, une heure avant le repas. Les millésimes âgés doivent être ouverts plusieurs heures à l'avance, sans décantation (par prudence)

1.1.3.Cassis

Historiquement le premier vignoble Gaulois, et classé en AOC dès 1936, il s'étage en gradins sur des éboulis calcaires et marneux, dans un cirque de rochers imposants. Ainsi protégé du mistral froid et sec, il peut abreuver le petit port de pêche situé dans un très beau site.

14 vignerons y exploitent 168 hectares, avec un rendement limité à 40 hl/ha.

Cépages :
 • en rouge grenache, cinsaut, plus rarement mourvèdre, carignan, et barbaroux.
 • en blanc ugni blanc (ce qui est exceptionnel pour un vin de cette qualité), roussette, marsanne. Mais aussi clairette, doucillon, sauvignon, et pascal blanc.

Rosé et rouge (un quart de la production) sont tanniques et chaleureux.

Le rouge est à boire entre 2 et 5 ans.

Mais c'est le blanc de Cassis, sec, corsé, généreux, nerveux sans exclure une certaine onctuosité, qui est réputé le meilleur blanc de Provence. Frédéric Mistral, né à Cassis, disait quelque chose comme "l'abeille ne fait pas de miel plus doux que ce vin aussi clair que le diamant, qui fleure bon le romarin, la bruyère, et la myrte", et il le voyait "danser dans le verre".

1.1.4. Palette

Autrefois le vignoble du bon roi René, aux portes d'Aix, Palette est le seul très grand cru provençal éloigné de la côte. Le terroir, délimité sur les communes de Meyreuil, du Tholonet, et d'Aix-en-Provence, se love au creux d'un cirque protégé des vents, près de la Montagne Sainte-Victoire chère à Cézanne. A Langesse, les sols calcaires dotent leurs vins d'une finesse digne des plus grands crus. 25 cépages sont autorisés ou tolérés : en rouge et rosé, mourvèdre, grenache et cinsaut pour au moins 50%, et une dizaine de cépages secondaires dont le tibouren; en blanc, une dizaine de cépages où la clairette doit être majoritaire, et où -en fait- elle entre pour 80%. Des 20 ha qu'ils se partagent, les Châteaux Simone et La Crémade tirent 600 hl vendus en caisses de bois.

Le rouge, aromatique, est de longue garde. Blanc et rosé sont aussi fabuleux que le rouge, et vieillissent bien. Ch. Simone, de René Rougier, est l'ancienne "bastide de Meyreuil" dont les caves ont été creusées dans le roc au 16e siècle par les moines des Grands Carmes d'Aix. Réputés depuis cette époque, ses vins comptent aujourd'hui parmi les meilleurs de France. Rouges tanniques et sombres, rosés acidulés, blancs à l'arôme de tilleul, sont tous d'une grande finesse, de bonne garde, et très différents des autres vins de Provence. Ils séjournent en fûts de chêne, les blancs 2 ans, les rouges 3 ans. Les rouges, fortement structurés, s'épanouissent au bout de 8 à 10 ans. Ne les consommer qu'après les avoir carafés plusieurs heures à l'avance.

1.1.5.Coteaux d'Aix - Les Baux

Ce sont 34.500 ha devenus AOC en 1985, répartis sur 48 communes. Mais seulement 10% de cette aire sont encépagés. L'aire d'appellation s'étend de la Montagne Sainte-Victoire aux Alpilles -écrin de l'extraordinaire site des Baux de Provence- en passant par les bords de la Durance et les rives de l'étang de Berre. Elle donne des vins en général plus austères que ceux des Côtes de Provence. Leurs rouges comptent parmi les plus grands Crus de France. Equilibrés, de bonne structure, fruités, ils sont moins onctueux que ceux des Côtes de Provence mais d'une très agréable finesse aromatique. Les blancs et rosés, en revanche, ont peut-être plus de nerf que leurs voisins du Var. Pour leur niveau de prix, ces vins sont souvent de très bonnes affaires. Depuis quelque temps, les vignerons des Baux (8 communes) demandaient à l'INAO de leur accorder une appellation séparée : c'est chose faite depuis février 1995.

Il y a désormais, à partir du millésime 95, deux appellations pour les rouges et les rosés :

 • Coteaux d'Aix-en-Provence,
 • et Les Baux de Provence, appellation qui bénéficie aux commune des Baux, Eygalières, Fontvieille, Maussane-les-Alpilles, Mouriès, Paradou, Saint-Etienne-du-Grès, et Saint-Rémy-de-Provence.

 Pour la plupart, ce sont des rouges et rosés assez tanniques, issus du grenache (dominant), et du cinsaut, du mourvèdre, de la syrah, du cabernet sauvignon et du carignan, encore que la part dévolue à ces deux derniers doive encore diminuer. 130.000 hl en Coteaux d'Aix-en-Provence, 13.000 pour Les Baux de Provence.

Ce qui différencie les deux appellations ?
 • un rendement autorisé de 60 hl/ha en Coteaux d'Aix-en-Provence, limité à 50 hl/ha en Baux de Provence.
 • grenache, cinsaut et carignan pour les rouges des Coteaux d'Aix-en-Provence; alors que les Baux de Provence privilégient grenache, syrah, et mourvèdre.
En outre, les Baux de Provence rouges ne peuvent pas être commercialisés avant un an.

Les blancs, secs, continuent tous à porter l'appellation Coteaux d'Aix-en-Provence, mais il est vrai qu'ils sont produits avec une majorité écrasante (9.000 hl) par les Coteaux d'Aix, alors que les Baux ne contribuent que pour deux petites centaines d'hectolitres. Ils sont issus majoritairement de bourboulenc, clairette, grenache blanc, et vermentino; mais aussi (trop souvent) de sauvignon.

1.1.6. Coteaux Varois

Les Coteaux Varois, devenus AOC en mars 1993, ce sont 2.400 ha sur 28 communes au centre du département du Var, autour de Brignoles. Le vignoble, protégé des influences méditerranéennes par la Sainte-Baume et les collines de Toulon, a un climat relativement plus frais.

1.1.7.Côtes de Provence

Cette appellation née en 1977 est située pour l'essentiel dans le Var, plus trois aires dans les Bouches-du-Rhône, et une autre -minuscule- dans les Alpes Maritimes. Mais sur le plan viticole, on distingue 4 zones :

 • les flancs granitiques ou schisteux du massif des Maures,
 • les coteaux calcaires des environs de Brignoles,
 • la dépression fertile qui, entre ces deux blocs, conduit de Toulon à Fréjus,
 • et le massif de la Sainte-Victoire, au sol de grès argileux.
 
Autant de terroirs, autant de vins généreux, fins et fruités, fort divers. Certes les rosés dominent, bien supérieurs aujourd'hui à leur notoriété quelque peu fantaisiste de naguère. Les plus délicats sont réputés provenir de Saint-Tropez et de Vidauban. Ce n'est d'ailleurs probablement pas le fait du hasard si la Maison du Rosé s'est installée à Vidauban. Mais les rouges, moins connus, doivent aussi retenir l'attention : corsés et chaleureux, les meilleurs d'entre eux (originaires de Cuers, Pierrefeu, Les Arcs) vieillissent en effet fort bien et atteignent alors un remarquable niveau de qualité.

Alors que les rosés sont à boire dans leur prime jeunesse, les rouges sont au mieux de leur forme entre 2 et 4 ans. Jusqu'à 13 cépages sont admis pour cette appellation tricolore.

En rouge et rosé, 5 cépages doivent entrer pour plus de 70% dans la composition du vin : tibouren, mourvèdre, grenache, cinsaut, et (pour 40% maximum) le carignan. Les cépages secondaires admis sont la syrah, le cabernet sauvignon, le barbaroux, le calitor (aussi appelé pécoui-touar). Et aussi, mais pour 10% maximum, les cépages utilisés pour les blancs.

En blanc :
 • la clairette apporte de la puissance alcoolique. Elle a tendance à l'oxydation et manque d'acidité mais, bien vinifiée (par exemple en empêchant la fermentation malo-lactique), peut donner des résultats étonnants.
 • le vermentino (dit rolle) donne un vin délicieux lorsque le raisin est bien mûr comme en 93. Les meilleurs résultats viennent de La Malherbe, du Ch. de Barbeyrolles, au pied de Gassin, et du Domaine de La Courtade.
 • le sémillon pourrait bien faire mais il est très productif sous ce climat, et on ne le limite pas assez.
 • et l'ugni blanc.
 
Les blancs (45.000 hl), à la robe d'or pâle, sont secs, corsés, fruités. Il convient de les boire jeunes, car ils madérisent en général assez vite, mais certains peuvent se garder 5 ou 6 ans.

Les rosés sont également secs, fruités, corsés, bouquetés. Ils doivent être obtenus par saignée pour au moins 20%.

Pour l'obtention des rouges, les raisins doivent être foulés. Les rouges, au bouquet savoureux, sont plus ou moins corsés selon la vinification.

Certains, charpentés et puissants, élevés en fûts, supportent un vieillissement de quelques années. D'autres, plus tendres, privilégiant les arômes, sont à boire dans leur jeunesse. En généralisant un peu facilement, on dit que les rouges de Taradeau, Pierrefeu, et Puget-Ville, sont particulièrement capiteux; que ceux de Saint-Tropez et de Gonfaron sont souples; et que ceux de la vallée de l'Argens sont plus légers et délicats. Tous vieillissent bien, mais se dégustent jeunes. La production rouge et rosée s'élève à 645.000 hl. A Porquerolles, le Domaine de l'Ile, qui fut le premier vignoble à bénéficier de l'appellation Côtes de Provence, est resté aussi l'unique domaine de l'île jusqu'en 1984. L'excellence de son rosé est attribuée tant au terroir et à la cueillette manuelle, qu'au rendement volontairement limité (25 à 30 hl/ha) et à l'assemblage dans lequel le tibouren (au moins 40%) et le mourvèdre, meilleurs cépages de Provence, sont complétés par du cinsaut, du carignan, et du grenache. Le Domaine de La Courtade est venu lui tenir compagnie, depuis que M. Vidal a entrepris d'y réhabiliter la vigne sur une trentaine d'hectares. Pour son rouge très viril, M. Vidal joue sur la symbiose du schiste et du mourvèdre (90% au moins).

Le blanc, issu de rolle à 60% et de sémillon pour le reste, gras et long en bouche, présente des arômes d'amande.

Crus classés de Provence : En juillet 1955, un arrêté ministériel homologuait le classement des crus d'appellation Côtes de Provence, alors que celles-ci n'étaient que des VDQS (elles ne deviendront AOC qu'en 1977). 23 exploitations (sur les 300 existant à l'époque) bénéficièrent de la mention Cru Classé, au grand dam des Bordelais qui prétendaient se réserver l'exclusivité de cette mention.

 Vignoble de Corse

2. La Corse

Ce sont les Génois qui introduisirent la vigne en Corse, au 16e siècle. Aujourd'hui, 2.600 hectares sont plantés, le plus souvent sur des sols granitiques, avec quelques zones de schiste au nord-est. Une quarantaine de cépages peuvent être utilisés ici ! Il n'y a guère, les vins corses étaient jugés rustiques, voire vulgaires. Mais ces vingt dernières années, un arrachage énergique des vignes les moins bonnes, et des efforts qualitatifs en ce qui concerne les soins apportés à la vigne et les méthodes de vinification ont contribué à une amélioration notable de la réputation de l'île. Ceux des vins corses qui sont issus de terres pauvres à dominante de silice, sont originaux et peuvent se révéler excellents.

Délicieux dans leur jeunesse, ils ont la faculté de vieillir admirablement en prenant un bouquet délicat. Les blancs, issus de vermentino (alias malvasia ou malvoisie de Corse), et d'ugni blanc, souvent secs, ont beaucoup de finesse et de parfum; certains évoquent l'Hermitage. Dans une catégorie différente, le muscat donne des vins réputés au Cap Corse. Les rouges ont un bouquet remarquable. Ils sont presque toujours capiteux et puissants mais possèdent une finesse toute particulière. Certains s'apparentent nettement aux Côtes du Rhône, et particulièrement au Châteauneuf-du-Pape. Les rosés, exquis, sont fruités, avec une chaude saveur à la fois poivrée et fumée. Ils accaparent un tiers de la production AOC.

Deux cépages noirs sont particulièrement importants :
 • l'autochtone sciaccarello ("craquant sous la dent"), peu coloré mais parfumé, épicé et vif, est à la base des rouges les plus typiquement corses, capables de vieillir longuement, mais à boire relativement frais (12 à 14°C);
 • le niellucio, connu en Italie sous le nom de sangiovese. Gras et fruité, plus coloré (niellu signifie sombre) et plus tannique que le sciaccarello, il demande à vieillir.

 On rencontre encore parfois de l'aleatico, du barbarossa, du carcajolo, du codivarta, et l'elegante est le nom local du grenache.

2.1. Ajaccio 

 L'aire d'appellation, dénommée Coteaux d'Ajaccio jusqu'en 1984, s'étend du golfe de Porto aux confins du Sartanais, mais les vignes les plus nombreuses s'étagent sur les pentes granitiques qui surplombent le golfe d'Ajaccio et les torrents qui s'y jettent. Le rendement de base y est limité à 45 hl/ha. Rouges et rosés proviennent du sciacarello pour au moins 40%, plus du barbarossa, du niellucio, du vermentino, et de cépages secondaires pour moins de 40% : cinsaut, grenache noir, carignan (moins de 15%). Les blancs sont dûs au vermentino pour au moins 80%, et de l'ugni blanc. Les rouges doivent titrer au moins 12%vol; les blancs et rosés, 11,5%vol. Les rouges d'Ajaccio doivent au sciacarello leur texture soyeuse, des arômes de framboise, et un bouquet poivré présentant des notes de café et d'amande grillée.

2.2.Patrimonio

L'aire d'appellation occupe 200 ha sur les coteaux de Saint-Florent. L'encépagement restrictif, le rendement de base limité à 50 hl/ha, et les sols calcaires bien exposés au soleil couchant sur les flancs de la Conca d'Oro, expliquent en partie la qualité de l'appellation. A terme, seul le niellucio, qui trouve ici son terroir d'élection, pourra subsister. Rouges et rosés doivent en provenir pour au moins 40% en rosé, et 60% en rouge. Les cépages d'appoint sont le sciacarello, le grenache noir, le vermentino et l'ugni blanc (alias rossola). Très colorés, pleins, les rouges présentent un bouquet de violette. Ces vins somptueux, persistant longuement en bouche, sont à boire vers 2 ou 3 ans mais se conservent 6 à 8 ans. Les blancs doivent être faits de vermentino pour au moins 80% (100% en l'an 2000), plus de l'ugni blanc. Ces vins à la belle robe jaune pâle, secs et frais, aux arômes floraux et de pomme, sont à boire vers 1 ou 2 ans. Le rosé, généralement tenu pour le meilleur de Corse, est assez alcoolisé et corsé, mais aussi délicieusement parfumé.

2.3. L'AOC Vin de Corse

Un décret du 2 avril 1976 accorde l'appellation à 2.400 ha d'une soixantaine de communes, qui produisent 70.000 hl rouges et 7.000 hl blancs. Cette appellation peut être produite sur tous les terroirs de l'île classés en AOC, à l'exception de Patrimonio. Sa production provient toutefois, pour l'essentiel, des hauteurs qui surplombent la plaine orientale, et de la moyenne vallée du Golo, dans le pays de Corte. Moins fins que ceux d'appellation locale, ces vins sont cependant très fruités, bouquetés, et moins corsés que leur nom ne le laisse imaginer.

Il convient de les boire vers 1 ou 2 ans.

Les rouges et rosés proviennent du niellucio et du sciacarello, chacun pour au moins un tiers, plus du grenache noir et des cépages d'appoint : cinsaut, mourvèdre, barbarossa, syrah, carignan et vermentino (moins de 20% chacun). Les blancs viennent du vermentino pour au moins 75%, et de l'ugni blanc pour le reste. Le rendement de base est de 50 hl/ha, les vins doivent titrer au moins 11,5%vol, et l'enrichissement est interdit.

Cinq zones ont le droit d'ajouter leur nom à l'appellation, à condition de limiter le rendement de base à 45 hl/ha.

1. Vin de Corse - Coteaux du Cap Corse : Les cépages sont ceux des Vin de Corse, mais en blanc le codivarta est admis en cépage d'appoint supplémentaire. Jadis fort étendu, le vignoble du Cap Corse se réduit aujourd'hui à celui de Rogliano (à l'extrémité nord du cap) et à quelques autres vignes disséminées, sur des coteaux en pente raide. Il fournit des vins variés : rouges, bons blancs secs de malvoisie, Vin Doux Naturel dit "rappu", tous d'une très grande finesse. L'AOC Muscat du Cap Corse, Vin Doux Naturel, a vu le jour en mars 1993.
2. Vin de Corse - Calvi : Cette appellation désigne les vins de la Balagne, contrée la plus riante de Corse et naguère la plus fertile. Les rouges ont de la souplesse et du charme. Rosés et blancs ne manquent ni de finesse, ni de douceur.
3. Vin de Corse - Sartène : des rouges très typés, en particulier ceux issus du cépage montanaccio, variété locale du sciacarello.
4. Vin de Corse - Figari : de ce bout du monde aride et venteux proviennent des vins, surtout rouges, parmi les meilleurs de Corse.
5. Vin de Corse - Porto-Vecchio : principalement des rouges, fruités et bien équilibrés, produits au nord de Porto-Vecchio et à proximité de Bonifaccio.

2.5. Vins de Pays

Une fois n'est pas coutume, il faut oser essayer les Vins de Pays de l'île de Beauté. Tout n'est pas bon, mais de remarquables réussites sont à découvrir, à des prix imbattables, particulièrement en chardonnay, mais aussi en merlot et en cabernet sauvignon.

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