Le Bordelais

Vignoble bordelais

1. Repères historiques

Le vignoble de Bordeaux est en partie ancien, et en partie récent. On sait peu de choses des vignobles antiques girondins, sinon que c'est sous les règnes de César et de Néron que les Bordelais commencèrent à planter la vigne et à exporter leur vin. Les seuls écrits sont ceux d'Ausone au 4ème siècle, et ceux de Sidoine Apollinaire un siècle plus tard. Par Ausone, nous connaissons "les coteaux couverts de vignes et de feuillage qui se reflètent dans la blonde Garonne", sous un "ciel doux et clément, où la terre toujours arrosée est bonne et féconde, où le printemps est long et l'hiver est bref". Nous apprenons aussi que le vignoble est blanc et qu'il produit un vin réputé jusqu'à Rome. Bordeaux devient un emporium romain qui servait de port et de comptoir marchands pour les exportations de vin vers l’Angleterre. Sidoine Apollinaire nous montre les coteaux de Burgus (Bourg) entièrement consacrés à la culture de la vigne. Puis ce furent les siècles noirs des invasions barbares, le chaos...

Au 12ème siècle, au temps d'Henri Plantagenet et d'Aliénor d'Aquitaine, le vignoble se développe sous l'influence du marché anglais, pour échapper à la dépendance du Narbonnais. 25.000 hectares sont plantés (mais pas dans le Médoc) pour satisfaire la demande à l'exportation, l'Aquitaine étant alors le cellier de l'Angleterre. On y fait le clairet, un rosé par mélange de cépages, avec macération courte, ce qui donne un primeur à boire avant juin. En 1206, Jean-Sans-Peur exempte les bourgeois de Bordeaux de toute coutume sur les vins et les marchandises. Les 36 Actes du Grand Privilège consacrent l'omnipotence de la Jurade, qui apprécie le mûrissement du raisin afin de décider le ban des vendanges. L'exportation des vins de Bordeaux passe par un maximum en 1308-1309 : 900.000 hectolitres. C'est à peu près à cette époque que l'on prend l'habitude de jauger les navires d'après leur capacité en tonneaux bordelais (1 tonneau contient environ 900 litres).

A partir du 16ème siècle, le vignoble évolue sous l'influence des Flamands. Ceux-ci -agronomes déjà experts en matière de bière, gin, genièvre- développent la production des vins blancs doux naturels et des "black wines", afin d'avoir des vins de bonne conservation. C'est encore au 16ème siècle qu'apparaissent les premiers œnologues du monde : la famille de Pontac, propriétaire du Haut-Brion, ouvre des restaurants à Londres pour écouler leur précieux liquide. D'autres familles suivent rapidement : Yquem, Ségur, etc.

Ce n'est qu'au 17ème siècle que le Médoc trouve la vocation que nous lui connaissons. La famille Bourdieu apporte des améliorations sensibles à la culture de la vigne (le bourdieu désigne une vigne en rangs palissés). Le vieillissement existait déjà, mais il se généralise, et les chais font leur apparition. C'est aussi au 17ème que sont créées les Chambres de Commerce et d'Agriculture, et l'Académie des Sciences et des Arts. Jusqu'au milieu du 18ème, le vin était vendu "en cercles", mais des négociants londoniens (Barton & Guestier) commencent à élever eux-mêmes des vins qu'ils vendent en bouteilles cachetées. C'est alors que l'industrie du verre connaît un essor considérable, et le vin va désormais être exporté en bouteille.

Au 18ème encore, les Hollandais assèchent les marécages du nord du Médoc et assainissent la presqu'île; toutes les conditions sont alors réunies pour permettre l'essor du Médoc tel que nous le connaissons. En 1797, Château Lafite inaugure le vieillissement du vin en bouteille, mais il faudra attendre encore un siècle avant que la mise en bouteilles se développe sur une grande échelle. Le Libournais, relativement éloigné de Bordeaux, restait à l'écart de ce mouvement et stagnait par la faute d'une aristocratie pauvre et timorée. Le développement du chemin de fer, à partir de 1860, lui permit de sortir enfin de son isolement. La situation générale du vignoble girondin au début du 19ème siècle se caractérise essentiellement par une profonde langueur commerciale. Au milieu du siècle, une terrible maladie frappe le vignoble : l’oïdium. Repérée d’abord en pays anglo-saxon, elle apparaît pour la première fois dans le Bordelais aux alentours de 1851.

En 1857, on découvre que des procédés de soufrage peuvent enrayer la maladie. Une fois conjuré le péril de l’oïdium, le vignoble girondin entre dans une ère de prospérité dont témoigne en particulier le fameux classement de 1855 (élaborés par les courtiers et les négociants en vue de stabiliser les prix) recensant une partie des crus de la Gironde (Médoc, Sauternes, Haut-Brion dans les Graves). La Révolution Industrielle et le développement d’un esprit libre échangiste parmi les négociants et les propriétaires girondins contribuent largement à cette prospérité. Elle connaît son apogée entre 1865 et 1887 avec une hausse importante de la production et une augmentation considérable des exportations, notamment vers l’Allemagne, la Scandinavie, la Belgique, les Pays-Bas et bien sûr l’Angleterre qui s’avère dès lors le meilleur client de parles volumes et la qualité des vins achetés. Seul point noir, les Etats-Unis, qui jusque là ne connaissaient guère de droits mis à l’entrée des vins, voient, après 1865, leurs taxes s’élever considérablement. Un quart de siècle après l’oïdium, entre 1875-1892, c’est la crise phylloxérique. Un petit insecte jaune, repéré pour la première fois dans le Bordelais entre 1865 et 1869, menace les ceps de vigne. C’est le phylloxéra. En 1882, la quasi-totalité des communes est touchée et tous les cépages sont atteints indistinctement. Le vignoble sera finalement sauvé par la greffe de cépages français sur des porte-greffes américains. Non sans mal, car combinée au phylloxéra, s’ajoutait une nouvelle calamité, conséquence directe de l’importation de pieds américains : le mildiou, champignon parasite déjà bien connu aux Etats-Unis maîtrisé grâce à la fameuse“bouillie bordelaise” (mélange de chaux et de sulfate de cuivre). Fin 19ème – début 20ème, le vignoble connaît une nouvelle crise : celle des fraudes et de la baisse des prix. Pour s’en prémunir, les Girondins participent à l’élaboration d’une législation nationale (1911) sur l’origine des vins. Cette législation délimite de aires d’appellations excluant, pour le vignoble bordelais, les départements autres que la Gironde. Imparfaite et mal appliquée en raison du premier conflit mondial, cette délimitation ne sera reprise qu’en 1936 après la création de l’INAO (Institut National des Appellations d’Origine). A la notion d’appellation d’origine s’ajoute désormais celle du contrôle de la qualité et avec elle, celle de l’appellation d’origine contrôlée, qui représente 97% de la production bordelaise.

De nouveaux classements seront créés pour les Graves (1953), puis pour St-Emilion à partir de 1955. Après les terribles gelées de 1956, le vignoble retrouvera peu à peu son dynamisme, aidé notamment par un accroissement de la demande dans le monde entier. Les vins deviennent alors rares et de multiples fraudes sont commises (scandale de 1973: coupage des vins de Bordeaux) entraînant une chute des prix. En 1970, les vins du Nouveau Monde apparaissent sur le marché (Grange Hermitage,…). Le Bordelais réagit en transformant ses cuveries, ses techniques viti-vinicoles pour être à la pointe. Bordeaux est devenu le lieu incontournable des nouveautés technologiques comme les concentrateurs, appareils à osmose inverse ou évaporateur sous vide. En 1995, explosion des prix. Les grands vins bordelais deviennent inaccessibles.

Aujourd’hui, les prix stagnent mais sont de loin encore trop élevés. Bordeaux est synonyme de vin pour le monde entier : c’est la référence viticole. Rien ne se passe à Bordeaux qui n'ait de rapport direct ou indirect avec le vin. Le vin qui contribue à faire de Bordeaux un haut lieu de l'art de vivre, en droite ligne de celui célébré par Ausone voici seize siècles.

2. Les Appellations spécifiques

Bordeaux ne compte pas moins de 57 appellations contrôlées, dont certaines -de taille modeste- restent méconnues, et d'autres -même parmi les plus réputées- présentent des singularités étonnantes. Pour la plupart, ce sont des appellations sous-régionales ou communales.

Pour s'y retrouver, il est commode de distinguer 5 régions que nous visiterons tour à tour :

 • Le Médoc,
 • Les Graves,
 • Le Blayais-Bourgeais,
 • Le Libournais,
 • et L'Entre-Deux-Mers, c'est-à-dire la région située entre la Garonne et la Dordogne,
 • plus un groupe d'appellations à cheval sur la Garonne, concernant les Blancs moelleux et liquoreux.
 

2.1. Le Médoc

 

1.600 viticulteurs se partagent 15000 ha sur la rive gauche de la Gironde, qui produisent 90 millions de bouteilles exclusivement (ou peu s'en faut) de rouge, sous deux AOC sous-régionales :
 • Médoc : RB 50 hl/ha.
 • Haut-Médoc :RB 48 hl/ha.

 et six AOC communales, toutes situées au sein du Haut-Médoc, pour lesquelles le rendement de base est limité à 45 hl/ha :
 • Margaux
 • Saint-Estèphe
 • Pauillac
 • Saint-Julien
 • Moulis
 • Listrac
 
Le Cabernet Sauvignon constitue 52% de l'encépagement, le Merlot 34%, le Cabernet Franc 10%. Malbec et Petit Verdot se partagent le reste. Autrefois, la plupart des domaines faisaient de bons blancs en appellation Bordeaux. Cela est devenu très rare.

Les 60 crus classés s’étendent sur 3000 ha.

A Pauillac ils représentent 84% de l’AOC, Margaux (69%), et Saint-Estèphe (80%). La caractéristique principale est la faible représentation des propriétés moyennes (15% entre 5-15 ha). La réglementation régissant le nombre minimum de pieds de vignes à l'hectare et leur mode de palissage et de taille a été conçue dans le respect des traditions, selon des règles agronomiques éprouvées. Une densité de plantation suffisante induit une concurrence entre les pieds et limite leur production individuelle. Associée à un palissage efficace, elle facilite le développement d'une surface foliaire importante, nécessaire à la synthèse des sucres et des polyphénols. Ainsi, la densité est-elle comprise entre 5000 et 10000 pieds par hectare pour l'A.O.C. Médoc et entre 6500 et 10000 pour les A.O.C. Haut-Médoc et communales. Le nombre de bourgeons laissés sur chaque pied, lors de la taille, est limité en fonction de la fertilité de chaque cépage. Le caractère du sol et du sous-sol médocain influe également beaucoup sur le style et la qualité des vins.

A la fin de la période tertiaire et au Quaternaire essentiellement, se sont superposées, dans le temps et dans l'espace, les nappes de cailloux, de sable et d'argile que l'on appelle les graves. Les plus anciennes, les graves pyrénéennes, sur la partie Ouest du vignoble, associent dragées de quartz et galets de petite taille. Constituées des plus gros éléments, les nappes du Quaternaire ancien (Günz), qui leur succèdent dans le temps, combinent quartz, grès, silex, lydiennes volcaniques, meulières, sable et argile, charriés par les crues très puissantes de la Garonne et de la Dordogne d'alors. Ces graves garonnaises portent les plus grands crus du Médoc, le long de l'estuaire.

En contrebas, se sont installées d'autres nappes de graves, d'âge mindélien, ainsi que des graves plus grosses d'âge rissien, dont il ne subsiste que les traces infimes d'une terrasse très réduite, à Lamarque et vers Macau. Entre ces deux grands types de graves, existent des affleurements argilo-calcaires, eux aussi propices à la culture de la vigne.

Pour les spécialistes, "l'événement", à l'échelle géologique, c'est la destruction des terrasses par l'érosion, quand des affluents de la Garonne ont creusé les vallées, les "jalles". Cette destruction explique cette succession de croupes de graves, dont la topographie en creux et bosses joue un rôle irremplaçable dans, l'écoulement de l'eau. Le trait marquant du paysage médocain est son dénivelé faible, avec un point culminant à 43 mètres, à Listrac-Médoc. Pour autant, son modelé est complexe, fait d'une succession de croupes graveleuses dominant les terres basses de l'estuaire et celles des petites jalles affluentes. Ces croupes constituent le terrain de prédilection du vignoble.

Conformément aux décrets d'appellation, les raisins récoltés doivent présenter une richesse naturelle en sucre de 170 grammes par litre pour les A.O.C. Médoc et Haut-Médoc, et 178 g pour les A.O.C. communales.

Le degré minimum naturel du vin doit être respectivement de 10° et 10°5. La chaptalisation (enrichissement par saccharose) est habituellement autorisée et plafonnée à 2°. Un degré maximum final est fixé (en général 12°5 pour Médoc et Haut-Médoc, 13° pour les A.O.C. communales).

2.1.1. AOC Médoc (1936)

Bien que couvrant théoriquement la totalité du Médoc, l'appellation régionale Médoc ne s'applique, en pratique, qu'aux rouges produits sur 13 communes du Bas-Médoc. Bien qu'elle couvre théoriquement l'ensemble de la région du Médoc, l'appellation ne s'applique en pratique qu'à une seule région, localisée dans le nord de la presqu'île.

L'appellation d'origine contrôlée Médoc est la plus étendue du Médoc, puisqu'elle peut s'appliquer à tous les vins produits dans la zone délimitée de la presqu'île.

À la demande des vignerons, cette région a changé de nom. Autrefois nommée "Bas-Médoc", en raison de sa situation géographique plus basse en aval de la Gironde, on ne parle aujourd'hui que du Médoc. Ce changement est dû à un jugement qualitatif face à la région du "Haut-Médoc".

En effet, à partir de la fin du siècle dernier, l'expression "Haut-Médoc" s'est installée avec la prétention d'apporter une nuance qualitative supérieure. Par conséquent le "Bas- Médoc" s'est vite trouvé en situation inférieure.

Superficie : 5 300 hectares (33 % du vignoble médocain)

Production moyenne : 40 000 000 bouteilles

Nombre de propriétés : 635 (405 en Caves Coopératives et 230 indépendantes)

Catégories de crus :

103 Crus Bourgeois (51%de la production)
127 Crus Artisans et Autres Crus (26% de la production)
3 Caves Coopératives (23% de la production)

L'appellation Médoc couvre 16 communes: St.-Germain-d'Esteuil, Ordonnac, Couquèques, Lesparre-Médoc, St.-Yzans-de-Médoc, Bégadan, St.-Christoly-Médoc, Blaignan, Civrac-en-Médoc, Valeyrac, Prignac-en-Médoc, Queyrac, Gaillan-en-Médoc, Jau, Dignac, Loirac, St.-Vivien-de-Médoc, Vensac

Le vignoble occupe les collines de graves tandis que les bois, les pâturages et les marécages se partagent les vallons. Une importante partie des vins est vinifiée et centralisée en coopératives pour être commercialisé en Médoc génériques. Cette appellation propose un large choix de vins rouges dont certains sont plus légers et donc plus facilement accessibles alors que d’autres sont plus amples avec une meilleure aptitude au vieillissement. Le merlot permet souvent d’obtenir une certaine souplesse ainsi qu’une belle harmonie en bouche.

Gamme aromatique : fruits rouges, fruits cuits, confits ou secs, chocolat, cacao, épice, réglisse, sous-bois, grillé, torréfié. La palette infinie des vins de l'appellation Médoc doit à la variété des terroirs, distinction, rondeur et personnalité équilibrée. Ils peuvent être corsés, d'une belle couleur rubis : on les laissera vieillir longtemps pour mieux en saisir les multiples nuances. D'autres sont élégants, subtils, bouquetés, aptes à être dégustés plus jeunes sans nuire en rien à leur finesse exemplaire.

Âge des vignes: minimum deux ans après plantation Vinification: égrappage obligatoire / surpressurage interdit Superficie: environ 4900 ha en production Tous les vins, dont les raisins ont été récoltés au sein de la zone délimitée de cette appellation peuvent aussi bénéficier des deux appellations régionales "Bordeaux" et "Bordeaux supérieur". Robustes, relativement rustiques et colorés, les Médoc sont à boire entre 5 et 10 ans.

2.1.2. AOC Haut-Médoc (1936)

L'aire de l'appellation régionale Haut-Médoc avec environ 4500 ha est à peu près équivalente à celle de l'appellation Médoc. Elle couvre les zones du Haut-Médoc non couvertes par une des six appellations communales (Saint-Estèphe, Pauillac, Saint-Julien, Listrac Médoc, Moulis-en-Médoc et Margaux). L'étirement du vignoble permet de découvrir une diversité étonnante de goûts et de saveurs. L'appellation d'origine contrôlée Haut-Médoc est située le plus en amont de la Gironde.

Superficie : 4 600 hectares (28,5% du vignoble médocain)

Production moyenne : 34 000 000 bouteilles

Nombre de propriétés : 365 (145 en Caves Coopératives et 220 indépendantes)

Catégories de crus :

5 Crus Classés (7% de la production)
108 Crus Bourgeois (71% de la production)
107 Crus Artisans et Autres Crus (16% de la production)
4 Caves Coopératives (6% de la production)

Le découpage législatif Médoc- Haut-Médoc date de 1935. Mais dès 1815, un courtier des Chartrons, qui faisait autorité, mentionnait des grands vins rouges du Haut-Médoc. C'était reconnaître les résultats des efforts de qualité engagés au XVIIIème siècle par les vignerons de cette région. Le même courtier bordelais révélait que les milieux d'affaires des Chartrons et les grands propriétaires bordelais avaient établi une sorte de hiérarchie des paroisses où les communes de l'aire viticole de l'actuelle appellation Haut-Médoc faisaient bonne figure. Selon qu'ils sont originaires de St.-Seurin-de-Cadourne (au nord de St.-Estèphe) ou de Blanquefort (aux portes de Bordeaux), les vins de l'appellation Haut-Médoc présentent évidemment de très sensibles différences. Cette diversité aura comme avantage de contenter les amateurs de vins jeunes, mais aussi les adeptes de vins vieux aux bouquets subtils.

Au delà de leur diversité liée à l'étendue du terroir, les vins du Haut-Médoc sont vifs, brillants, concentrés et d'une grande puissance. L'A.O.C. Haut-Médoc couvre les 16 communes suivantes: Blanquefort, Le Taillan-Médoc, Parempuyre, Le Pian Médoc, Ludon Médoc, Macau, Avensan, Castelnau de Médoc, Arcins, Lamarque, Cussac Fort Médoc, St.-Laurent Médoc, St.-Sauveur, Cissac Médoc, Vertheuil, St.-Seurin de Cadourne

Dans l'ensemble, ses vins ont davantage de corps et d'arômes que les Médoc, et sont à boire en général entre 5 et 15 ans.

L'appellation se flatte de 5 Crus classés :

 • l'excellent Ch. La Lagune (autrefois Lalagune), à Ludon;
 • Ch. Cantemerle [8-20] (autrefois Coutenceau, où -d'après la légende- un monstre dévorait les jeunes filles !), à Macau;
 • Ch. Belgrave [8-16], Ch. Camensac [8-20], et Ch. La Tour-Carnet (autrefois Carnet, moins réputé de nos jours) à Saint-Laurent-et-Benon.

Les vins de cette AOC montrent donc beaucoup de force et de solidité. Le CS ressort nettement, les arômes sont souvent intenses et après quelques années le bouquet devient complexe avec un bel équilibre. L'étonnante variété des sites de terroirs, conséquence de l'étendue du territoire de l'appellation, explique la diversité des vins du Haut-Médoc, rare à l'intérieur d'une même appellation.

Mais, au delà des différences, liées à cette mosaïque d'influences climatiques et géologiques, tous ces vins ont un "air de famille". Vifs et brillants, généreux mais sans excès de puissance, harmonieusement équilibrés, ils savent développer au fil des années, un remarquable bouquet.

Gamme aromatique : note de cassis, torréfié, épices. Les fruits rouges mûrs s’associent aux apports de bois (vanille, brûlé).

2.1.3. AOC Listrac (1957)

Situé à la lisière de la forêt landaise, l'étymologie de Listrac remonte au bas latin: "listra". Ceci signifie aussi bien limite que bordure. Mais à quelle limite est-il fait référence? Probablement à la limite des deux Médoc, celui de l'estuaire à l'est et celui de la forêt des pinèdes à l'ouest. Ou bien aux habitants de la presqu'île triangulaire. D'un côté, il y avait les "RIBEYRONS" de l'autre, les "LANDESCOTS". En patois médocain les premiers occupaient les terres près de la rivière, les deuxièmes celles à l'intérieur de la presqu'île. Au départ, cette terre avait plus un caractère sylvestre que viticole.

Du reste, l'anecdote historique nous apprend que le futur archevêque de Bordeaux, Pey Berland, y menait paître le troupeau paternel. Bien plus que par son histoire, c'est par sa situation géographique que l'aire de Listrac se singularise.

L'A.O.C Listrac Médoc (qui fut popularisée par la Compagnie des Wagons-Lits, qui servait les demi-bouteilles de Grand-Listrac, marque de la coopérative). est la plus continentale des appellations communales, ce qui explique également son climat un peu plus rude qu'au bord de la Gironde, ayant parfois pour conséquence des gels hivernaux et printaniers souvent dévastateurs.

Superficie : 690 hectares (4,5% du vignoble médocain)

Production moyenne : 5 000 000 bouteilles

Nombre de propriétés : 90 (58 en Cave Coopérative et 32 indépendantes)

Catégories de crus :

22 Crus Bourgeois (68%de la production)
10 Crus Artisans et Autres Crus (11% de la production)
1 Cave Coopérative (21% de la production)

L'influence climatique sur les cycles de maturation des différents cépages, s'exprimant notamment par un très grand écart entre le Merlot et le Cabernet Sauvignon, rend difficile le travail des viticulteurs.

Côté géologie, nous pourrions tracer ici une ligne de démarcation entre les graves pyrénéennes à l’ouest (exemples : Fonréaud, Fourcas) et celles de la Garonne, à l’est (exemples : Poujeaux, Médrac). Situé entre Moulis et Saint-Julien, Listrac est "le toit du Médoc" et culmine fièrement à 43 mètres Le bourg est important, campé sur une belle croupe graveleuse. Les sols, marqués d'une prédominance argilo-calcaire (avec au centre (exemples : Ch. Saransot-Dupré, Ch. Cap-Léon-Veyrin). le plateau de Médrac), se prêtaient traditionnellement à la culture du Merlot. De récentes replantations, favorisant les Cabernets, ont légèrement changé la structure de ces crus.

Les vins puisent dans le sol argilo-calcaire une sève très riche, leur donnant un corps puissant. Rare, en analysant la robe, sont ceux qui prennent avec l'âge une couleur tuilée. Leur solide charpente vient tout naturellement de la composition géologique et pédologique du terroir. Le vin de Listrac présente en bouche un volume extraordinaire, enrobant le palais. Sa présence est constante. Charpenté, il est l'alliance parfaite du fruit donné par le cabernet et de la puissance du merlot. Il est de ce fait ample et soyeux, un mélange d'esprit et de virilité. Sa couleur prend, avec la patine du temps, une teinte rubis ; les différents éléments se fondent, s'imbriquant les uns dans les autres pour, finalement, donner un produit velouté, plein, charnu.

On peut retrouver des notes balsamiques, des touches de cuir, réglisse et des épices associés aux fruits rouges mûrs.

Potentiel de garde : de 10 à 15 ans voir plus

2.1.4. AOC Moulis (1938)

Riche en histoire, le nom fait référence à la présence d'anciens moulins. En gascon, le moulin se prononce "moulî" et au pluriel "moulix". Trois moulins subsistent encore, mais malheureusement ils ne sont plus en fonctionnement.

Superficie :  600 hectares (3,5 % du vignoble médocain)

Production moyenne : 4 300 000 bouteilles

Nombre de propriétés : 42

Catégories de crus :

26 Crus Bourgeois (87 %de la production)
16 Crus Artisans et Autres Crus (13 % de la production)

L'aire de l'appellation Moulis en Médoc avec ses 600 ha et la plus modeste parmi les six appellations communales. Moulis, tout comme son voisin Listrac, a été "oublié" du classement de 1855. Leur situation géographique les met un peu à l'écart. La variété de vins de cette appellation s'explique en autre par sa constellation topographique et pédologique.

Le vignoble s'étire en une bande étroite de 12 km de long et d'environ 350 m de large, contrairement aux autres appellations communales. Géologiquement, les sols se caractérisent par un taux élevé de graves pyrénéennes et garonnaises ainsi que de l'argilo-calcaire. Quelle est la provenance de ces beaux cailloux multicolores? Le jargon viticole les appelle "graves", si caractéristiques pour toute la région. En remontant le temps, c'est au fil des années que la Garonne les a posées dans les marais très anciens, roulées depuis les montagnes du Limousin, de l'Albigeois, des Pyrénées et du Périgord. Le Grand-Poujeaux, cette belle croupe, contenant des graves garonnaises du Günz, est une des responsables du renommé des vins de Moulis en Médoc.

Par ailleurs, on les trouve en abondance sur le flanc ouest, tandis que le banc est contient davantage de graves pyrénéennes. Prépondérantes dans les terres centrales, les couches argilo-calcaires, conviennent particulièrement bien au cépage merlot, ajoutant beaucoup de finesse et délicatesse aux vins. Suite à ce terroir distinct, il est parfois difficile d'évaluer une typicité des crus de Moulis en Médoc. Plutôt austères pendant leur jeunesse, il s'agit de vins demandant beaucoup de patience avant de s'ouvrir réellement et de s'épanouir.

Potentiel de garde : de 8 à 12 ans L'appellation, née en 1938, concerne la totalité de Moulis plus des parcelles de 6 communes environnantes, dont certaines de Listrac.

Plusieurs domaines possèdent de ces parcelles situées sur Listrac mais en appellation Moulis. La situation devient plus confuse lorsque certains domaines font à la fois en appellation Moulis et en appellation Listrac. Courant presque partout ailleurs dans le monde, ce type de situation est très rare en Gironde, où la notion de Cru se confond avec celle de Château. Le sol argileux contient une proportion de calcaire supérieure à la moyenne du reste du Médoc, et convient particulièrement au merlot.

Par ailleurs, le petit verdot est employé ici plus que partout ailleurs dans le vignoble girondin.
Le vin coloré, corsé et robuste, au bouquet développé et à la saveur accentuée, affiche cependant une grande délicatesse.
Fruits rouges frais, fruits cuits, vanille, cannelle, réglisse, violette, épices, café torréfié et sous-bois

2.1.5. AOC Saint-Julien (1936)

En quittant l'aire de Margaux en aval de la Gironde en passant par la région de Lamarque et Cussac-Fort-Médoc, puis en montant la croupe de Beychevelle, vous entrez dans la petite aire de l'appellation Saint-Julien.

Superficie :  910 hectares (6% du vignoble médocain)

Production moyenne : 6 500 000 bouteilles

Nombre de propriétés : 26

Catégories de crus :

11 Crus Classés (80%de la production)
6 Crus Bourgeois (15%de la production)
9 Crus Artisans et Autres Crus (5% de la production)

La paroisse de Saint-Julien remonte aux alentours du VIIe siècle. L'actuelle dénomination communale de Saint-Julien Beychevelle date officieusement de l'année 1938. Il ne s'agit pas d'une fusion de communes, mais d'une juridiction seigneuriale sous l'Ancien Régime. Les vins issus de cette appellation assurent la transition entre l'élégance des vins de Margaux et la vigueur des vins de Pauillac. Son terroir composé tantôt de fines graves siliceuses tantôt de graves épaisses et de gros modules, ordonnées en croupes s'inclinant doucement vers les rives de la Gironde. Complanté de la trilogie classique médocaine, Cabernet-Sauvignon, Cabernet-Franc et Merlot, ces belles croupes bombées se prolongent par un plateau intérieur.

La vie viticole de Saint-Julien-Beychevelle s'est constituée au milieu d'un réseau hydrologique parfait, essentiel pour comprendre l'individualité de cette appellation. Un labyrinthe de chenaux permet d'évacuer efficacement l'eau des pluies. Le calcaire dit de "Saint-Estèphe" constitue le sous-sol permettant entre autre au Cabernet-Sauvignon de nous émerveiller. On a tendance à situer les vins de Saint-Julien, sur le plan organoleptique, entre ceux de Margaux et de Pauillac. Des similitudes existent certainement là, où les vignobles se jouxtent. Mais de surcroît, il s'avère judicieux de distinguer un Saint-Julien né près de la Gironde d'un autre récolté plus à l'intérieur des terres, où les sols deviennent de plus en plus riches. Le premier aurait tendance à mettre en avant sa finesse, tandis que le deuxième sa charpente. Néanmoins, la haute technologie mariée aux techniques élaborées de la vinification moderne peuvent aisément bouleverser la structure et le style de tel ou tel cru Au delà des différents styles, l'A.O.C Saint-Julien offre une extraordinaire homogénéité qualitative Potentiel de garde :de 10 à 15 ans voir plus Le Saint-Julien, riche, corsé, au fin bouquet, assure la transition entre l'élégance des Margaux et la vigueur des Pauillac.

Ils possèdent des notes de violette, de myrtille, de mûre, tabac brun, griotte, cacao, pruneau, vanille, caramel, gibier, truffe, cuir et des notes empyreumatiques Saint-Julien détient 11 Grands Crus Classés.

2.1.6. AOC Margaux (1956)

Un nom si familier qu'il est devenu un prénom... et pourtant une appellation de prestige.

Toute la gamme des crus est représentée dans l'appellation d'origine contrôlée Margaux. Margaux contient en un seul nom, une appellation d'origine contrôlée, une commune et un château. Le vignoble de Margaux a pu définitivement établir sa notoriété à partir des années 1720 - 1730. L'appellation, qui s'étend sur cinq communes, est, fait unique en Médoc, la seule où l'on trouve toute la palette des vins, aussi riche que vaste, du premier grand cru classé aux cinquièmes. La vigne y était cultivée depuis le haut Moyen Âge. Néanmoins, la notion de grand cru était quasi inconnue et le commerce irrégulier. Tandis que les autres appellations médocaines existaient déjà, l'A.O.C Margaux a été seulement instituée par décret le 10 août 1954. Cinq communes couvrent l'aire de Margaux : Soussans, Margaux, Arsac, Cantenac, Labarde (elles ont droit à l'Appellation Margaux Contrôlée)

Superficie :  1 410 hectares (9% du vignoble médocain)

Production moyenne : 9 500 000 bouteilles

Nombre de propriétés : 80

Catégories de crus :

21 Crus Classés (59% de la production)
21 Crus Bourgeois (29% de la production)
38 Crus Artisans et Autres Crus (12% de la production)

La renommée de Margaux repose sur ses dispositions naturelles. Son terroir, se composant de couches de graves garonnaises et pyrénéennes, excelle dans la pauvreté.

Le CS y fait merveille donnant plein de bouquet, peu de couleur mais une longue conservation aux vins. Son implantation remonte à l'époque gallo-romaine. Constituant la base de la vigne margalaise, il n'y est pas pour autant le seul représentant. Le Merlot concorde parfaitement avec le cabernet, lui apportant une panoplie de qualités complémentaires: couleur, corps, richesse alcoolique ainsi que souplesse. Il a fait son apparition à Margaux au début du XIXe siècle. Outres les Cabernets et le Merlot, le vignoble de Margaux connaît deux autres cépages: le Petit Verdot et le Malbec. Le premier a gagné Margaux au XVIIIe siècle, quand le "commerce des îles" florissait et qu'il fallut produire des vins charpentés. Si le Merlot est le complément onctueux du Cabernet, le Verdot en est l'épice en le soutenant par sa vivacité. Le deuxième, le Malbec, dit-on, aurait été "importé" en Médoc, de la ville de Cahors à la fin du XVIIIe siècle par Monsieur Malbeck. Bien adapté au calcaire, il est surtout planté dans la commune de Soussans, où le sous-sol calcaire est peu profond. Le Malbec allie à la robustesse une maturation rapide. On les reconnaît à leur bouquet caractéristique bien prononcé. Les vins de Margaux ont un corps commun aux bouquets variés.

Potentiel de garde : de 12 à 15 ans voir plus.

Pour un terroir aussi peu étendu, la variété est grande. Chaque croupe dispose de son propre microclimat et de ses particularités au niveau de la conception des graves, ayant pour conséquence une personnalité distincte. Le sol est fait de graves maigres sur un socle calcaire et marneux. C'est à Margaux que la couche de graves est la plus profonde en Médoc, et le sol le plus pierreux.

Les meilleures zones sont situées sur trois plateaux :

1. celui qui encercle Château Giscours,
2. la butte de Cantenac,
3. et celui qui supporte Château Margaux, une partie du village, et Château Lascombes.

Les Margaux allient délicatesse et finesse, distinction et souplesse, et ont un arrière-goût persistant de cassis, vanille, ou de cèdre. On a coutume de dire des Margaux qu'ils sont "les plus féminins" du Médoc, mettant ainsi l'accent sur leur délicatesse, leur souplesse et leurs arômes fruités et élégants. Cela n'entrave pas leur bonne aptitude au vieillissement, bien au contraire, le terroir relativement maigre leur conférant des tanins qui favorisent leur longévité. L'autre caractéristique de ces vins qui unissent sève élégante, subtilité et consistance, c'est leur diversité et leurs personnalités.

Au delà de leur "corps commun", ils offrent une palette exceptionnelle de bouquets, de goûts fruités, qui s'expriment différemment d'un château à l'autre.

2.1.7. AOC Pauillac (1936)

Située sur la rive gauche de la Gironde à 45 Kms au nord-ouest de Bordeaux, l'aire de Pauillac s'étend sur environ 1100 ha."Ambassadeur viticole" dans le monde entier. C’est la Mecque des VR, la terre promise des GCC, la capitale du Médoc. Avec ses longs quais, qui longent la Gironde, on considère souvent la commune de Pauillac comme capitale viticole du Médoc. Titre peut-être mérité tenant compte de ses 18 crus classés, dont 3 premiers grands crus classés (9 ceps sur 10 sont classés).

L'A.O.C Pauillac ne s'applique pas exclusivement aux terroirs de la commune même, mais tient également compte de certains terrains des communes de Saint-Estèphe, Cissac et Saint-Sauveur. Cette aire jouit d'une jurisprudence viticole particulièrement détaillée. Parfois ce sont même les rangs de vignes qui sont cadastrés individuellement.

L'A.O.C Pauillac repose sur son terroir exceptionnel grâce à sa proximité de l'estuaire. De remarquables dépôts de graves mêlés à des terres plus légères créent une topographie dominée par des croupes harmonieuses. Elles supportent un encépagement classiquement médocain, où domine le Cabernet-Sauvignon (70%). Merlot (20%), 9% CF et 1% PV.

Notons que la taille moyenne des exploitations est de 33 ha (Margaux :16 ha). L'emplacement géographique de l'aire de Pauillac est responsable pour les conditions de drainage en profondeur, quasi parfaites, obligeant les vignes à chercher très profondément l'humidité nécessaire à leur croissance. La plantation de vignes dans l'aire pauillacaise est très dense. Sa climatologie peu marquée par les excès est due à la proximité de la Gironde. Le vignoble de Pauillac est scindé en deux par le chenal de Gahet. Les deux parties, de taille égale, donnent des vins de styles différents.

Les sols de graves sont caractéristiques du Haut-Médoc, mais moins profonds qu'à Margaux. Il s'agit de graves sablonneuses sur socle d'alios, où le cabernet sauvignon règne en maître Plus au nord se situe le plateau le plus élevé (corps, charpente), connu sous le nom de "Pouyalet". Lafite et Mouton Rothschild y ont leurs vignobles.

Plus au sud on remarque le plateau de "Saint-Lambert" (finesse, ressemble au St Julien), caractérisé par des graves de taille plus importante. Le château Latour y a son siège. Au niveau organoleptique les vins pauillacais possèdent un tronc commun: corps, fermeté et aptitude à la garde. Relativement jeune, ces vins sont assez austères, vigoureux mais s'assouplissent avec l'âge. Grand nombre ne s'épanouissent qu'au bout de dix, quinze voir vingt ans en gardant un remarquable équilibre. Les styles divergent d'un cru à l'autre en vertu des terroirs et de la vinification. Grâce aux expérimentations et à de nombreuses innovations en viticulture et en vinification, Pauillac a toujours servi de locomotive dans le Médoc et d'ambassadeur dans le monde entier.

Les Pauillac associent la fraîcheur du fruit, la sécheresse du chêne, la subtilité et le corps, à un nez de cassis, myrtille avec une pointe de bois aromatique et un soupçon de douceur. Ils sont corsés, puissants, charpentés, ce qui n'exclue cependant ni la finesse, ni la distinction, avec un bouquet délicat. Potentiel de garde : de 15 à 20 ans voir plus. Rappelons qu'à part Ch. Margaux, les Premiers Crus Classés médocains sont tous à Pauillac :

 • Château Latour [30-60],
 • Château Lafite [25-50], dont les chais méritent une visite,
 • et Ch. Mouton-Rothschild [20-60], devenu Premier Grand Cru Classé en 1937. Depuis 1945, chaque année, un grand artiste réalise son étiquette. Le château abrite le superbe Musée du Vin et de la Vigne dans l'Art, où sont exposés des objets précieux (de tous pays) célébrant le vin, dont certains datent du 13e siècle avant notre ère.

Pauillac détient 18 des 60 Crus Classés du Médoc.

2.1.8. AOC Saint-Estèphe (1936)

En franchissant le chenal de Calypeyre, on pénètre l'aire de l'appellation Saint-Estèphe, la plus septentrionale des six appellations prestigieuses du Médoc. Plus de 25% des vins sont vinifiés à la coopérative ce qui est exceptionnel pour une grande appellation. Les origines du vignoble de Saint-Estèphe sont bien anciennes. Déjà pendant le Moyen Âge on y remarqua une vive activité viticole qui fut documentée en 1276, quand Guillaume Martin de Saint-Estèphe faisait don à l'abbaye de FAIZE, de redevances prélevées sur les vignes.

L'appellation Saint-Estèphe est uniquement réservée aux crus provenant de la commune portant le même nom. Son identité est étroitement liée aux caractéristiques de son terroir particulier, qui présente une assez grande diversité. En effet, cette AOC revendique un titre de gloire car elle est la seule du Médoc à avoir donné son nom à une couche géologique qui lui est propre : le calcaire de St-Estèphe. Le calcaire de Saint-Estèphe est un calcaire marin, argileux, à nombreux fossiles d'échinodermes et de mollusques marins. Les sols, dans leur ensemble, se composent d'alluvions graveleuses couchées sur des calcaires dits de "Saint-Estèphe". Les crus de l'A.O.C Saint-Estèphe reflètent bien tous les paramètres topographiques et pédologiques.

Le sol de la commune est moins caillouteux que celui de Pauillac. Il est fait de graves garonnaises mêlées de sable et de marnes argilo-calcaires. Les vins stéphanois, marqués par le terroir, se caractérisent par leurs consistance, robustesse et par une expression tannique. Plutôt fermés, austères avec peu de bouquet dans leur jeunesse, ils finissent, avec l'âge, par s'ouvrir en offrant des grandes qualités aromatiques. C'est en s'épanouissant qu'ils deviennent charmeurs.

Les vins de cette appellation sont finement bouquetés, capiteux, plus acides et tanniques que ceux de Margaux, Saint-Julien, et Moulis, mais cependant moins que ceux de Listrac. Cassis, violette, réglisse, torréfaction, poivre, sous-bois, girofle.

 

2.2. Le Libournais

 

Les vignobles du Libournais partagent des caractéristiques qui les distinguent nettement des autres Bordeaux. En particulier, on trouve ici une configuration de propriétés complètement différente du reste du Bordelais : le vignoble y est concentré, serré, compact comme en Bourgogne. Le Merlot y règne en maître depuis que les gelées de 1956 obligèrent les viticulteurs à renouveler leurs plantations : le Cabernet Sauvignon fut remplacé par du Merlot et du Cabernet Franc. Le vignoble est établi en majorité dans la plaine alluviale qui descend vers la Dordogne, mais les meilleurs vins viennent de coteaux.

A part une (Côtes de Francs), toutes les appellations du Libournais sont exclusivement rouges :

 • Fronsac : 700 ha, RB 47 hl/ha.
 • Canon-Fronsac : 300 ha, RB 47 hl/ha.
 • Pomerol : 750 ha, RB 42 hl/ha.
 • Lalande-de-Pomerol : 900 ha, 42 hl/ha.
 • Saint-Emilion : 2.100 ha, RB 45 hl/ha.
 • Saint-Emilion Grand Cru : 3.000 ha, RB 40 hl/ha.
 
Cette appellation distingue les Saint-Emilion satisfaisant des critères gustatifs plus exigeants. Les vins de cette appellation sont l'objet d'un classement renouvelable tous les 10 ans. Le dernier classement en date, défini par un décret de 1984, honore 11 Premiers Grands Crus Classés, et 63 Grands Crus Classés.

Les satellites de Saint-Emilion ont un RB de 45 hl/ha :
 
 • Lussac Saint-Emilion : 1.100 ha.
 • Puisseguin Saint-Emilion : 700 ha.
 • Montagne Saint-Emilion : 1.350 ha. cette appellation s'applique aux vins des communes de Montagne, Saint-Georges, et Parsac.
 • Saint-Georges Saint-Emilion: 150 ha. Il semble que les viticulteurs de Saint-Georges aient encore la faculté d'utiliser l'appellation Saint-Georges, car on rencontre encore des vins récents sous cette appellation.
 
Et enfin, plus en amont sur la Dordogne :

 • Côtes de Castillon : 2.200 ha, RB 50 hl/ha.
 • et Bordeaux Côtes de Francs : 350 ha, RB 50 hl/ha.
 
Cette dernière appellation est la seule du Libournais à produire non seulement des rouges, mais aussi quelques blancs (2%). Elle s'étend sur 300 ha des communes de Francs, Saint-Cibard, et Tayac.

Du fait de sa petite taille et de sa notoriété modeste, de nombreux producteurs préfèrent vendre leurs vins sous l'appellation Bordeaux ou Bordeaux Supérieur.

2.2.1. AOC Fronsac

Au niveau de la confluence de l'Isle et de la Dordogne à environ 35 kilomètres au nord-ouest de Bordeaux, s'étend le vignoble de Fronsac. La zone délimitée de 900 ha englobe les territoires des sept communes suivantes: Fronsac, La Rivière, St-Germain-la-Rivière, St-Michel-de-Fronsac, St-Aignan, Saillans et quelques parcelles de Galgon. Les palus, peu propice à la viticulture sont naturellement exclus. L'appellation ne s'applique qu'aux vins rouges. Le tissu viticole s'exprime par des exploitations de tailles modestes, variant pour la plupart des domaines entre cinq et dix ha. Les méandres de la rivière Isle marquent la frontière entre la zone délimitée de l'A.O.C Pomerol et celle de l'A.O.C Fronsac. Sa topographie impressionne par sa structure accidentée tantôt dominée par des coteaux tantôt par des vallons. Le sol de l'aire de Fronsac étant assez hétérogène, il faut distinguer - les coteaux à caractère argilo-calcaire et argilo-sableux - les rives de l'Isle et de la Dordogne partagées en alluvions et palus. Quand au sous-sol, les couches supérieures se composent de calcaires, parfois mélangés à l'argile. Les couches inférieures sont dominées par la fameuse "molasse du Fronsadais" à caractère sableux, argileux et gréseux, dont les vertus de drainage font un terroir très propice à la viticulture.

2.2.2. AOC Canon-Fronsac

A proximité des deux villages Fronsac et St.-Michel-de-Fronsac, se trouve enclavée sur une superficie d'environ 300 ha le petit vignoble de "Canon-Fronsac". Depuis 1939, un premier décret sert d'assise juridique à l'appellation "Côtes de Canon-Fronsac". Homologué le 28 juillet 1964, un second décret détermine avec exactitude les frontières de l'appellation "Canon-Fronsac", de part sa superficie un peu plus étendue que la première. Néanmoins, cette dernière appellation n'a nullement remplacé la première, mais cohabite avec celle-ci. Tous les vins récoltés sur la zone délimitée des communes de Fronsac et St.-Michel-de-Fronsac ont droit à l'A.O.C. Canon-Fronsac. Le tissu viticole se caractérise par une taille modeste des exploitations se chiffrant en moyenne en sept à huit hectares. L'existence de sa propre appellation se justifie par la particularité de son terroir. La côte aux sols composés de calcaires à astéries mélangés à une molasse gréseuse (molasse plus grès), prolonge vers le sud-ouest la grande côte de Saint-Emilion, portant les crus les plus réputés.

La qualité des crus s'explique par celle du terroir servant d'assise au vignoble. Ici, il est particulièrement propice à la plantation du Merlot noir. D'ailleurs, il est majoritairement répandu dans le vignoble de Canon-Fronsac. Allié à la pauvreté d'une terre bien drainée et bien exposée au soleil, le Merlot donne naissance à des vins robustes, tanniques, vêtus d'une robe de couleur rouge violacée. Il leur faut du temps, cinq à huit ans minimum, afin de s'assouplir et de pouvoir développer un bouquet mettant en relief des arômes épicés et boisés.

2.2.3. AOC Pomerol

Le vignoble de Pomerol (Pomerol vient du latin "poma" : fruit à pépins, le raisin en l'occurrence) ainsi que les vins qui y sont vinifiés sont une œuvre plutôt moderne. Tard vers la fin du XIXe siècle seulement, les viticulteurs du Pomerol ont confirmé une réelle vocation pour la viticulture. Le tissu viticole se présente ici de manière différente des autres vignobles. Ce sont des petits domaines très parcellés possédant de petits lopins de vigne. De par leur taille, les domaines sont très divers. A côté de quelques vignobles de surface de plantation importante, se trouvent de nombreux vignobles, ne possédant que quelques hectares. Souvent la culture y est familiale. C'est là probablement la raison qui explique la faible notoriété de nombreux crus, dont la qualité moyenne est très élevée.

Par décret, l'A.O.C Pomerol fut homologuée le 8 décembre 1936, soumettant ainsi les crus à des contrôles quantitatifs (rendement maximum par hectare), des contrôles agronomiques (déclaration d'encépagement) et à des contrôles œnologiques (analyse chimique du vin). Mais il a fallu attendre plus de quatre décennies, jusqu'en 1979 pour que les viticulteurs acceptent un contrôle dégustatif. En principe toutes les appellations bordelaises sont soumises à un tel contrôle, que l'on appelle "LE LABEL". Véritable épreuve organoleptique représentant un contrôle qualitatif de chaque cru. En principe des échantillons, prélevés par des agents de l'INAO, le printemps suivant les vendanges, vont être dégustés à l'aveugle par des experts. L'A.O.C Pomerol a été la dernière parmi toutes les appellations à avoir obtenu ce label. Les vins du Pomerol sont parmi les plus agréables qui soient. On dit souvent qu'ils faisaient le trait d'union entre les vins bourguignons et les autres crus bordelais. Le vin de Pomerol assure la transition entre la Bourgogne et les autres crus bordelais L'encépagement, le rendement par hectare et la vinification sont trois paramètres qui rendent les crus du Pomerol très hétérogènes.

Ainsi, difficile est la tache qui consiste à définir avec exactitude "le vin du Pomerol". De façon général il se distingue par sa couleur dense et foncée, par son corps et sa souplesse. Contrairement aux autres appellations prestigieuses bordelaises, le vignoble du Pomerol ne connaît pas de classement et il n'en est pas question d'en établir un. Ici, chaque cru est une affaire de famille et son vin change avec les individus. L'A.O.C Pomerol est réservée aux vins rouges. Seuls les territoires limités de la commune de Pomerol ainsi que quelques parcelles de la commune de Libourne sont englobés par cette appellation.

La plantation de cépages y est strictement réglementée, n'admettant que le Merlot, le Cabernet Franc, le Cabernet Sauvignon et le Malbec. Les cépages auxiliaires ou hybrides n'y sont plus autorisés depuis 1961. Les vins de Pomerol sont excellents par leur bonne tenue dans les "petites" années, souvent des années "mouillées". Ils résistent mieux que la plupart de crus bordelais à l'humidité. L'achat de ses années s'avère être souvent une excellente affaire. La région délimitée du Pomerol se distingue au niveau géographique et géologique des autres aires d'appellations bordelaises. Sa particularité consiste à présenter une unité hypsométrique, hydrographique et géologique. Par ailleurs au sein de cette unité, nombreuses particularités variant d'une parcelle à l'autre, apportent chaque fois aux crus une sève différente. Situé sur un plateau, le vignoble descend en terrasses successives vers la vallée de l'Isle et de la Dordogne. Le cœur du vignoble est constitué d'un plateau d'argile lourde, sur lequel se réunissent les plus grands crus de l'appellation. Cette composition du terroir mariée au Merlot confère une robe noble, de couleur rubis foncé, des tanins souples ainsi que beaucoup de puissance et une faible acidité aux vins. Les vins issus des parcelles constituées de graves épaisses se caractérisent par un bouquet infiniment complexe. En effet, les petites graves sont là pour donner une bonne structure aux vins avec un taux d'acidité modéré. L'une des originalités et richesses du terroir est la présence d'alios dans le sous-sol. Une sorte de grès tendre ferrugineux, nommé localement la "crasse de fer".

Elle est connue pour permettre aux vins du Pomerol leur particularisme. Pomerol, c'est donc 760 ha de terroirs divers : un plateau argileux, des sols sablonneux à l'ouest, ailleurs silico-graveleux, ou encore argilo-graveleux, sur un sous-sol ferrugineux. La présence d'argile rend le travail plus difficile, mais c'est à la présence des oxydes de fer que Pomerol doit sa robe foncée, son caractère aimable, son aptitude au vieillissement.

Plus précisément, les spécialistes distinguent quatre "étages" :

 • la haute terrasse, plateau de graves anciennes regroupant la presque totalité des grands noms, y compris le Ch. Cheval Blanc de Saint-Emilion, qui aurait dû être un Pomerol s'il n'était pas sur le territoire communal de Saint-Emilion.
 • Ces graves enserrent Pétrus, ilôt privilégié avec sa boutonnière de 11,5 hectares d'argiles profondes qui profitent, dans une moindre mesure, aux Ch. l'Evangile, Gazin, et Vieux-Château-Certan.
 • A l'ouest de la haute terrasse, une zone composée d'un mélange de sables et de graves.
 • La frange la plus proche de Libourne est siliceuse et donne des vins plus souples.
 
Dans le Pomerol, le Merlot ainsi que le Cabernet Franc sont roi, le premier occupant près de deux tiers de la surface plantée. Quand au Cabernet Sauvignon, il n'aime pas particulièrement ce terroir où on le trouve d'ailleurs en très faible quantité. Sa maturité tardive n'est adaptée ni au sol ni au microclimat. Sur le sol frais, riche en fer et argileux, le Merlot arrive à son épanouissement s'exprimant à travers des vins d'une richesse et d'une profondeur rare, apte à un vieillissement d'une trentaine d'années, parfois plus.

Les plus grands crus atteignent leur apogée vers 15 ans, souvent beaucoup plus tard, selon les millésimes. Avec l'âge ils déploient toute la finesse de leur bouquet et une excellente somptuosité. Mais la plupart des Pomerol se déguste déjà à partir de trois à cinq ans. Néanmoins, tous les vins du Pomerol ne sont pas des vins de longue garde. Les crus, dont les sols sont à majorité sablonneux ne gagnent pas à vieillir, bien au contraire, leur fraîcheur s'estomperait. Il est vrai que même les meilleurs crus peuvent se boire exceptionnellement tôt pour des vins bordelais. Ce phénomène est dû au Merlot, qui contrairement au Cabernet Sauvignon, avec sa pellicule dure, n'exige pas forcement de vieillir pour assouplir les tanins de sa jeunesse.

Caractéristiques organoleptiques : belle robe noble, velouté belle vinosité, fruité, bouqueté généreux, élégant, jovial, souple.

Quatre châteaux occupent à eux seuls 16% de l'appellation, le reste étant partagé entre 160 propriétaires. Tous ensemble, ils produisent environ 4 millions de bouteilles d'une grande sensualité gustative, ayant la finesse des vins du Médoc, et la vigueur de ceux de Saint-Emilion. Pétrus, dont les armes sont les clés de Saint-Pierre, vient en tête. Issu à 95% de Merlot, vieilli 24 à 30 mois en barriques neuves, il demande à être attendu longuement.

2.2.4. AOC Lalande-de-Pomerol

L'homologation du décret de l'A.O.C Lalande-de-Pomerol remonte au 8 décembre 1936. Seuls les vins, dont les raisins ont été récoltés sur le territoire délimité des communes de Lalande et de Néac, peuvent revendiquer cette appellation. Le rattachement de la commune de Néac à celle de Lalande date du 2 septembre 1954. Parfois on peut encore rencontrer l'appellation Néac sur des anciennes bouteilles au fonds des caves. Mais depuis le rattachement à l'A.O.C Lalande-de-Pomerol, l'A.O.C Néac a été "oubliée" par les viticulteurs. Le vignoble d'une superficie d'environ 1100 ha est séparé du Pomerol par la rivière "Barbanne". L'appellation est exclusivement réservée aux vins rouges.

Les seuls cépages autorisés sont le Merlot, le Cabernet Franc, le Cabernet Sauvignon et le Malbec (Côt) avec le Merlot, largement primant sur les autres. La zone-est se voit dominée par un sol argileux, parfois argilo-graveleux. Plus on avance vers le nord, plus le sol devient graveleux. En direction de l'ouest, les graves cèdent davantage leur place à des sables. Au niveau du sous-sol, la commune de Lalande-de-Pomerol se distingue de celle de Néac par une composition graveleuse et sableuse. Néac sert d'assise à une composition de terres rougeâtre, assez compactes mais connaissant également quelques nappes argilo-sableuses. Le tissu viticole est marqué par des exploitations familiales. Nombreux sont les viticulteurs ne possédant qu'un hectare. Assez rares sont les vignobles dépassant les dix hectares. La plupart des vins sont vinifiés en caves particulières.

Caractéristiques organoleptiques : robe noble de couleur rubis généreux, veloutés, bouquetés, tanniques grande souplesse mais corsés Les meilleurs parmi les vins de cette appellation atteignent facilement le niveau d'un bon vin de Pomerol.

Ce sont des vins qui ont une vocation à être bus entre cinq et sept ans. Ils ne se prêtent pas à un très long vieillissement. Le Lalande-de-Pomerol est généreux, nerveux et ferme, mais sans la richesse des Pomerol qu'il ne peut pas concurrencer. Plus abordable que le Pomerol, il n'est guère meilleur en rapport qualité/prix.

A boire entre 5 et 15 ans.

2.2.5. AOC Saint-Emilion (1954) et autres AOC

L'appellation dont l’origine vient d’un ermite bénéficie à un millier de producteurs répartis sur 9 communes :

 • Saint-Emilion,
 • Saint-Christophe-des-Bardes,
 • Saint-Etienne-de-Lisse,
 • Saint-Hippolyte,
 • Saint-Laurent-des-Combes,
 • Saint-Pey-d'Armens,
 • Saint-Sulpice-de-Faleyrens,
 • Vignonet,
 • et une petite partie de Libourne, qui portait autrefois l'appellation "Sables Saint-Emilion".
 
La Barbanne, petite rivière qui séparait autrefois les territoires de langue d'oïl de ceux de langue d'oc, dessine approximativement aujourd'hui la limite nord de l'appellation. Saint-Emilion est une pittoresque cité bâtie au creux d'une colline calcaire. Il faut voir ses remparts du 13e siècle, ses petites rues pentues et pavées, ses maisons anciennes et les ruines du château élevé sur ordre d'Henri III. Enfin, son église monolithe est un édifice unique, malheureusement menacé d'effondrement (et massacré par le béton que l'on y a coulé pour empêcher cette catastrophe). A noter que St-Emilion signifie dans certaine région le cépage Ugni blanc.

La renommée porte au loin le double prestige de la cité médiévale et de la zone viticole renfermant les crus réputés de Saint-Emilion. Au sommet de sa gloire, le vignoble de Saint-Emilion fut, le 2 décembre 1999, admis dans le cercle restreint des "patrimoines mondiaux", classés par l'UNESCO. Les esprits étymologiques du nom de Saint-Emilion sont partagés. Une thèse se base sur le nom grec "SÉMÉLÉ IONE" qui signifie autant que "fontaine de Sémélé". Aimée de Zeus, elle lui donna un fils nommé Dionysos, l'homologue du Bacchus romain, indiquant la culture de vignes. Par extension, Saint-Emilion serait une fontaine au milieu des vignes. Pourtant il a fallu attendre la fin du XVIIe siècle, voir le début du XVIIIe siècle pour que l'aire de Saint-Emilion trouve véritablement sa vocation viticole. Par ailleurs, cinq autres communes ont obtenu le droit d'accoler le nom de Saint-Emilion à leur propre nom St.-Georges St.-Emilion, Montagne St.-Emilion, Lussac St.-Emilion, Parsac St.-Emilion et Puisseguin St.-Emilion.

De manière tout à fait originale par rapport aux autres appellations bordelaises, celles du vignoble de Saint-Emilion se divisent en quatre niveaux qualitatifs:

1. Appellation Saint-Emilion Contrôlée

Le degré alcoolique minimum est fixé à 11 ° degrés.
La mise en bouteille au château n'est pas obligatoire.
Les principaux vignobles concernés sont implantés sur la plaine.

2. Appellation Saint-Emilion Grand Cru Contrôlée

Une réglementation plus stricte s'applique à cette appellation.
Le titre alcoométrique volumique minimal est de 11° 5.
La mise en bouteilles au château est obligatoire.
Le vieillissement préalable est fixé à 18 mois minimum.

Une commission de dégustation sous l'autorité de l'INAO contrôle régulièrement l'élaboration des vins. Le Viticulteur lui-même décide, s'il veut déclarer tout ou partie de sa récolte en "Grand Cru".

L'appellation Saint-Emilion Grand Cru n'est accordée qu'après deux examens gustatifs :
 • estimation de l'aptitude au vieillissement la première année,
 • agrément, dans les deux ans qui suivent.

 Au moins 200 châteaux réussissent régulièrement à obtenir cette mention de qualité.

3. Saint-Emilion Grand Cru classé et Saint-Emilion Premier Grand Cru classé

Depuis 1984 les classifications Saint-Emilion Grand Cru classé et Saint-Emilion Premier Grand Cru classé ne sont plus considérées comme appellations. Néanmoins elles sont soumises aux mêmes directives que l'A.O.C Saint-Emilion Grand Cru. Par ailleurs, seuls les vignobles faisant partie du classement officiel, homologué par l'INAO, peuvent prétendre à ces nominations.

4. St.-Emilion-Grand-Cru versus St.-Emilion-Grand-Cru-Classé

Il ne faut surtout pas les confondre. Parmi tous les crus, faisant partie des St.-Emilion-Grands-Crus, une commission choisit les meilleurs pour établir le classement officiel du vignoble de Saint-Emilion. Une fois admis au classement, le même St.-Emilion-Grand-Cru devient un St.-Emilion-Grand-Cru-classé. Des facteurs géologiques, pédologiques et climatiques bien particuliers, combinés aux cépages prédominants, tel le merlot et le Cabernet-Franc, produisent des vins ne pouvant dénier leur provenance et leurs spécificités.

Bien que plus en retrait du littoral et ainsi moins tempérée par l'estuaire, cette région subit l'influence maritime de l'océan Atlantique. Les hivers sont plutôt cléments, les étés chauds sans pour autant connaître des points de températures trop élevés, préjudiciable à cause de la maturité trop vite des grains. Son emplacement relativement lointaine de l'océan expose le vignoble fréquemment aux gels d'hiver et printaniers. Par ailleurs, on craint plus dans cette région (que sur la rive gauche de la Gironde) la fraîcheur et l'humidité affectant à la fois la floraison en début du mois de juin et la maturation fin septembre. Étant donné la fraîcheur de cette zone, l'exposition des vignes au soleil et une bonne protection des vents jouent un rôle primordial pour la réussite d'un grand vin. La diversité des vins est une des caractéristiques du Saint-Emilionais.

Le vignoble s'étend sur 5500 ha, dont 2/5 sont destinés à l'A.O.C Saint-Emilion et 3/5 à l'A.O.C Saint-Emilion Grand Cru. Un territoire aussi vaste ne peut que se traduire par une multitude de sols et sous-sols différents. Ces variations de terroirs avec leurs impacts gustatifs aux vins sont fortement hiérarchisées.

Généralement il convient de subdiviser la commune de Saint-Emilion en cinq secteurs, représentant des types de sols différents:

A : Le bourg et point culminant du vignoble de Saint-Emilion repose sur un plateau calcaire à astéries, recouvert d'une fine couche tantôt argilo-calcaire tantôt argilo-sableuse. Le calcaire avec ses vertus d'hydrorégulateur absorbe l'eau et la conserve en juste quantité, tout en drainant l'excès.

B : Les "côtes" aux versants abrupts, entourent le plateau calcaire et abritent de nombreux crus renommés. Il convient de distinguer l'exposition nord ou sud des côtes, les derniers privilégiées par un ensoleillement plus intense. Le haut des côtes en forte pente est couvert de sols à caractère argilo-calcaire. Plus au milieu, elles se caractérisent par un sol plutôt argilo-calcaire mélangé aux sables éoliens. Le "pied" des côtes se compose d'éboulis et de sables. Une mince couche de terres arables oblige la vigne à lutter et à descendre de plusieurs mètres à travers les failles de la roche afin de trouver les éléments nécessaires à sa survie. Dans ces conditions extrêmes la vigne donne le meilleur d'elle en fournissant aux viticulteurs une matière première d'excellente qualité.

C : Les "graves de Saint-Emilion" couvrent au nord-ouest une petite partie de l'aire d'appellation Saint-Emilion. Ne représentant qu'environ 3% de l'appellation, cette zone minuscule garantit la transition vers le vignoble du Pomerol. L'âge de ces graves anciennes, de nature siliceuse et d'une granulométrie assez importante remonte au quartenaire. Il ne s'agit pas d'un hasard si de très grands crus, tels que Cheval Blanc ou Figeac, sont issus de ces terres. Si l'argile ne draine pas assez et on risque que les racines des vignes immerge dans l'eau, les graves quant à elles évacuent l'eau tout naturellement. Elles nous rappellent les graves du Médoc. Grand nombre date de l'âge günzien. L'absence de granites et de calcaires leur donne une excellente qualité exprimée par leur maigreur. Enfin, ce sont des galets de belles tailles. On assiste à une prédominance de silex périgourdins.

D : Le glacis sableux, ne contenant pas de graviers, relie le tertre de Saint-Emilion aux terroirs graveleux.

E : La plaine de la Dordogne, en forme de basse terrasse, se compose essentiellement de sables avec quelques couches de graves éparses. Quel terroir donne naissance à quel vin? Terroir Vins - calcaire à astéries charpentés, racés, fins, corsés, bon vieillissement - graves / gravelo-sableux complexes, beaucoup de finesse, bon vieillissement - argilo-calcaire / argilo-sableux puissants, charpentés, bon vieillissement - sableux plus légers, à boire plus jeunes La vaste panoplie de vins rend difficile la définition d'un style propre au Saint-Emilion. Cependant, les vins jeunes se caractérisent par leur douceur et par leur séduction par opposition à l'austérité d'un vin médocain du même âge. Souvent ils sont plus souples mais aussi plus charnus que les Médoc, sans pour autant exprimer le charme d'un Pomerol. Deux cépages, notamment le Cabernet Franc et le Merlot s'adaptent très bien aux sols froids et aux particularités du microclimat régnant dans le nord-ouest du Bordelais. Omniprésent sur la rive gauche de la Gironde et de la Garonne, le Cabernet Sauvignon n'est que très moyennant réparti dans cette zone, sa fleuraison et sa maturation étant assez tardives. Marié au Merlot charnu, le Cabernet Franc, à maturité précoce, donne des vins souples, bien équilibrés, à la fois fruités mais d'une bonne vinosité et d'un bon degré d'alcool.

De part la diversité des sols, sous-sols, expositions au soleil et microclimats, il n'existe aucune règle absolue pour définir l'aptitude au vieillissement. Il faut analyser cru par cru, millésime par millésime. Trop nombreux sont les paramètres définissant l'aptitude au vieillissement. Pour ceux, qui aiment les chiffres, on pourrait dire approximativement:

- 3 à 9 ans pour un Saint-Emilion
- 5 à 12 ans pour un Saint-Emilion Grand Cru
- 15 à 30 ans, parfois plus pour un Saint-Emilion Grand Cru Classé

Les vins de Saint-Emilion accordent la prépondérance au merlot (60%), avec du cabernet franc en complément, et parfois un peu de cabernet sauvignon; toutefois, certains Grands Crus, tels que Ch. Ausone et Ch. Cheval-Blanc emploient le Merlot et le Cabernet Franc à parts égales. Généreux, corsés, chaleureux, ils présentent un parfum de truffe et sont souvent plus puissants que ceux du Médoc.

2.2.6. AOC Satellites de Saint-Emilion

Les vignerons y font un gros effort pour se faire connaître. Le mot "satellites" les fait bondir, certains de leurs terroirs sont en effet supérieurs à certaines parcelles ayant droit à l'appellation Saint-Emilion. La densité moyenne est environ de 5.500 pieds à l'hectare. Nombreuses sont les exploitations de petite taille, dont la taille se compte entre cinq et dix hectares. Près de la moitié des viticulteurs vinifient leurs vins à la cave coopérative La commune de Saint-Emilion ne représente que le cœur d'une aire viticole beaucoup plus vaste.

Autrefois, c'est-à-dire avant la délimitation en 1936 de la zone de l'appellation Saint-Emilion, les satellites avoisinants furent placés sous l'autorité de la jurade de Saint-Emilion. Ils vendirent ainsi leurs vins sous l'A.O.C Saint-Emilion. Pour une question d'image de marque et de qualité, les propriétaires réellement implantés dans le vignoble de Saint-Emilion, à l'exclusion des satellites avoisinants luttèrent pour leur "indépendance". Ils décidèrent d'accorder aux satellites leurs propres appellations. Mécontentes de cette exclusion, puisque le nom de Saint-Emilion est quand même porteur de grande notoriété, les cinq communes de Lussac, Montagne, Parsac, Puisseguin et St.-Georges demandèrent de pouvoir accoler le nom de Saint-Emilion à leurs communes.

Parmi les satellites de St.-Emilion, la commune de Montagne est la plus étendue exposant environ 1500 ha de ses vignes au soleil. En 1973 Montagne a fusionné avec les communes de St.Georges et Parsac. Le nom de Lussac, paraît-il, viendrait du gaulois LUCCIOS.

Parmi les satellites de Saint-Emilion, le vignoble de Lussac est le plus septentrional, couvrant quelques 1200 ha. A peine quelques 200 hectares compte ce petit vignoble. Les viticulteurs préfèrent, pour une question de notoriété, de commercialiser leurs vins sous le nom de l'appellation Montagne-Saint-Emilion. Aussi étrange le nom de ce village peut il paraître, aussi simple il est à expliquer. Le mot "PUY" signifie "Mont" et "SEGUIN" fut le nom d'un lieutenant de Charlemagne. Il donna son nom à cette commune.

La taille des vignobles varie beaucoup dans cette appellation. Quelques grands domaines comptent 30 ha parfois plus, mais la règle est plutôt comprise entre 5 à 10 ha. Ce sont des exploitations familiales qui dominent. La cave coopérative communale représente pour à peu près 1/5 des viticulteurs le lieu de vinification. Ici comme dans les autres appellations satellites, le vignoble est fortement parcellé en petites exploitations, dont la taille varie généralement entre huit et dix hectares.

Autrefois, on s'accordait généralement à les classer dans l'ordre suivant :

- Saint-Georges Saint-Emilion
- Sables Saint-Emilion
- Montagne Saint-Emilion
- Puisseguin Saint-Emilion
- Parsac Saint-Emilion
- Lussac Saint-Emilion ce qui n'excluait pas un certain nombre d'exceptions notables au niveau des châteaux.

Quoi qu'il en soit, trois changements sont venus invalider ce classement :

 • l'aire des Sables Saint-Emilion, jouxtant Libourne à l'est, a été intégrée à celle de Saint-Emilion en 1989; les principaux Châteaux de ce terroir étaient Cruzeau, Martinet, Doumaine, Gaillard;
 • l'aire de Parsac a été rattachée à celle de Montagne; elle a encore droit à l'appellation Parsac Saint-Emilion mais n'en fait plus usage;
 • les vins de Saint-Georges peuvent être déclarés en Saint-Georges Saint-Emilion ou en Montagne Saint-Emilion; quelques châteaux ont choisi, jusqu'à présent, de conserver l'appellation Saint-Georges Saint-Emilion.
 
Montagne Saint-Emilion : 220 viticulteurs de Montagne, et 32 de Saint-Georges, se partagent 1.700 ha qui fournissent 78.000 hl. Les sommets calcaires donnent un vin coloré, corsé, robuste. Plus bas, les graves silico-argileuses donnent un vin plus léger et plus souple qui rappelle le Pomerol et le vin des graves de Saint-Emilion.

A boire entre 3 et 10 ans.

Meilleurs Châteaux :

 • Montaiguillon,
 • Croix-Beauséjour,
 • Rocher-Corbin,
 • Faizeau,
 • Ch. des Laurets, à Puisseguin.
 
Pour l'anecdote : l'INAO a déclassé en Bordeaux une partie de la production du populaire Ch. des Tours.

Les vins de Saint-Georges sont corsés et puissants sans être communs. Robustes et charpentés, ils supportent un long vieillissement, de 5 à 15 ans. A Saint-Georges, la moitié des 32 viticulteurs portent leur récolte à la coopérative de Montagne.

Les meilleurs Châteaux de Saint-Georges sont :

 • Saint-Georges,
 • La Croix de Saint-Georges,
 • Ch. Vieux-Guillou,
 • Ch. Roc de Troquard, à Saint-Sulpice de Faleyrens.
 
Lussac Saint-Emilion : la commune produit un peu de blanc en appellation Bordeaux ou Bordeaux-Supérieur, mais surtout du rouge.
215 viticulteurs se partagent 1.250 ha dont 130 vignerons tirent 60.000 hl.

A boire entre 5 et 12 ans.

En fait, à Lussac, on distingue trois zones :
 • le plateau occidental de graves, qui donne des vins légers,
 • les sols argileux du nord, aux vins robustes,
 • et les sols argilo-calcaires du sud-est, aux vins bien équilibrés.
 
Principaux Châteaux :
 • Ch. du Lyonnat,
 • Ch. Mayne-Blanc,
 • Ch. Croix de Blanchon,
 • Ch. Cap de Merle.
 
Puisseguin Saint-Emilion : 130 viticulteurs se partagent 680 ha sur un sous-sol pierreux, dont 80 vignerons tirent 30.000 hl.

Les vins sont en général plus simples que ceux de l'appellation Montagne Saint-Emilion, et sont à boire entre 5 et 10 ans.


2.2.7. AOC Côtes de Castillon

9 communes ont droit à cette appellation exclusivement rouge : Castillon-la-Bataille, Belvès-de Castillon, Saint-Magne-de-Castillon, Monbadon, Gardegan-et-Tourtirac, Sainte-Colombe, Saint-Genès de Castillon, Saint-Philippe d'Aiguilhe, et Les Salles de Castillon. Le vignoble des Côtes-de-Castillon s'étend autour de l'ancienne cité de Castillon-la-Bataille, au bord de la rive droite de la Dordogne. Elle a obtenu son nom suite à la bataille qui s'y déroula en 1453 et marqua la fin de la guerre de Cent Ans. Est-ce pour avoir trop tâté du tonneau que les Anglais perdirent la bataille en 1453? Depuis 1989, les vins rouges issus de la zone délimitée de cette aire de production ont droit à l'A.O.C Côtes-de-Castillon.

Le vignoble compte près de 2700 ha, presque entièrement à vocation de vins rouges. L'assemblage se fait à base de Merlot, Cabernet-Sauvignon, Cabernet-Franc et Malbec. Le tissu viticole se caractérise par de nombreuses exploitations de taille moyenne d'une dizaine d'hectares. Peu sont les exploitations atteignant 25 à 30 ha.

Les caractéristiques organoleptiques sont proches de celles des satellites de Saint-Emilion. Pendant leur jeunesse les vins se montrent moins tanniques et quelques années en bouteille leur est nécessaire pour s'assouplir ainsi que pour s'arrondir. Jouissant hélas d'une faible notoriété auprès des consommateurs, les vins des Côtes-de-Castillon se démarquent par une qualité remarquable. Leur excellent rapport qualité-prix fait d'eux des vins, figurant parmi les appellations les plus intéressantes du Bordelais. Deux types de terroirs : La partie septentrionale avec son plateau et ses coteaux est composée de calcaires à astéries, donnant naissance à des vins puissants, tanniques avec un caractère fin et généreux.

Leur potentiel de garde se chiffre entre six et huit ans.- La composition des sols dans les vallons est argileuse ou argilo-sableuse. La plaine nous charme avec ses vins chaleureux et souples, destinés à être bus plus jeune.- En bordure de la Dordogne s'étendent les alluvions modernes. A prédominance Merlot, riche en couleur, généreux et corsé, il évoque ses voisins de Lussac et de Puisseguin Saint-Emilion. Il supporte un vieillissement de quelques années (jusqu'à 15 ans), mais peut cependant être bu jeune (à partir de 4 ans).

2.2.8. AOC Bordeaux Côtes de Francs

Une des plus hautes appellations girondines, culminant à 106 mètres. Des coteaux argilo-calcaires et marneux, sur les communes de Francs, Saint-Cibard, et Tayac, produisent des vins blancs, et des rouges riches et bouquetés. La petite commune de Francs, située à une dizaine de kilomètres au nord de Castillon-la-Bataille et à une soixantaine de kilomètres à l'est de Bordeaux, a prêté son nom à cette appellation. Le vignoble compte quelques 450 ha, dont environ 400 sont complantés en cépages rouges et 50 en cépages blancs. Décrétée le 26 mai 1967 et modifiée deux fois de suite, notamment le 9 janvier 1976 et puis le 9 février 1989, l'A.O.C Bordeaux-Côtes-de-Francs s'applique aussi bien aux vins rouges qu'aux vins blancs secs et aux vins blancs moelleux.

La zone délimitée s'étend sur les trois communes de Francs, Tayac et St.-Cibard. Dominés par le Merlot, atteignant un taux de 50 %, et complétés par du Cabernet Sauvignon, Cabernet Franc et du Malbec, les vins rouges sont riches en couleur, corsés, gras au palais, avec un bouquet fin et une excellente capacité de garde. Les rouges sont en tous points semblables aux Côtes de Castillon, avec une longévité un peu moindre.

A boire entre 4 et 10 ans.

Les coteaux des "Côtes-de-Francs", à caractère argilo-calcaire, prolongent vers l'est ceux du Saint-Emilionais. Le sous-sol est en général marneux au calcaire, parfois argileux. L'assemblage des vins blancs est dominé par le Sémillon, qui peut atteindre 60 %, leur conférant beaucoup de gras et complexité. Complété d'un taux important de Muscadelle, jusqu'à 25 %, et de Sauvignon (15%), le Sémillon donne naissance à des vins distingués.

Les blancs, issus de Sauvignon, Sémillon, et Muscadelle, peuvent être secs ou demi-secs, ou encore liquoreux; dans ce dernier cas, ils doivent titrer au moins 11,5%vol et contenir au moins 27 grammes de sucre résiduel Peu connue et cachée dans l'ombre des appellations avoisinantes, l'A.O.C Bordeaux-Côtes-de-Francs connaît une véritable renaissance. Son tissu viticole se caractérise par des exploitations familiales de taille modeste. Une soixantaine de viticulteurs, dont environ deux tiers vinifient à la cave coopérative, se partagent les 450 ha de vignes. Quand les conditions météorologiques et climatiques sont favorables, cette appellation produit des vins rouges très attrayants.

2.3. Les Graves

Les Graves prolongent le Médoc au sud, sur la rive gauche de la Garonne. Comme leur nom l'indique, les sols y sont graveleux, alors que ceux de la rive droite sont argilo-calcaires et argilo-sableux.

Les appellations sont :

 • L'AOC Graves : 2.100 ha, RB 50 hl/ha. Les deux tiers en rouge, le reste en blanc sec.
 • Graves Supérieures : désigne exclusivement des blancs moelleux et liquoreux. 550 ha, RB 50 hl/ha.
 • Pessac-Léognan, 500 ha, qui possèdent leur propre appellation depuis 1987, sont consacrés au rouge dans une proportion de 83%. RB 45 hl/ha en rouge, 48 en blanc.
 
Un seul cru de cette région figurait parmi les Crus classés en 1855. Un classement spécifique aux Graves a été établi par l'INAO en 1953 pour les rouges, complété en 1959 pour inclure les blancs. Malheureusement, il n'est pas révisable. Ce classement a promu 16 crus rouges et 8 crus blancs, leur attribuant la mention Cru Classé sans autre précision de hiérarchie. Tous relèvent désormais de l'appellation Pessac-Léognan.

2.3.1. L'AOC Graves et AOC Graves supérieures

900 ha de rouge (hors Pessac-Léognan) ont produit 5,6 millions de bouteilles.
Vin très bouqueté et de bonne garde.
Plus corsé et nerveux que les vins du Médoc, dont il n'a pas la saveur moelleuse et délicatement fondue, il est à boire à partir de 5 ans, mais les grands millésimes des meilleurs crus peuvent être conservés 30 à 50 ans. Les deux appellations s'appliquent sur toute la région des Graves à l'exclusion des deux enclaves Barsac et Sauternes. Leur production est marquée par une majorité de vins rouges ainsi que des vins blancs secs, figurant certainement parmi les meilleurs du Bordelais. En général la production de vins blancs secs se fait dans la partie septentrionale de l'appellation. En allant vers la partie méridionale, la production des vins liquoreux et moelleux prend le dessus. L'appellation "Graves supérieurs" est réservée à la production des vins liquoreux et moelleux. L'aire de production reste néanmoins la même que pour l'appellation "Graves".

Par ailleurs, les vins issus de la petite enclave de "Cérons", voisine au nord de l'aire de Barsac, ont également droit à l'appellation "Graves supérieurs". Les techniques de production sont similaires à celles employées pour les vins blancs moelleux d'autres appellations. Mais l'influence des terroirs différents et d'un autre microclimat donne à ces vins des caractéristiques différentes: fin, très moelleux, notes de cire et grillé! La faible notoriété de l'appellation "Graves supérieurs" n'incite guère les producteurs à faire des efforts significatifs.

En blanc sec, 760 ha ont donné 4 millions de bouteilles. On estime que 2,7 millions de bouteilles de blancs moelleux ont été produites par 500 ha, sous l'appellation Graves Supérieures. Qu'ils soient secs ou moelleux, les blancs des Graves sont puissants et nerveux sans jamais être acides. Ils sont à boire en général entre 2 et 6 ans, mais vieillissent bien dans les bonnes années, jusqu'à 20 ans dans les meilleures années. Berceau des vins de Bordeaux, cette vaste AOC s'est longtemps reposée sur son titre d'aînesse dans le Bordelais. La sédition de Pessac-Léognan va peut-être réveiller cette région.

Âge des vignes: minimum deux ans après plantation Superficie: environ 1400 ha en production dont - deux tiers pour la production des vins blancs secs et - un tiers pous la production des vins blancs moelleux Potentiel de garde: pour les Graves (blancs secs): dans les environ de 4 à 5 ans pour les Graves supérieurs (blancs moelleux): de 8 à 12 ans voir plus Tous les vins, dont les raisins ont été récoltés au sein de la zone délimitée de cette appellation peuvent aussi bénéficier des appellations régionales "Bordeaux" et "Bordeaux supérieur".


2.3.2. AOC Pessac-Léognan

C'est ici qu'étaient produits autrefois les clairets. Depuis toujours fleurons des Graves, dotés d'un sol original, Pessac et Léognan font bande à part depuis le 1er janvier 89, et la nouvelle appellation peut être appliquée depuis le millésime 1987. Notons qu'en blanc, l'appellation exige au moins 25% de Sauvignon.

Aux portes de la ville de Bordeaux, l'appellation Pessac-Léognan s'applique à un vignoble d'environ 1350 ha. Ceci représente à peu près un quart de la superficie totale des Graves. Entrée en vigueur le 9 septembre 1987, cette appellation est la plus récente parmi toutes les appellations bordelaises. Tous les châteaux figurant dans le classement de 1959 sont couverts par l'appellation. Seuls les vins, dont les raisins ont été récoltés au sein du territoire délimité des communes suivantes, peuvent bénéficier de cette appellation prestigieuse: Cadaujac; Canéjan; Gradignan; Léognan; Martillac; Mérignac; Pessac; Saint-Médard-d'Eyrans; Talence; Villenave-d'Ornon.

Deux paramètres pourraient justifier la création de l'A.O.C Pessac-Léognan :

- D'abord l'histoire de cette région: car c'est bien ici que proviennent les "CLAIRETS", responsables pour une première notoriété de vins de Bordeaux.
- Puis, le terrain: comme souvent dans le vignoble bordelais, il s'agit d'une question de "graves".

C'est notamment dans cette partie, que nous sommes en présence de croupes graveleuses en forte pente. Elles excellent de par leur austérité et leurs capacités de drainage. Bien que désirée par les viticulteurs implantés dans le nord des Graves, cette nouvelle appellation a tout simplement été ignorée par le public. Haut-Brion, à Pessac, est un Premier Grand Cru Classé : le seul Château non médocain ayant été inclus dans le classement de 1855. Il fournit un rouge de longueur étonnante, et un blanc exceptionnel mais malheureusement rare.

Âge des vignes: minimum deux ans après plantation Superficie: environ 1350 ha en production dont - trois quarts sont plantés en cépages rouges - un quart est planté en cépages blancs Potentiel de garde: pour les vins rouges: 15 ans voir plus pour les vins blancs: 8 à 12 ans Tous les vins, dont les raisins ont été récoltés au sein de la zone délimitée de cette appellation peuvent aussi bénéficier des deux appellations "Graves" et "Graves supérieur" ainsi que des appellations régionales "Bordeaux" et "Bordeaux supérieur".

2.4. L'Entre-Deux-Mers

La région, entre Dordogne et Garonne, dessine un triangle dont les côtés mesurent 60 kilomètres, et la base 30. Ce plateau ondulé, entrecoupé de vallons, est truffé de vestiges historiques : les bastides, construites autour de places couvertes, qui ont gardé plus ou moins leurs remparts médiévaux. Elle affiche une vaste diversité de reliefs, d'expositions, et de terroirs : sables, argiles, graves, et terrains argilo-calcaires. La vigne y occupe 49.000 hectares qui n'ont droit -pour la plupart- qu'aux appellations Bordeaux et Bordeaux Supérieur. Le nom de la région évoque le plus souvent -à juste titre- l'idée de vins blancs secs, et en effet l'Entre-Deux-Mers fournit 80% des blancs secs de Bordeaux, soit 110 millions de bouteilles.

Mais on y trouve aussi :

 • des rouges en appellation Bordeaux et Bordeaux Supérieur, Premières Côtes de Bordeaux, ou Graves de Vayres, selon l'endroit où ils sont produits;
 • des rosés,
 • des blancs moelleux (9 millions de bouteilles),
 • et des effervescents blancs et rosés en appellation Crémant de Bordeaux.
 
Si les cépages rouges sont ceux habituels de Bordeaux -Merlot, Cabernet Sauvignon et Cabernet Franc- les blancs secs sont fournis principalement par le Sauvignon. Les blancs doux incorporent Sémillon et Muscadelle. Les vins rouges sont en général puissants, denses, aromatiques, avec une belle finesse pour ceux venant de vignobles dominant la Garonne.

Les appellations délimitées dans l'Entre-Deux-Mers sont :
 • AOC Entre-Deux-Mers : désigne exclusivement des vins blancs secs. 3.000 ha, RB 60 hl/ha.
 • AOC Entre-Deux-Mers Haut-Bénauge : exclusivement des blancs secs.
 • AOC Bordeaux Haut-Bénauge : 60 ha de blancs secs uniquement, de 9 communes. RB 45 hl/ha.
 • AOC Graves de Vayres : 450 ha sur la rive gauche de la Dordogne, faisant face à Saint-Emilion. 60% en rouge, 40% en blancs secs ou demi-secs. RB 50 hl/ha, 60 en blanc.
 • AOC Premières Côtes de Bordeaux : 2.500 ha s'étirant au long de la rive droite de la Garonne. Les vins peuvent être rouges (78%), blancs moelleux ou liquoreux. RB 50 hl/ha. Une bonne partie de la production de cette aire délimitée, surtout en blanc, est commercialisée sous l'appellation Bordeaux.
 • AOC Sainte-Foy Bordeaux : 100 ha de rouges et blancs, presque toujours commercialisés en AOC Bordeaux. RB 50 hl/ha en rouge, 55 en blanc.

Sur la rive droite de la Garonne, faisant face aux liquoreux de la rive gauche, plusieurs appellations désignent exclusivement des blancs moelleux ou liquoreux.
A ce titre, elles sont regroupées avec les liquoreux que nous verrons plus loin.

2.4.1. AOC Entre-Deux-Mers

L'appellation désigne exclusivement les blancs secs de la région Entre-Deux-Mers qui ne peuvent (ou ne veulent) pas employer une appellation plus précise. Très étendue, elle comporte des sols très divers. Le vignoble de l'Entre-deux-Mers, avec une surface d'environ 25000 ha, est le plus étendu du Bordelais et couvre la plus grande partie du terroir entre la Dordogne et la Garonne. Cependant seuls 2800 ha sont complantés en cépages blancs. Plus justement, son territoire aurait dû être appelé "entre deux rivières"..., car aucune de ses délimitations n’est véritablement formée par l'océan Atlantique. Mais le fait que les marées exercent une influence sensible sur chacun des deux cours d'eau, aurait donné le nom à ce triangle. Les cépages employés sont surtout le Sauvignon, majoritaire, et le Sémillon et la Muscadelle. Des vins à la robe d'or pâle, fruités, délicatement aromatiques, qui présentent une belle attaque nerveuse prolongée par une sensation de fraîcheur.

A boire dans les 3 ans.

Âge des vignes: minimum deux ans après plantation Superficie: environ 2800 ha complantés en cépages blancs Technique de vinification moins de 4 grammes de sucre résiduel par litre Potentiel de garde: destinés à être bus jeunes Tous les vins, dont les raisins ont été récoltés au sein de la zone délimitée de cette appellation peuvent aussi bénéficier des appellations régionales "Bordeaux" et "Bordeaux supérieur".

2.4.2. AOC Entre-Deux-Mers Haut-Benauge et AOC Bordeaux Haut-Benauge

La région de Haut-Benauge est enclavée dans l'aire d'Entre-deux-Mers. Le vignoble de Haut-Benauge couvre à peu près 4000 ha,dont un tiers est complanté en cépages blancs. Depuis le décret du 15 juillet 1955, le nom de l'appellation Haut-Benauge peut être accolé à celui de Bordeaux ou à celui d'Entre-deux-Mers. Cette appellation ne s'applique qu'exclusivement aux vins blancs, dont les raisins ont été récoltés au sein de la zone délimitée des communes suivantes: Arbis, Cantois, Escoussans, Gornac, Ladaux, Mourens, Saint-Pierre-de-Bat, Soulignac et Targon. Les viticulteurs de Haut-Benauge disposent d'un choix multiple pour commercialiser leurs vins. Outres les A.O.C "Bordeaux Haut-Benauge" et "Entre-deux-Mers Haut-Benauge", ils peuvent opter pour l'A.O.C "Entre-deux-Mers" pour les vins blancs secs ou les deux appellations régionales "Bordeaux" et "Bordeaux supérieurs".

Les vins rouges élevés dans cette région sont particulièrement recherchés pour leur bon rapport qualité/prix. 9 communes le long de la partie méridionale des Premières Côtes de Bordeaux : Targon, Soulignac, Ladaux, Escoussans, Arbis, Cantois, Saint-Pierre-de-Bat, Gornac, et Mourens. L'appellation regroupe les blancs secs les plus réputés de l'Entre-Deux-Mers. Elle doit son nom à un château, situé à Arbis, dont il ne reste que des ruines.

A boire entre 2 et 4 ans.

Âge des vignes: minimum deux ans après plantation Superficie: environ 4000 ha, dont environ un tiers est complanté en cépages blancs Potentiel de garde: destinés à être bus jeunes Tous les vins, dont les raisins ont été récoltés au sein de la zone délimitée de cette appellation peuvent aussi bénéficier des appellations régionales "Bordeaux" et "Bordeaux supérieur". Les vins blancs secs ont par ailleurs droit à l'appellation "Entre-deux-Mers".

2.4.3. AOC Graves de Vayres

L'appellation Graves-de-Vayres tire son nom de la présence exceptionnelle de sols graveleux dans cette région. Le vignoble est enclavé au nord de l'aire d'Entre-deux-Mers, face à la ville de Libourne sur la rive gauche de la Dordogne. L'appellation se limite aux territoires des deux communes de Vayres et Arveyres et date du 18 mai 1931. On y élabore depuis quelques années davantage de vins rouges au détriment de la production des vins blancs secs et moelleux. Les terres cultivables se composent généralement de terrains argilo-calcaires, graveleux ou sablo-graveleux. Un sous-bassement graveleux et argilo-sableux sert d'assise. Les palus en bordure de la Dordogne sont exclus de l'appellation ne servant pas à la viticulture.

Âge des vignes: minimum deux ans après plantation Superficie: environ 650 ha, dont 200 ha complantés en cépages blancs et 450 ha complantés en cépages rouges Tous les vins, dont les raisins ont été récoltés au sein de la zone délimitée de cette appellation peuvent aussi bénéficier des appellations régionales "Bordeaux" et "Bordeaux supérieur".

2.4.4. AOC Premières Côtes de Bordeaux

L'aire de cette l'appellation ressemble à une petite bande étroite dépassant rarement cinq kilomètres de largeur. Elle s'étend sur 60 km, de Bassens au nord de Bordeaux en amont de la Garonne jusqu'à Saint-Macaire. L'appellation englobe 37 communes sur une superficie d'environ 3500 ha. Le paysage formé de coteaux abruptes donnes l'impression d'une sorte de balcon dominant la rive droite de la Garonne. De fortes pentes graveleuses, si caractéristiques pour cette aire, permettent une bonne évacuation de l'eau. Le vignoble se repose sur un sous-plateau en calcaire, d'une épaisseur d'environ 40 mètres. Le terroir est loin d'être homogène. Nombreuses parcelles, plus à l'intérieur des terres, contiennent de bonnes réserves d'alimentation pour la vigne, grâce à la présence des argiles rouges. Une telle diversité de sols incite à l'élaboration de différents types de vins, allant des vins rouges, vins blancs secs, vins blancs moelleux jusqu'aux clairets et vins pétillants. Tandis que la partie nord de l'appellation produit presque exclusivement des vins rouges, ce sont les vins blancs moelleux qui priment dans la partie méridionale. Cambes étant à la limite Les meilleurs parmi ces derniers sont dans la plupart des cas commercialisés sous l'appellation Cadillac, enclavée dans l'aire des Premières Côtes de Bordeaux. Le plateau du coteau, surplombant la Garonne, est composé de sols argilo-calcaires et argilo-graveleux, se couchant sur un sous-sol à prédominance calcaire ou argile. Par endroit, nous sommes en présence de poches de graves grises ou de boulbènes. Les pentes se composent de molasse ou de calcaire. Des colluvions d'éboulis marquent la transition vers les palus, alluvions anciennes, en bordure de la Garonne. Les blancs, à la belle robe dorée, toujours charpentés mais délicats, sont tantôt moelleux ou liquoreux, mais plus souvent demi-secs. L'appellation, en tous cas, exclue les blancs secs.

A boire entre 1 et 4 ans.

Les blancs moelleux du sud peuvent prendre l'appellation Cadillac. Les rouges sont chaleureux, corsés, généreux. Un peu fermes et nerveux dans leur jeunesse, ils s'assouplissent avec l'âge, qui les affine et leur donne du moelleux.

A boire entre 2 et 6 ans.

Âge des vignes: minimum deux ans après plantation Superficie: environ 3500 ha en production Technique de vinification * après fermentation ils doivent contenir au moins 4g / l de sucre résiduel concentration interdite; pressoirs continus interdits Potentiel de garde: 3 à 6 ans; parfois plus Tous les vins, dont les raisins ont été récoltés au sein de la zone délimitée de cette appellation peuvent aussi bénéficier des appellations régionales "Bordeaux" et "Bordeaux supérieur".

2.4.5. AOC Sainte-Foy Bordeaux

Sainte-Foy-la-Grande, comme beaucoup d'autres villes et villages de la région, est une ancienne bastide du 13e siècle. Les 150 ha exploités de l'appellation sont partagés à égalité entre rouge et blanc. Les blancs peuvent être moelleux ou légèrement liquoreux, mais de nos jours ils sont vinifiés le plus souvent en sec ou demi-sec, le Sauvignon étant prédominant. Des rouges colorés, corsés, qui se font rapidement, à boire entre 1 et 5 ans. L'appellation est peu employée : la plupart des vignerons préfèrent commercialiser leur vin en appellation régionale. La petite ville de Sainte-Foy-la-Grande a prêté son nom à cette appellation qui s'étend sur environ 6500 ha à l'extremité orientale de la région d'Entre-deux-Mers, sur la rive gauche de la Dordogne.

Cette appellation permet à la fois l'élaboration de vins rouges, vins blancs secs ainsi que de vins blancs moelleux. Manque de notoriété et de particularité, elle est en disparition au profit des appellations régionales "Bordeaux" et "Bordeaux supérieur". TERROIR La composition du plateau est tantôt de nature argilo-calcaire tantôt sablo-graveleux, se reposant sur un sous-bassement argilo-graveleux et argilo-calcaire. Aux pieds des côtes les sols sont davantage sablonneux avec un taux important de boulbènes. Seuls les palus en bordure de la Dordogne ne se prêtent pas à la viticulture.

2.4.6. AOC Cadillac

L'appellation a été accordée en 1973 à 21 communes, dont Cadillac, Gabarnac, et Langoiran, sont les plus réputées. Mais seulement 80 ha sont exploités pour l'appellation, et donnent 1.700 hl. Langoiran a un terroir varié où domine tantôt le rocher, tantôt le calcaire, ou encore les graves. Gabarnac comporte une série d'éperons rocheux dont les pentes s'orientent vers Loupiac d'un côté, vers Sainte-Croix-du-Mont de l'autre. L'appellation Cadillac contrôlée relativement récente, date de 1973. Elle s'étend sur la partie méridionale de l'aire des Premières Côtes de Bordeaux, autour de la petite ville de Cadillac, qui lui a prêté son nom. Modifiée par décret en 1980, l'appellation ne s'applique qu'aux vins blancs liquoreux provenant de raisins arrivés à surmaturation par la pourriture noble et récoltés à la main par tries successives.

Tous les vins blancs liquoreux récoltés au sein du territoire d'une des communes énumérées ci-après, peuvent profiter de l'appellation Cadillac: Baurech, Béguey, Cadillac, Capian, Cardan, Donzac, Gabarnac, Haux, Langoiran, Laroque, Lestiac, Le Tourne, Monprimblanc, Omet, Paillet, Rions, St-Germain-de-Grave, St-Maixant, Semens, Tabanac, Verdelais, Villenave-de-Rions L'Appellation Cadillac Contrôlée ne jouit pas d'une notoriété suffisamment répartie. C'est ainsi que de nombreux vins liquoreux et moelleux se déclarent par une appellation plus explicite telle que "A.O.C. Premières Côtes de Bordeaux". La production dans l'aire de Cadillac ne se limite pas aux vins liquoreux et moelleux, mais par ailleurs on y élabore des vins blancs secs et des vins rouges. Ces derniers ne peuvent jamais être déclarés en A.O.C. Cadillac!! Ils peuvent profiter des appellations "Premières Côtes de Bordeaux", "Bordeaux supérieurs" ou "Bordeaux" selon leur qualité. Comme presque partout ailleurs dans la région des Premières Côtes de Bordeaux, les côteaux surplombent la Garonne. Ses sols à compositions argilo-calcaires, graves ou sables se couchent sur un sous-bassement calcaire ou argilo-calcaire.

Âge des vignes: minimum deux ans après plantation Superficie: environ 160 ha en production Vendanges tries successives des baies de raisin "confites" par la pourriture noble Technique de vinification l'emploi des pressoirs continu interdit Potentiel de garde: de 3 à 6 ans, voir plus Tous les vins, dont les raisins ont été récoltés au sein de la zone délimitée de cette appellation peuvent aussi bénéficier des appellations régionales "Bordeaux" et "Bordeaux supérieur" ou "Premières Côtes de Bordeaux" selon leur qualité.

Le Cadillac est exclusivement liquoreux, avec une teneur en sucre résiduel d'au moins 18 grammes par litre.

L'appellation exige des raisins atteints par le botrytis et récoltés par tries successives mais, jusqu'à présent, cela n'est guère transparu dans les résultats. Ces vins, issus de Sémillon, Sauvignon, et Muscadelle, titrent au minimum 13%vol, et sont à boire entre 3 et 8 ans. Ils ont aussi droit à l'appellation Premières Côtes de Bordeaux. On a dit du château de Cadillac, qui appartint autrefois au très impopulaire duc d'Epernon, que c'est "le plus beau château de la Loire construit sur les bords de la Garonne"; on l'a baptisé aussi le "Fontainebleau aquitain".

Par ailleurs, on croit communément que Cadillac a donné son nom aux belles américaines, et cela parce que le chevalier de Lamothe-Cadillac fonda la ville de Détroit. L'histoire est jolie, mais Antoine Laumet, le fondateur de Detroit, n'est pas né à Cadillac, et il a emprunté le nom de Lamothe-Cadillac à une famille du Tarn-et-Garonne.

2.4.7. AOC. Sainte-Croix-du-Mont

Cette pittoresque commune sur la rive droite de la Garonne, fait pendant à Sauternes sur la rive gauche. 450 ha de sémillon, sauvignon, et muscadelle, donnent 15.700 hl de vin liquoreux ou moelleux, à boire entre 5 et 15 ans selon le cru et le millésime. À cinquante kilomètres au sud-est de Bordeaux, l'appellation Sainte-Croix-du-Mont s'étend sur 450 ha. Ses délimitations datent du 11 novembre 1936.

L'appellation ne peut être revendiquée que pour les vins blancs, dont les raisins ont été récoltés au sein du territoire de la commune du même nom. Située sur la rive droite de la Garonne face au Sauternais, le vignoble de Ste-Croix-du-Mont bénéficie, tout comme son voisin Loupiac, d'une exposition sud optimale. Les versants des coteaux argilo-calcaire descendent en forte pente vers la Garonne. Leurs terroirs sont prédestinés à une complantation de Sémillon, Sauvignon et Muscadelle. Tandis que le Sauvignon apporte le bouquet recherché, le Sémillon reste le mieux adapté au Botrytis cinerea. L'invasion de ce petit champignon gris ne se faisant pas d'une manière homogène, les tries successives remplacent dans ce vignoble les vendanges traditionnelles Sur les plateaux le sol se compose d'argile et calcaire (du miocène) reposant sur une roche calcaire à coquilles et fossiles marines. Un peu plus en retrait les terres deviennent argilo-sableuses, se couchant parfois sur des nappes graveleuses. Les palus (alluvions modernes) ne servent pas à la production de vins d'appellation Ste-Croix-du-Mont. Ce qui est vrai pour les appellations Sauternes et Barsac peut également s'appliquer aux appellations Ste-Croix-du-Mont et Loupiac. En effet, ces deux appellations pourraient n'en faire qu'une, s'il n'existait pas ce particularisme tant apprécié du Bordelais.

Une partie de la récolte est vinifiée en sec sous les appellations Bordeaux et Bordeaux Supérieur.

2.4.8. AOC Loupiac

Loupiac conserve les vestiges d'une villa gallo-romaine qui domine la Garonne sur plusieurs niveaux. Ses 330 ha donnent 10.500 hl d'un vin qui s'apparente à son voisin de Sainte-Croix-du-Mont. Corsé, parfumé, fin, c'est un excellent liquoreux, savoureux, au goût de miel.

A boire entre 5 et 15 ans selon le cru et le millésime.

Enclavée dans l'aire des Premières Côtes de Bordeaux, mais sans aucun lien juridique avec cette dernière, l'appellation Loupiac expose à une quarantaine de kilomètres au sud-est de Bordeaux ses coteaux argilo-calcaire au soleil. Située sur la rive droite de la Garonne face au Sauternais, Loupiac bénéficie d'une exposition sud optimale.. L'appellation est réservée aux vignes plantées sur les coteaux à l'exclusion des terres d'alluvions et de palus. Par ailleurs elle ne concerne que la commune du même nom. Tout comme ses grands frères les Barsac et les Sauternes, cette zone profite des brumes matinales fréquentes, nécessaires au développement du Botrytis. Tenant compte des facteurs naturels, l'encépagement est traditionnellement limité au Sémillon, Sauvignon et Muscadelle. Le Sémillon, grâce à son aptitude parfaite à la surmaturation prime sur les autres deux cépages. Aucun cépage supplémentaire ne peut se joindre à cette trilogie. Bien que de petite surface, l'aire de l'appellation Loupiac n'est pas totalement homogène. Les vignobles implantés un peu en retrait par rapport au fleuve, bénéficient parfois mal de la prolifération du botrytis. Leurs vins sont moins aromatiques et ressemblent plus aux vins moelleux qu'aux vins liquoreux. Les tries successives ont bien entendu remplacé les vendanges traditionnelles. Au fil des années, les viticulteurs de Loupiac ont su créer des vins de grande qualité avec des caractéristiques qui leurs sont propres. On les reconnaît à leur robe dorée, leur harmonie, leur onctuosité et complexité du bouquet. La haute terrasse se caractérise par un sol tantôt argilo-calcaire tantôt argilo-sableux. Les alluvions modernes (palus) en bordure de la Garonne ne se prêtent pas spécialement à la viticulture et se voient exclus de la zone délimitée de l'A.O.C Loupiac. Bien que le terroir argilo-calcaire ainsi que le micro-climat qui y règne favorisent la production de vins moelleux, on y trouve également en petite quantité des vins blancs secs et des vins rouges.

Ils peuvent profiter des deux appellations régionales "Bordeaux" et "Bordeaux supérieurs

Caractéristiques: robe dorée, onctuosité, complexité du bouquet, harmonie Une partie de la production de la commune est vinifiée en sec sous l'appellation Bordeaux ou Bordeaux Supérieur.

Âge des vignes: minimum deux ans après plantation

Superficie: environ 400 ha en production Vendanges Tries successives des baies de raisin "confites" par la pourriture noble Technique de vinification La concentration du moût est interdite

Potentiel de garde: de 4 à 14 ans, voir plus Tous les vins dont les raisins ont été récoltés au sein de la zone délimitée de cette appellation peuvent aussi bénéficier des appellations régionales "Bordeaux" et "Bordeaux supérieur".

2.4.9. AOC Côtes de Bordeaux Saint-Macaire

Cette appellation n'est accordée qu'à 50 ha plantés sur les coteaux graveleux et argileux qui prolongent au sud les Premières Côtes de Bordeaux. Le raisin, Sémillon, Muscadelle, et Sauvignon, est récolté à surmaturité pour cette appellation. Le vin est en général moelleux, parfois liquoreux, corsé mais fin, avec un parfum original.

A boire entre 1 et 5 ans.

Mais le canton de Saint-Macaire préfère faire des rouges, en appellation Bordeaux ou Bordeaux Supérieur. Seuls les vins blancs bénéficient de l'A.O.C Côtes de Bordeaux St.-Macaire. Ce sont des vins fins, souples, qui sont tantôt moelleux tantôt liquoreux. Ceci dépend de la prolifération du botrytis cinerea. Les vins de ce vignoble sont plutôt destinés à être bus jeunes. Les vignes grandissent sur un sol à prédominance argilo-calcaire ou argilo-sableux. Le sous-sol se caractérise par la même structure

Âge des vignes: minimum deux ans après plantation

Superficie: environ 2400 ha, dont seulement 400 ha complantés en cépages blancs et 2000 ha complantés en cépages rouges

Tous les vins, dont les raisins ont été récoltés au sein de la zone délimitée de cette appellation peuvent aussi bénéficier des appellations régionales "Bordeaux" et "Bordeaux supérieur".

2.5. Vins liquoreux

Ces appellations sont au nombre de six. La production est orientée vers des vins blancs liquoreux ou moelleux: Appellation Barsac Contrôlée, Appellation Sauternes Contrôlée, Appellation Cérons Contrôlée, Appellation Cadillac Contrôlée, Appellation Loupiac Contrôlée, Appellation Ste-Croix-du-Mont Contrôlée Les appellations des vins liquoreux ne se regroupent pas par hasard autour du CIRON. Ce dernier est un petit ruisseau confluent de la Garonne. Ses eaux froides, en provenance de la forêt landaise se jètent dans la Garonne, dont l'eau est plus tempérée. Cette constellation géographique est particulièrement propice à la création des brumes matinales, humectant les grains de raisins.

L'originalité de ces appellations est double: elle tient d'une part dans le microclimat dont elles jouissent, et d'autre part dans la façon de vendanger le raisin concerné. Deux originalités: Microclimat et vendanges. En effet c'est ici, que le climat se distingue de partout ailleurs dans le monde entier. Il faut se lever tôt le matin pour assister en direct à un spectacle naturel par excellence. La chaleur estivale n'est pas suffisante pour garantir la surmaturité et la douceur nécessaires à l'élaboration d'un bon vin liquoreux. D'autres paramètres, notamment climatiques, sont nécessaires pour favoriser une évolution bien déterminée des raisins. Toute la région est enveloppée dans un voile de brouillard épais, qui envahit les terres et semble étouffer les vignes. Au fur et à mesure que le soleil dissipe le brouillard, les vignes se voient exposées à un ensoleillement intense. La répétition de ce phénomène, c'est-à-dire les alternances quotidiennes d'humidité et d'ensoleillement durant la fin de l'été et le début de l'automne, donne naissance à un minuscule champignon de couleur grise: le Botrytis cinerea.

Ici dans la région le terrain et le climat sont idéaux pour une rapide prolifération des spores de Botrytis. Dans les grandes années, ce mycoderme est responsable du fameux "rôti", que l'on peut reconnaître dans des vieilles bouteilles. Mais attention, si le soleil est trop faible et n'arrive pas à dissiper les brumes matinales et si l'humidité se prolonge, la pourriture grise risque de dégénérer et le raisin est perdu. Le champignon attaque d'abord l'intérieur des raisins puis commence à digérer leur peau. Cette dernière devient de plus en plus mince, se fragilise et prend une couleur brun-violet pour finir par craqueler. C'est à ce moment que son action s'avère bénéfique et la pourriture engendrée deviendra ainsi "noble". Le jus du raisin contenu dans la pulpe se voit maintenant exposé au soleil et se concentre (effet de l'évaporation de l'eau). On dit que le raisin se confit. Le jus gagne en sucre, acide naturel et en glycérol ce que donne la plénitude, la puissance et les caractères gustatifs à ces vins.

L'invasion du Botrytis ne se fait pas de façon uniforme, mais plutôt de façon irrégulière et imprévisible au sein du vignoble. Pire encore, le champignon "choisit" à sa guise les baies d'une grappe de raisin. Il a tendance à se localiser ce qui oblige les vendangeurs à procéder à des passages répétitifs et à une vendange baie après baie. Le facteur clé de la réussite d'un vin exceptionnel est de faire le trie des raisins "attaqués" par le Botrytis cinerea, et de ne vendanger que ces derniers. Dans cette région on parle plutôt de tries successives que de vendanges. En récoltant des raisins bien mûrs mais non flétris par le botrytis, on obtient un vin moelleux d'une grande qualité, mais sans le parfum et les caractéristiques complexes que lui confère ce petit champignon.

Le Botrytis cinerea est un donc un parasite vivant en symbiose avec les grains de raisin. Sans ce champignon il n'y aurait guère de "pourriture noble" et sans cette "pourriture noble" les appellations contrôlées de Barsac, Sauternes, Loupiac, Ste-Croix-du-Mont, Cérons et Cadillac n'auraient jamais atteint leur apogée.

2.5.1. AOC Sauternes et Barsac

Le vignoble du Sauternais, regroupant les aires de Barsac et de Sauternes, est enclavé à une cinquantaine de kilomètres au sud-est de Bordeaux, dans la région des Graves. Près de 2000 ha de vignes couvrent cette zone, bordant la rive gauche de la Garonne. Son relief assez mouvementé est en alternance de collines et de vallées. Les meilleurs terroirs se disputent les emplacements les plus élevés en altitude, c'est-à-dire en haut des collines. Le classement des Crus de Sauternes et de Barsac témoigne de la grande notoriété de cette région déjà au siècle dernier. Ce sont les seuls crus, avec le château Haut-Brion (A.O.C Pessac-Léognan), à avoir été retenus par le fameux classement du Médoc datant de 1855. Compte tenu de leurs similitudes, nous traitons en un même temps les enclaves de Sauternes et de Barsac. Appellation Barsac Contrôlée Barsac est une ancienne prévôté royale. Depuis des décennies, elle a tenu à conserver son identité particulière. Le décret du 6 septembre 1936, donnant naissance à l'A.O.C Barsac témoigne de cet individualisme. Les vins issus de la zone délimitée de Barsac ont le choix de déclarer leurs vins soit en A.O.C Barsac soit en A.O.C Sauternes. Autrement dit, tous les vins de Barsac sont aussi des vins de Sauternes, mais tous les vins de Sauternes ne sont en aucun cas des vins de Barsac.

En partant de la Garonne, le terroir connaît des compositions diverses: - en bordure du fleuve on trouve comme presque partout les alluvions modernes (les palus), qui ne sont pas exploitables pour la viticulture. - des nappes de graves garonnaises de Günz, de très haute qualité, jouxtent en retrait la zone des palus - puis, nous trouvons le plateau argilo-calcaire reposant sur une couche de calcaire à astéries. Des sables rouges caractéristiques pour cette zone, couvrent le plateau d'une couche épaisse comprise entre vingt et cinquante centimètres. Appellation Sauternes Contrôlée Le décret de l'appellation d'origine contrôlée Sauternes remonte au 30 septembre 1936. Les vins, dont les raisins ont été récoltés dans les zones parfaitement délimitées des cinq communes Sauternes, Barsac (en plus de sa propre A.O.C), Fargues, Langon, Bommes ,Preignac peuvent revendiquer cette appellation. Le long de la Garonne nous sommes en présence des alluvions modernes qui ne se prêtent pas spécialement à la viticulture. Plus à l'intérieur de l'aire sauternaise nous sommes en possession de nappes de graves, parfois modelées en croupes et reposant sur un sous-bassement argileux. A côté les terrains sont tantôt argilo-calcaire, argilo-graveleux tantôt silico-graveleux. En direction des villages Sauternes et Bommes, le sous-sol est dominé par le calcaire et l'argile. Côté Fargues, nous sommes parfois même en présence de l'alios. Les similitudes entre ces deux appellations, et notamment entre leurs terroirs ainsi que leur encépagement sont telles, qu'elles auraient très bien pu n'en faire qu'une. Mais ce serait oublier à quel point les particularités locales sont puissantes dans le Bordelais. Le responsable principal du micro-climat régnant autour du biotope de Barsac-Sauternes est un petit ruisseau, appelé le CIRON. De sa présence résultent deux fonctions vitales pour cette région: - la création des brumes nocturnes et matinales - l'effet de drainage central pour évacuer les eaux souterraines des vignobles.

Un phénomène simple explique l'émanation des brouillards. Les eaux courues sous les ombrages des pins de la forêt des Landes sont relativement froides, puisqu'elles sont rarement exposées au soleil. En arrivant dans le Sauternais le réchauffement soudain du fait d'un changement topographique, provoque une évaporation importante, se transformant en brouillards et en rosée au cours de la nuit.. Les alternances hygrométriques entre le jour et la nuit engendrent la prolifération du botrytis cinerea. Comme le Médoc, mais séparément, Sauternes et Barsac ont fait l'objet d'un classement en 1855. Ch. Yquem a été classé Premier Cru Supérieur.

9 Châteaux (devenus 11 par le jeu des divisions) ont été classés Premiers Crus, et 11 (devenus 15 par divisions) Seconds Crus. Aucune autre catégorie n'a été définie. Château Yquem est fabriqué avec des raisins choisis grain par grain. Il faut un pied de vigne pour remplir un verre, d'où son coût. Délicieux dans sa jeunesse (après 3 ans de barrique), il se charge en vieillissant d'arômes, de saveurs, de parfums ensorcelants. Dans les dégustations à l'aveugle, il sort toujours en tête.

Âge des vignes: minimum trois ans après plantation Superficie: Barsac: 830 ha au total dont environ 700 en cépages blancs Sauternes: 1500 ha au total dont environ 1300 ha en cépages blancs

Vendanges: par tries successives des baies de raisin "confites" par la pourriture noble Technique de vinification: la concentration du moût ainsi que le vinage sont interdits Potentiel de

garde: Barsac Sauternes Il faut les "oublier" dans une bonne cave pendant un temps très longue pour qu'ils parviennent à leur grâce. Il faut également les "oublier" dans une bonne cave pendant très longtemps, pour qu'ils obtiennent leur onctuosité et leur race.

Tous les vins, dont les raisins ont été récoltés au sein de la zone délimitée de ces appellations peuvent aussi bénéficier des appellations régionales "Bordeaux" et "Bordeaux supérieur".

2.5.2. AOC Cérons

Voisine de Sauternes, l'appellation Cérons est accordée aux communes de Podensac et d'Illats, Contrairement à Sauternes et Barsac, elle n'est pas limitrophe du Ciron. Comme à Sauternes, les viticulteurs pratiquent ici les tries successives. Moins liquoreux et peut-être moins élégant que le Sauternes, le Cérons est plus léger, nerveux et fruité. Sur environ 120 ha s'étend l'appellation Cérons, située à une trentaine de kilomètres au sud-est de Bordeaux à la rive gauche de la Garonne. La région de Cérons reflète à merveille la diversité de vins des Graves. La production de vins liquoreux ne représente qu'une activité parmi d'autres; les vicissitudes climatiques sont trop importantes.

L'A.O.C Cérons englobe trois communes, celles de Cérons, Podensac et Illats. Seuls les vins blancs moelleux ou liquoreux dont les raisins ont été récoltés sur les parcelles bien délimitées d'une des trois communes, peuvent revendiquer cette appellation. L'appellation Cérons connaît des belles croupes silico-graveleuses ou argilo-graveleuses, dont les graves sont d'une granularité relativement importante. Le sous-bassement à composition argilo-graveleuse, calcaire ou sables, agglomérés par l'oxyde de fer, sert d'assise. Dans l'appellation Cérons nous sommes en présence d'un terroir par excellence pour la viticulture. On aime les Cérons liquoreux pour leur finesse, leur côté fruité ainsi que cette irrésistible nervosité. Leur bouquet est agréable, ils sont très fins avec une certaine complexité. Il est parfois plus adapté de parler de vins moelleux, puisque nombreuses sont les parcelles où le botrytis a un peu de mal à produire ses effets. Ainsi des caractéristiques tel le "rôti" sont moins relevées. Les vendanges, comme pour tous les vins liquoreux, se font à la main et se déroulent par tries successives.

Il est à boire entre 6 et 15 ans.

Cérons peut se replier en appellation Graves.
Une partie de la récolte, vinifiée en sec ou demi-sec, donne un excellent vin fruité qui se classe parmi les meilleurs Graves, tout en gardant la sève caractéristique des vins de Sauternes et de Barsac.

Âge des vignes: minimum trois ans après plantation

Superficie: environ 840 ha au total dont environ 120 ha en production A.O.C. Cérons

Vendanges : tris successifs des baies de raisin "confites" par la pourriture noble

Technique de vinification : la concentration du moût ainsi que le vinage sont interdits

Potentiel de garde: de 4 à 14 ans, voir plus

Tous les vins, dont les raisins ont été récoltés au sein de la zone délimitée de cette appellation peuvent aussi bénéficier des appellations régionales "Bordeaux" et "Bordeaux supérieur". Par ailleurs, les vins rouges peuvent être commercialisés en "A.O.C. Graves", les vins blancs en "A.O.C. Graves" ou "A.O.C. Graves supérieurs".

2.5.4. AOC Sainte Croix du Mont

À cinquante kilomètres au sud-est de Bordeaux, l'appellation Sainte-Croix-du-Mont s'étend sur 450 ha. Ses délimitations datent du 11 novembre 1936. L'appellation ne peut être revendiquée que pour les vins blancs, dont les raisins ont été récoltés au sein du territoire de la commune du même nom. Située sur la rive droite de la Garonne face au Sauternais, le vignoble de Ste-Croix-du-Mont bénéficie, tout comme son voisin Loupiac, d'une exposition sud optimale. Les versants des coteaux argilo-calcaire descendent en forte pente vers la Garonne. Leurs terroirs sont prédestinés à une complantation de Sémillon, Sauvignon et Muscadelle. Tandis que le Sauvignon apporte le bouquet recherché, le Sémillon reste le mieux adapté au Botrytis cinerea. L'invasion de ce petit champignon gris ne se faisant pas d'une manière homogène, les tries successives remplacent dans ce vignoble les vendanges traditionnelles. Sur les plateaux le sol se compose d'argile et calcaire (du miocène) reposant sur une roche calcaire à coquilles et fossiles marines. Un peu plus en retrait les terres deviennent argilo-sableuses, se couchant parfois sur des nappes graveleuses. Les palus (alluvions modernes) ne servent pas à la production de vins d'appellation Ste-Croix-du-Mont. Ce qui est vrai pour les appellations Sauternes et Barsac peut également s'appliquer aux appellations Ste-Croix-du-Mont et Loupiac. En effet, ces deux appellations pourraient n'en faire qu'une, s'il n'existait pas ce particularisme tant apprécié du Bordelais

Âge des vignes: minimum deux ans après plantation

Superficie: environ 450 ha en production

Vendanges Tries successives des baies de raisin "confites" par la pourriture noble

Technique de vinification La concentration du moût est interdite

Potentiel de garde: de 3 à 12 ans, voir plus

Tous les vins, dont les raisins ont été récoltés au sein de la zone délimitée de cette appellation peuvent aussi bénéficier des appellations régionales "Bordeaux" et "Bordeaux supérieur".


2.5.5. AOC Cadillac

L'appellation Cadillac contrôlée relativement récente, date de 1973. Elle s'étend sur la partie méridionale de l'aire des Premières Côtes de Bordeaux, autour de la petite ville de Cadillac, qui lui a prêté son nom. Modifiée par décret en 1980, l'appellation ne s'applique qu'aux vins blancs liquoreux provenant de raisins arrivés à surmaturation par la pourriture noble et récoltés à la main par tries successives.

Tous les vins blancs liquoreux récoltés au sein du territoire d'une des communes énumérées ci-après, peuvent profiter de l'appellation Cadillac: Baurech, Béguey, Cadillac, Capian, Cardan, Donzac, Gabarnac, Haux, Langoiran, Laroque, Lestiac, Le Tourne, Monprimblanc, Omet, Paillet, Rions, St-Germain-de-Grave, St-Maixant, Semens, Tabanac, Verdelais, Villenave-de-Rions L'Appellation Cadillac Contrôlée ne jouit pas d'une notoriété suffisamment répartie. C'est ainsi que de nombreux vins liquoreux et moelleux se déclarent par une appellation plus explicite telle que "A.O.C. Premières Côtes de Bordeaux".

La production dans l'aire de Cadillac ne se limite pas aux vins liquoreux et moelleux, mais par ailleurs on y élabore des vins blancs secs et des vins rouges. Ces derniers ne peuvent jamais être déclarés en A.O.C. Cadillac!! Ils peuvent profiter des appellations "Premières Côtes de Bordeaux", "Bordeaux supérieurs" ou "Bordeaux" selon leur qualité. Comme presque partout ailleurs dans la région des Premières Côtes de Bordeaux, les côteaux surplombent la Garonne. Ses sols à compositions argilo-calcaires, graves ou sables se couchent sur un sous-bassement calcaire ou argilo-calcaire.

Âge des vignes: minimum deux ans après plantation

Superficie: environ 160 ha en production Vendanges tries successives des baies de raisin "confites" par la pourriture noble

Technique de vinification l'emploi des pressoirs continu interdit

Potentiel de garde: de 3 à 6 ans, voir plus

Tous les vins, dont les raisins ont été récoltés au sein de la zone délimitée de cette appellation peuvent aussi bénéficier des appellations régionales "Bordeaux" et "Bordeaux supérieur" ou "Premières Côtes de Bordeaux" selon leur qualité.

2.5.6. AOC Loupiac

Enclavée dans l'aire des Premières Côtes de Bordeaux, mais sans aucun lien juridique avec cette dernière, l'appellation Loupiac expose à une quarantaine de kilomètres au sud-est de Bordeaux ses coteaux argilo-calcaire au soleil. Située sur la rive droite de la Garonne face au Sauternais, Loupiac bénéficie d'une exposition sud optimale. L'appellation est réservée aux vignes plantées sur les coteaux à l'exclusion des terres d'alluvions et de palus. Par ailleurs elle ne concerne que la commune du même nom. Tout comme ses grands frères les Barsac et les Sauternes, cette zone profite des brumes matinales fréquentes, nécessaires au développement du Botrytis.

Tenant compte des facteurs naturels, l'encépagement est traditionnellement limité au Sémillon, Sauvignon et Muscadelle. Le Sémillon, grâce à son aptitude parfaite à la surmaturation prime sur les autres deux cépages. Aucun cépage supplémentaire ne peut se joindre à cette trilogie. Bien que de petite surface, l'aire de l'appellation Loupiac n'est pas totalement homogène. Les vignobles implantés un peu en retrait par rapport au fleuve, bénéficient parfois mal de la prolifération du botrytis. Leurs vins sont moins aromatiques et ressemblent plus aux vins moelleux qu'aux vins liquoreux. Les tries successives ont bien entendu remplacé les vendanges traditionnelles. Au fil des années, les viticulteurs de Loupiac ont su créer des vins de grande qualité avec des caractéristiques qui leurs sont propres. On les reconnaît à leur robe dorée, leur harmonie, leur onctuosité et complexité du bouquet. La haute terrasse se caractérise par un sol tantôt argilo-calcaire tantôt argilo-sableux. Les alluvions modernes (palus) en bordure de la Garonne ne se prêtent pas spécialement à la viticulture et se voient exclus de la zone délimitée de l'A.O.C Loupiac.

Caractéristiques: robe dorée, onctuosité, complexité du bouquet, harmonie

Bien que le terroir argilo-calcaire ainsi que le micro-climat qui y règne favorisent la production de vins moelleux, on y trouve également en petite quantité des vins blancs secs et des vins rouges. Ils peuvent profiter des deux appellations régionales "Bordeaux" et "Bordeaux supérieurs".

Âge des vignes: minimum deux ans après plantation

Superficie: environ 400 ha en production

Vendanges Tries successives des baies de raisin "confites" par la pourriture noble

Technique de vinification La concentration du moût est interdite

Potentiel de garde: de 4 à 14 ans, voir plus

Tous les vins dont les raisins ont été récoltés au sein de la zone délimitée de cette appellation peuvent aussi bénéficier des appellations régionales "Bordeaux" et "Bordeaux supérieur".

3. Le Blayais

La petite ville de Blaye, située à une cinquantaine de kilomètres au nord-ouest de Bordeaux en aval de la Gironde, prête son nom à cette région viticole. Le vignoble de Blaye s'étend sur une vaste zone d'environ 7800 ha, dont 4/5 sont complantés en cépages rouges. De par sa superficie et les variations compositrices de ses sols, la qualité des crus est loin d'être homogène.

Depuis le décret du 11 septembre 1936, abrogé le 14 février 1994, la région viticole de Blaye connaît trois appellations qui lui sont propres.
Par ordre croissant, en termes de qualité, ce sont:

- Appellation Blaye Contrôlée: elle s'applique aux vins rouges et blancs
- Appellation Côtes de Blaye Contrôlée: elle est réservée aux vins blancs secs
- Appellation Premières Côtes de Blaye Contrôlée: elle s'applique aux vins rouges ainsi qu'aux vins blancs Par ailleurs, tous les vins, dont les raisins ont été récoltés au sein de la zone délimitée de Blaye, peuvent bénéficier de toutes les A.O.C régionales "Bordeaux" et "Bordeaux supérieur".

Le tissu viticole se caractérise par des propriétés familiales, dont la superficie des terres cultivées est plutôt hétérogène, variant entre trois et trente hectares, parfois plus. Depuis toujours, la région de Blaye a connu à la fois une production de vins rouges ainsi que des vins blancs. Des coteaux à composition argilo-calcaire avec de affleurements calcaires et d'éboulis surplombent à l'ouest la rive de la Gironde. Grâce à un bon drainage, nous sommes ici, en possession des meilleures terres de la région. Le prolongement du plateau calcaire de Libourne, parfois très dur, sert d'assise aux vignes.

Vers l'est, le relief de l'arrière pays est relativement mouvementé.
Il est dominé par plusieurs plateaux, dont les sols des versants en pentes douces, se composent de sables tantôt mélangés à l'argile tantôt mélangés aux graves.
Le sous-bassement se compose généralement de sables ou d'alios.
(L'alios est une sorte de grès constitué par du sable ou du gravier, aggloméré par l'oxyde de fer).

3.1. AOC Côtes de Blaye

Le Blayais a produit du rouge et du blanc dans des proportions qui ont beaucoup varié au cours de son histoire. Aujourd'hui, 4.100 ha plantés fournissent en moyenne 22 millions de bouteilles en rouge, 5 millions en blanc. La constitution moyenne des rouges est de 60% en merlot, 25% en cabernets, et 15% en Malbec. Les blancs peuvent être faits de Sauvignon, Sémillon, Muscadelle, et Colombard. Contrairement à ce qui se passe en Bordeaux générique, le Sauvignon est beaucoup plus répandu que le Sémillon; et le Colombard est beaucoup plus répandu que dans le reste du Bordelais, aussi le Blayais distille-t-il un peu de Fine de Bordeaux.

L'appellation Côtes de Blaye désigne des blancs secs, alors que les appellations Premières Côtes de Blaye et Blayais (qui n'est guère employée) désignent des rouges et des blancs.

4. Le Bourgeais

La région des Côtes de Bourg s'étend sur environ 3400 ha autour de la petite ville de Bourg sur Gironde, à une trentaine de kilomètres au nord-ouest de Bordeaux en aval de la Gironde. La viticulture y est intense. Grâce à l'homogénéité des sols et des microclimats, les Côtes de Bourg ont longtemps élevé des vins rouges ainsi que des vins blancs. Néanmoins, depuis de nombreuses années la production des vins rouges a largement pris le dessus. Autrefois majoritairement vinifiés à base de Malbec, ce dernier a été au fur et à mesure remplacé par du Merlot et du Cabernet Franc.

L'A.O.C Côtes de Bourg couvre les meilleurs terroirs sur les coteaux surplombant la Dordogne. La densité de plantation s'élève à 4500 pieds par ha. Plutôt homogène, le terroir de l'appellation Côtes de Bourg est principalement composé d'un mélange argilo-calcaire avec notamment quelques poches de graves éparses. La constitution du terroir en coteaux successifs, dont les versants connaissent des pentes abruptes, crée des conditions de drainage exceptionnelles ainsi qu'une exposition favorable des vignes au soleil.

En allant plus vers l'est, le sol devient sableux avec un sous-sol plutôt argileux.

4.1. AOC Côtes de Bourg

Les 15 communes du canton de Bourg bénéficient de cette appellation, qui produit environ 20 millions de bouteilles en rouge, 300.000 en blanc généralement sec. Le vignoble bénéficie d'un sous-sol de calcaire à astéries dont ont été faits les monuments de Bordeaux et de nombreuses belles demeures de la région. Le surnom de "petite Suisse girondine" que Bourg se donne est certainement un peu exagéré, mais il n'en reste pas moins que le terrain est ici plus accidenté que dans le reste de la Gironde. Ce sont des coteaux caillouteux, donnant un vin corsé, charpenté, vieillissant avec grâce. Le Merlot domine dans les rouges, qui peuvent aussi contenir les Cabernets et du Malbec. Les blancs peuvent être issus de Sauvignon, Sémillon, Muscadelle, Merlot blanc, Colombard. Le Chenin y est encore admis dans la limite de 10%, mais toute plantation de Chenin est interdite. Ch. Roc de Cambes est une valeur sûre difficile à obtenir autrement qu'en primeur Il est fait par François Mitjaville, qui possède également Le Tertre Roteboeuf à Saint-Emilion. Âge des vignes: minimum deux ans après plantation Superficie: environ 3600 ha en production Potentiel de garde: Ce sont des vins que l'on peut boire jeune profitant de leur fraîcheur et de leur côté fruité. Mais ils disposent également d'une aptitude à un vieillissement à moyen terme. C'est-à-dire, qu'ils peuvent être bus à partir de quatre à cinq ans.

Caractéristiques organoleptiques: Les vins des côtes sont riches en vitamines, bouquetés, corsés et assez tanniques.
Leur robe est d'une couleur rouge intense et foncée.

Tous les vins, dont les raisins ont été récoltés au sein de la zone délimitée de ces appellations peuvent aussi bénéficier des appellations régionales "Bordeaux" et "Bordeaux supérieur".

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